Bad Bonn Kilbi 2017 | Le meilleur festival de musique du monde

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Where the hell is Bad Bonn ?

Le Bad Bonn Kilbi est un festival de musiques actuelles organisé à Guin/Düdingen du 2 au 4 juin 2017. Ce festival est notamment connu pour son excellente programmation et son public amical. Le Bad Bonn Kilbi, qui existe depuis 1991, a lieu en même temps que le Primavera Sound Festival à Barcelone ce qui en fait sa sœur cadette. La programmation est principalement axée sur des artistes ayant une renommée internationale au sein de la scène indépendante ainsi que des groupes émergents de cette même scène. Ce festival s’est construit une solide réputation en Suisse et à l’étranger, en témoigne notamment la vitesse à laquelle les abonnements trois jours partent chaque année ou encore le fait que l’on vient de l’étranger pour y assister. Le Bad Bonn Kilbi nous réservait cette année de belles surprises dans sa programmation, avec des artistes coups de cœurs comme Angel Olsen, Princess Nokia, Weyes Blood, Pandour, YAK, Mitski et King Gizzard and the Lizard Wizard. C’était les seuls noms que je connaissais à l’annonce de la programmation en plus des habitués DJ Fett et DJ Marcelle.

Stefan Tschumi / Tous droits réservés

Jour I : Le rock psychédélique de Flamingods, une Angel Olsen envoûtante et romantique et l’électro dansant de Lena Willikens

Je me suis décidée à aller à l’édition 2017 avant même que la programmation ne soit annoncée car la précédente édition m’avait vraiment marqué en bien. J’ai retrouvé sur place une amie tessinoise qu’un ami m’avait présenté lors de la précédente édition. C’était les YAK qui avait la lourde tâche d’ouvrir le festival Bad Bonn Kilbi sur la scène « Kantine ». Le groupe anglais, que j’avais par ailleurs vu au Romandie en octobre dernier, présentait son premier album « Alas Salvation » qui oscille entre noise rock et rock psychédélique. YAK ont tous donné sur scène dans une prestation touchée par le feu de Dieu. Nous avons ensuite assisté au concert d’Idris Ackamoor and the Pyramids sur la scène principale qui avait joué l’été passé au Festival de la Cité. Avant que le groupe monte sur scène, il y a eu une procession des membres dans le public avec le leader vêtu d’une tenue beige scintillante avec une coiffe de pharaon. Le groupe était venu distiller leur jazz space-age sur les terres singinoises. J’ai malheureusement manqué les concerts de Norberto Lobo et Dubai Sprinters car j’étais en pleine discussion avec cette amie.

Nous nous sommes ensuite rendues au concert de Flamingods sur la scène principale. Le groupe, dont une grande majorité des membres sont originaires du Bahreïn, était l’une des révélations de cette première journée. J’avoue avoir été conquise par leur dernier album « Majesty » qui marie parfaitement le folk psychédélique avec une pop plus ethnique (en témoigne notamment l’utilisation de différents instruments venus de pays d’Asie). Leur prestation était enjouée et enivrante. Direction ensuite la « Kantine » pour voir les japonaises Oni et Pikachu, les noms de scène des membres d’Afrirampo. Habillées toutes les deux de rouge, elles ont invité un homme du public à venir sur scène durant le concert. Elles ont ensuite déshabillé son haut pour lui mettre un T-shirt rouge et un tissu attaché à sa barbe. Leur musique peut se rapprocher du rock garage et du punk rock avec des paroles en japonais.

