Baron Noir, la nouvelle création de Canal+

À n’en pas douter, « Baron Noir » deviendra un grand succès pour Canal+ si la série maintient la qualité des deux premiers épisodes, car la création d’Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon démarre tambour battant.

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Baron Noir
Anna Mouglalis, Niels Arestup et Kad Merad, "Baron Noir", image © Canal+

Après Panthers et Versailles, nous avons eu le plaisir de voir la nouvelle série Baron Noir, la dernière création originale de Canal+ qui débutera sur la chaîne cryptée le lundi 8 février à 21h. À cette occasion, Sven a eu l’occasion de discuter avec l’acteur suisse Michel Voïta, qui joue le rôle de Jean-Marc Auzanet, président de la République, pour un entretien que vous pouvez trouver ici.

Philippe Rickwaert (Kad Merad) est maire de Dunkerque ainsi que député du Nord. Socialiste, très proche de la classe ouvrière et des syndicats industriels, il a gravi les échelons pour se retrouver ami et conseiller le plus proche de Francis Laugier (Niels Arestrup), candidat de la gauche à la présidentielle. Entre les deux hommes, des années de réussite politique se mêlent à une relation personnelle, car Francis est aussi le parrain de Salomé (Lubna Gourion), la fille de Philippe. Entre les deux tours de l’élection, les choses sont claires: Laugier remporte la présidentielle et Rickwaert devient Premier secrétaire du Parti socialiste. Pourtant, de vieux dossiers litigieux font surface à un moment très inopportun et mettent en péril la campagne. De fil en aiguille, Philippe perd peu à peu la confiance de Francis et se voit écarté en faveur d’Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis), ambitieuse ancienne députée européenne, et se rapproche de Véronique Bosso (Astrid Whettnall), son adjointe à Dunkerque. Au point de rupture, chacun des deux hommes testeront à maintes reprises si la faim justifie bien les moyens.

Niels Arestup (Francis Laugier), Kad Merad (Philippe Rickwaert) - Image © Canal+
Niels Arestup (Francis Laugier), Kad Merad (Philippe Rickwaert) – Image © Canal+

Dans une atmosphère mélangeant les ambiances du film Les Marches du Pouvoir (Ides of March) et bien évidemment la série House of Cards, Baron Noir laisse son empreinte machiavélique grâce à un scénario captivant (sans doute inspiré de faits réels…), des acteurs splendides et surtout sa capacité à canaliser la curiosité quasi-voyeuriste de l’être humain.

Oui, les actions des protagonistes sont illégales, amorales, cupides et manipulatrices. Oui, des milliers et des millions de vies seront touchées par le résultat de ces actions. Oui, on se demande si tout jeu politique ne se passe pas comme ça au final. Mais qu’est-ce que la réalisation de Ziad Doueiri est grandiose pour nous montrer tout ça dans un paquet si cohérent, limpide et fascinant. On en redemande.

Initialement, j’avais des aprioris sur le choix de Kad Merad, qui comme tant d’autres acteurs sont universellement reconnus pour leurs rôles comiques, mais peinent à être pris au sérieux dans d’autres genres (pensez à Matt LeBlanc ou Adam Sandler). Quelle erreur de ma part. Kad Merad se montre phénoménal dans son rôle; une sorte de fanatique dévoué à ses principes, ses idéaux et son honneur, et qui, de façon perverse, est prêt à allégrement les piétiner en privé pour les maintenir en public. Sa dynamique et son comportement différent avec chacun des autres acteurs rend chaque facette de l’intrigue une source potentielle de drame.

Kad Merad (Philippe Rickwaert) - Image © Canal+
Kad Merad (Philippe Rickwaert) – Image © Canal+

Je ne vais pas m’attarder sur les éloges des acteurs, puisqu’ils délivrent tous des prestations de haute volée, mais j’aimerais mettre en avant la force des rôles secondaires dans chaque épisode, particulièrement ceux d’Oscar Copp, qui joue Joël Domfront, ainsi que Damien Jouillerot, dans le rôle de Toph.

Dans le scénario, on remarque rapidement le choix, judicieux à mon avis, de la structure de la série; chaque épisode aura sa propre mini-intrigue liée par la lutte à laquelle se livrent Philippe et Françis. Chaque aspect technique est aussi habilement intégré dans le scénario et expliqué pour le public par un des personnages, pour comprendre très vite le fonctionnement et le raisonnement des divers protagonistes. Dans ce sens là, hormis une décision qui semble incompréhensible de Philippe lors d’un discours dans le premier épisode (rapidement expliqué d’ici la fin de l’épisode), même une personne ne connaissant pas les nuances de la politique française sera rapidement mise à niveau. Entre les divers jeux de pouvoir et trahisons, des véritables dilemmes du prisonnier et sabotages, la machination politique va de l’avant servant des intérêts et ambitions diverses.

Un dernier mot sur l’aspect visuel, qui lui aussi est très réussi. On comprend très rapidement, qu’au Nord, c’était les corons. Gris, industriel, les adjectifs ne manquent pas pour décrire les scènes sur le complexe de Clamex, qui contrastent avec l’intrigue dans la tour d’ivoire de l’Elysée. C’est un contraste entre le local et le national, un contraste temporel entre les militants de gauche « à l’ancienne » et la « techno » moderne, mais tant le visuel que la musique s’effacent devant la richesse des dialogues, souvent ponctués de jurons et parfois même inutilement, ainsi que de l’intrigue créée. Face à un monde en évolution et en conflit perpétuel de nos jours, la série montre sans faute l’ambivalence de la politique, et pose à chacun la question « jusqu’où irait-on » pour nos convictions?

Baron Noir frappe très fort, et ma seule question est de voir comment la série conservera son intensité. C’est un véritable roman à découvrir en huit épisodes de 52 minutes, qui a le potentiel de se loger parmi les sommets des séries politiques comme Borgen et le phénomène House of Cards.

La politique fascine, la politique est sordide, et l’adage le dit si bien: la politique, c’est un métier.

Plus d’infos sur le site officiel : http://baronnoir.canalplus.fr/

Bande-Annonce

Casting

Kad Merad
Niels Arestrup
Anna Mouglalis
Astrid Whettnall
Hugo Becker
Lubna Gourion
Michel Muller
Michel Voïta
Jean-Pierre Martins
Oscar Copp
Damien Jouillerot
Erika Sainte

Détails

Date de sortie en Suisse: 08.02.2016 sur Canal+
Réalisateur: Ziad Doueiri
Pays de production: France
Durée: 8 x 52 minutes
Genre: Thriller / Drame

(Images droits réservés)

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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!