Interview | Catherine Marchal

"C'est génial de travailler en famille"

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Catherine Marchal (Elie Klein) - Image droits réservés - © Canal +

À l’affiche de Section Zéro, nous sommes allés à la rencontre de Catherine Marchal, l’interprète d’Elie Klein. Présente à Lausanne pour défendre la toute nouvelle création de Canal +, Catherine Marchal nous dévoile les dessous d’une série éreintante et rendue difficile par les conditions climatiques.

Propos recueillis par Sven Papaux

Dans Section Zéro, vous êtes considérée comme une femme droite qui accorde une attention toute particulière à la justice. Comment percevez-vous votre personnage d’Elie Klein ?

Catherine Marchal – Déjà, il y a clin d’oeil fait à 36, quai des Orfèvres avec le nom d’Elie Klein. Souvenez-vous, le personnage de Gerard Depardieu s’appelait Klein. Enfin, je pense que c’est un petit clin d’oeil. Donc c’est une femme flic qui a un parcours d’un grand flic, qui a fait des missions très importantes et faisait partie de la police telle que nous la connaissons aujourd’hui. Cette femme reste parmi les derniers des mohicans à vouloir à remettre le monde dans le bon sens. Parce que dans la série, le monde marche à l’envers, sur la tête. Elle met son devoir de flic au-dessus de sa vie et bien au-dessus de son confort. Ces flics sont des morts-vivants, ce sont des flics qui dépendent d’une police fédérale qui a peu de pouvoir, d’un gouvernent qui n’a plus de pouvoir. Ils sont tout simplement submergés par le pouvoir qu’ont pris ces multinationales, et en particulier Prométhée. Les autorités sont à la recherche d’une justice qui n’existe plus dans un monde apocalyptique.

Pensez-vous que la société dépeinte dans Section Zéro puisse dévier dans une telle désolation ?



CM – On frôle ça. Le monde de la finance dirige la justice, parfois la politique. On frôle cette horreur-là, par moments. Peut-être que la série est un signal d’alerte à l’emporte-pièce, voire violent, mais qui nous alerte si nous ne faisons rien. Peut-être que nous allons arriver à ça.

« la série est un signal d’alerte à l’emporte-pièce, voire violent, mais qui nous alerte si nous ne faisons rien. »

Olivier Marchal disait qu’il avait déversé toute sa « colère » dans cette série. Est-ce que la série repose sur un acte colérique ou un acte de frustration ?



CM – Je ne peux pas vraiment répondre. Je pense que c’est une envie de montrer le monde de la pire manière. Mais pour se délecter de ça, plutôt pour alerter. Jusqu’où irons-nous si nous ne faisons rien, et bien nous irons jusque-là. Section Zéro est un monde de désespoir. C’est pour ça que ce n’est pas une série américaine, ni une série français, mais plutôt une série européenne.

À l’image du monde post-apocalyptique, Section Zéro semblait être une expérience troublante ?



CM – C’est vrai que le décor joue un rôle dans la série. Les décors sont choisis comme des personnages du film. Même nous, nous étions transportés par cet environnement. Nous n’étions jamais indifférents devant les décors, si bien qu’il nous fallait quelques heures pour nous remettre de ce qu’on voyait. C’était presque surréaliste, et ce n’était pas construit, c’était la réalité. En Bulgarie (ndlr : le tournage s’est déroulé là-bas), il y a des paysages magnifiques, mais aussi des endroits tels que vous les voyez dans Section Zéro.

Encore plus troublant que prévu ?



CM – C’est peut-être égoïste, mais c’était nourrissant. Parce que l’ambiance du tournage était celle de la série. Nous étions dans un milieu hostile avec des conditions climatiques extrêmes. -20 degrés, pour nous petits parisiens, l’aventure était terrible. Les gens qui vivent là-bas sont très résistants, et ils ont subi énormément de choses. L’ambiance était oppressante, et c’était à Sofia, la capitale. On sent une population très révoltée, et c’est très fort. Pour nous, cette révolte fut très importante pour nous imprégner de l’atmosphère de la série. Pour résumer, l’ambiance de travail était du même acabit que la série.