Le concert terminé, nous nous sommes dirigées vers la grande scène pour nous mettre au tout premier rang afin de mieux communier avec la musique d’Angel Olsen. Elle était la tête d’affiche de cette première journée. Pour ma part, c’était l’artiste que je voulais absolument voir. Découverte en 2014 avec son deuxième album « Burn Fire For No Witness », je l’avais manqué au Kilbi cette même année. Plus triste encore, elle n’a, à ma connaissance, jamais été programmé en Suisse Romandie. Un message spécial aux programmateur.*.trices de la région romande, programmez-là ! Aux alentours de 21h, la chanson « Intern » a débuté sur la grande scène. Les membres du groupe (deux femmes et deux hommes) qui portaient le même costume gris arrivèrent suivi d’Angel Olsen, magnifique dans sa robe verte. Elle présentait son album « My Woman » que l’on peut voir comme une ode à l’amour. Les paroles de ses chansons travaillées parlent, en effet, beaucoup de sentiments amoureux. Gracieuse, elle en profita pour remercier le public et donner quelques mots à propos du Kilbi « ce joli petit festival ». Sa musique oscille entre folk américaine, rock garage et pop indépendante. Plusieurs des perles de sa dernière production furent joués notamment « Shut Up Kiss Me », « Woman », « Never Be Mine ». Un ange est réellement passé ce soir.

Après le concert terminé aux environs de 22h15, nous décidâmes de reposer nos jambes et de discuter un peu. On entendait de loin la techno expérimentale de N.M.O et de plus près le rock de HEX. J’ai ensuite écouté la pop mélancolique de Lord Kessli and the Drums, qui m’a surpris en bien. Le DJ set de Jacques, à la coupe de cheveux reconnaissable entre tous, puise dans l’électro expérimental. La démarche de l’artiste français est simple : mêler sons électros et bruits provoqués par des objets du quotidien et saisis par un enregistreur. Le set de Jacques fut franchement efficace. Enfin, l’artiste allemande Lena Willikens était la dernière artiste de cette première journée. Elle enflamma la scène du club qui était bondée. Une soirée que j’ai terminé, pour ma part, à 5h30 du matin pour prendre mon train depuis Guin en direction de Fribourg.

Patrick Principe / Tous droits réservés

Jour II : Le rock aux teintes grecs de Xylouris White, l’expérimentation dissonante de OOIOO et le show vibrant de Princess Nokia

Après un repos bien mérité, je suis retournée au Bad Bonn Kilbi aux alentours de 16h30. J’ai retrouvé mon amie tessinoise au concert de Pill sur la scène du club. J’ai apprécié leur prestation et notamment la présence d’un saxophoniste qui donne une coloration originale à leur musique post-punk. A un moment donné durant le concert, la chanteuse visiblement engagée a dit que la chanson qui allait être joué parle de l’importance de croire la parole des survivantes de violences sexuelles. En tant que féministe, j’ai trouvé la référence assez chouette pour des thématiques qui sont généralement peu abordées dans d’autres sphères. Je me suis éclipsée pendant le concert de Pill pour voir un peu la performance d’Ultimate Painting sur la scène principale. Ces derniers nous ont offert une prestation pop charmante mais classique.

Comme nous discutions beaucoup avec cette amie, j’ai malheureusement manqué la performance de Nahawa Dombia et Mandolin Sisters, ce que j’ai regretté par la suite. Nous sommes ensuite allées voir la performance bluffante de Xylouris White qui mélangeait rock et sonorités grecques. J’étais conquise. Par la suite, j’ai assisté de loin au concert de This is not this heat. J’attendais avec curiosité le concert de OOIOO, découvert grâce au Kilbi. Elles sont venues sur la grande scène aux alentours de 21h. Leur musique ressemble beaucoup à du rock expérimental avec des éléments dissonants et répétitifs. Leur concert m’a réellement fait penser à Deerhoof pour le côté expérimental.

J’ai ensuite assisté au concert de Princess Nokia, probablement l’artiste dont je me réjouissais le plus de la venue au Kilbi samedi soir. Elle a enflammé la scène « Kantine » dès son arrivée. Habillée de survêtements de sports, de lunettes de soleil et de grosses boucle d’oreille dorées, la rappeuse féministe et queer d’origine nyoricaine présentait son album « 1992 ». L’artiste racisée a notamment joué les célèbres chansons « Tomboy », « Brujas » ou encore « Kitana » accompagné de sa DJ. A un moment donné durant le concert, une personne a jeté une boisson sur la scène. Princess Nokia s’est stoppée et a demandé à son DJ d’arrêter la musique. Elle a ensuite affirmé qu’elle ne tolérait pas de comportements déplacés durant ses concerts et qu’en tant que personne féministe et racisée, elle se battrait contre lui. J’ai trouvé son rappel à l’ordre tout à fait pertinent. Elle a ensuite continué son court show qui n’a duré qu’une trentaine de minutes. Après sa dernière chanson, elle est partie rapidement. Le public, y compris moi, étions assez étonnés qu’elle ne fasse pas plus de chansons ou au moins le rappel. Voyant qu’elle ne reviendrait pas pour chanter plus de morceaux, une grande partie du public l’a ensuite été huée. Comme le reste du public, j’étais déçue de la durée très courte de son concert. J’avoue que depuis 6 ans que je fréquente régulièrement le milieu musical, je n’ai jamais vu le public siffler la performance d’une chanteuse. J’ai donc retrouvé mon amie tessinoise qui était aussi surprise que moi de la durée du show de Princess Nokia. Enfin, nous avons vu un bout du concert de Moonlandingz dont la prestation était bonne. Nous sommes ensuite partie prendre le train à Guin. Partir tôt me permettrait de profiter de plus de concerts le lendemain.

Maud Chablais / Tous droits réservés

Jour III : Le crooner Infinite Bisous, la cérémonie folk de Weyes Blood et la messe électronique de Khidja

Durant le trajet de train de Vevey jusqu’à Guin, je me suis rendu compte que c’était déjà le dernier jour du festival. J’étais un peu triste, d’autant plus que j’ai beaucoup aimé cette édition. Je suis arrivée au moment du concert de Mdou Moctar dont le rock touareg est franchement rafraîchissant. Je retrouve plus ou moins au même moment mon amie tessinoise. Le groupe algérien a mis l’ambiance sur la scène « Kantine ». Le deuxième groupe de cette dernière journée était Infinite Bisous qui jouait au club. Je l’avais découvert quelques jours plus tôt grâce à la programmation du festival. Ce fut l’un de mes coup de cœurs de cette troisième journée. Infinite Bisous est le projet musical de l’artiste anglais Rory McCarthy. Son premier album « w/ love », à la croisée entre une pop cotonneuse et mélancolique, est marqué par la langueur. Les paroles des chansons évoquent un certaine romantisme avec un brin de sensualité. On pense notamment à Connan Mockasin, Sean Nicholas Savage ou Julien Gasc. Durant le concert, il échanga beaucoup avec le public et  a même fait  quelques blagues. Il se dénuda même en enlevant sa chemise rouge. Coquin, Infinite Bisous. Après la fin de sa prestation, je croise une connaissance de concert avec qui je discute. C’est aussi cela le Kilbi, recroiser des potes que l’on n’a pas vu depuis un moment. Ensuite, on a juste un petit aperçu du concert de Mitski. Pour ma part, j’ai regretté que sa performance se chevauche avec celle d’Infinite Bisous.

On s’est par la suite dirigée vers la « Kantine » pour voir Weyes Blood, l’une des artistes que j’attendais avec impatience ce soir. Vêtue d’un très beau blazer bleu ciel, elle se présente à nous accompagnée de quelques musiciens et de deux grands candélabres sur scène. De sa voix virginale et épurée, elle chante son troisième album « Front Row Seat to Earth » qui mêle pop symphonique et folk cérémoniale. Le public rentre en transe et peut communier avec Dieu. On apprendra plus tard que Natalie Mering, le vrai nom de Weyes Blood, a été élevée par des parents convertis au christianisme et qu’elle a commencé comme enfant de choeur. Prêtresse célèste, son chant quasi-religieux nous convie au paradis. Il ne nous reste plus qu’à fermer les yeux et unir nos mains pour prier. La voix de Dieu.