« Nous étions dans un milieu hostile avec des conditions climatiques extrêmes. »

Le tournage s’est déroulé sur quelle durée ?



CM – Il y a eu 7 mois de tournage. Il y a eu des breaks car les 2 derniers épisodes n’étaient pas écrits, ils ont été écrits au fur et à mesure. Le tournage a démarré en janvier et nous avons bouclé ça en septembre 2015.

La collaboration avec Ola Rapace fut bonne ?



CM – Déjà, il parle très bien français. Il a vécu quelques mois à Montpellier. C’était très agréable de tourner avec, car il y avait beaucoup d’acteurs bulgares, russes et belges. Et avec Ola, comme il parle français, nous pouvions garder un humour sur le plateau. On se débrouille tous en anglais, mais je ne peux pas faire de l’humour. C’est pour ça que c’était très sympa de tourner avec Ola Rapace, nous pouvions rire et plaisanter. De plus, c’est un acteur très physique, comme la série le demandait, et ce fut très enrichissant de travailler avec un acteur d’une autre culture.

Hormis le facteur climatique, le tournage s’est très bien passé ?



CM – Déjà, nous nous entendions bien, ce qui peut ne pas arriver. Tout simplement, nous étions tous loin de chez nous et nous avons développé une sorte de solidarité comme nous vivions tous ensemble. Et ce mélange de nos caractères a provoqué une solidarité quand nous sommes tous dans le même bateau qui prend l’eau tout le temps. (Rires) Nous étions dans une grosse galère et il fallait se soutenir. (Rires) De plus, Olivier Marchal ne fait que du plan séquence, donc nous n’avions pas de doublures.

Comment jugez-vous le résultat de la série ?



CM – J’étais surprise de l’originalité de cette chose. C’est un ovni !

Peut-on faire référence à Mad Max ?

CM – On est à fond dans Mad Max. Section Zéro, c’est le futur qui a régressé.

« Section Zero, c’est le futur qui a régressé. »

Avez-vous des projets à nous dévoiler pour votre carrière ?

CM – Là, je tourne pour la télé pour France 2, dans Cherif. Je vais interpréter le personnage d’une saison, je fais la méchante de la saison, un flic ripou. C’est un chouette personnage. Ensuite, je fais de la mise en scène à Paris, et j’ai réalisé un documentaire (ndlr : sur Olivier Marchal) complètement par hasard. Comme ça a bien marché, je vais en réaliser un deuxième, sans savoir quand je vais le débuter. Ce que je peux dire de ce documentaire, je vais m’intéresser à la relation entre le réalisateur et l’actrice, en le réduisant au rapport entre le réalisateur qui travailler avec leur propre femme. Il y a beaucoup de réalisateurs qui travaillent avec leur femmes.

Votre cohabitation avec Olivier Marchal, votre ex-mari, s’est donc bien déroulée ?

CM – Pour nous, ça n’a rien changé. Nous n’en parlons pas, car nous ne voulons pas faire la promo des films avec ce sujet au milieu. Je refuse cette question, normalement. Avec Section Zéro, la série est tellement forte que mettre ça sur le tapis, ça ne sert à rien. Si ça se passait pas mal, nous ne travaillerions pas ensemble. Que ce soit moi, que ce soit Francis Renaud, les acteurs récurrents d’Olivier Marchal, il nous choisit parce qu’il sait que nous allons réagir vite à son niveau d’exigence. C’est tellement plus facile de travailler avec quelqu’un que nous connaissons par coeur. D’ailleurs, ma fille fait une apparition dans l’épisode 2 de Section Zéro. C’est génial de travailler en famille.

Section Zéro | Teaser