Il nous faudra un peu de temps pour redescendre sur terre. J’ai pris donc le temps de me ravitailler et de reposer mes jambes pour être d’attaque pour les prochains concerts. C’est aussi à ce moment que j’ai perdu mon amie tessinoise. Exit malheureusement les performances des suisses de Schnellertollermeier et de Kaitlyn Aurelia Smith. 20h15 pétante, on assiste à la « Kantine » au concert du groupe germano-américain White Wine dont le chanteur illuminé m’aura rendu admirative. En effet, Joe Haege était très investi sur scène, se mêlant au public et dansant comme un possédé. J’ai également beaucoup apprécié la performance du batteur du groupe, Christian « Krimes » Kuhr dont le charleston avait été quelque peu transformé.

Leur prestation terminé, je me suis rendue à la scène principale, au premier rang (comme toujours !), pour voir le concert d’Anna Meredith. Ce fut une très bonne découverte. Le groupe est composé de cinq musicien.n.es dont une chanteuse-clarinettiste, Anna Meredith, qui joue également de la percussion, du batteur Chris Brice, de deux violoncellistes, Maddie Cutter et Dan Hammersley et du guitariste Jack Ross, tous également au chant. La composition du groupe est suffisamment originale pour que l’on s’y arrête. Rare, en effet, sont les groupes pop à faire jouer des violoncellistes dans leur sein. Ceci n’est pas forcément étonnant lorsqu’on sait qu’Anna Meredith est issue de la musique classique, comme tous les autres membres du groupe. Leur musique m’a beaucoup fait penser à un mélange de pop symphonique et de musique électronique. J’ai beaucoup aimé leur concert même si j’ai clairement préféré les morceaux instrumentaux aux morceaux chantés. J’ai également beaucoup apprécié l’aspect collectif mis en avant par le groupe. Les membres étaient tous habillés des mêmes couleurs (noir et doré). Ce sont également les seuls artistes à s’être regroupés à la fin du concert pour être salués par le public.

Jérémie Dubois / Tous droits réservés

Après ce concert, j’avais l’intention d’aller écouter Gaika. M’étant trompé par rapport au programme, je suis finalement allée voir Jessy Lanza à la scène du club que je ne connaissais malheureusement pas. Et ce fut un réel coup de cœur. Parfois, le hasard fait bien les choses. Elle a clairement emporté le public avec sa voix claire et ses beats r’n’b et électro. Je suis restée jusqu’à la fin ce qui m’a fait manqué le début du concert de King Gizzard and the Lizard Wizard sur la scène principale qui était la tête d’affiche de cette dernière journée. Comme ce n’était plus possible d’accéder au premier rang avec cette foule monumentale, je me suis dirigée (pour la première fois !) au backstage. Un concert qui fut magistral à la croisée du rock psychédélique, du rock garage et surf rock. Le public était visiblement conquis puisqu’il était complètement déchaîné. On pouvait, en effet, voir plusieurs personnes  faisant du crowd surf en même temps. Lorsque le concert fut terminé, le public en redemanda encore. Ce dernier finit par siffler les musiciens du groupe qui n’étaient pas revenus. Cela me laissa le temps de filer pour voir le concert de Pandour dont je me réjouissais. J’avais eu le plaisir de les voir en première partie de Jaakko Eino Kalevi au Romandie en novembre 2015. Leur musique peut être qualifiée de deep-house, de rock et d’electronica. Ils créent des morceaux à partir de beats électroniques auxquels viennent se rajouter des notes de guitaire. Le concert au Kilbi fut tout simplement génial. Cédric Streuli, alias Buvette, est même monté sur scène le temps de quelques chansons.

Last but not least, ce fut au tour de Khidja de commencer leur DJ set qui fut l’un de mes coup de cœur de cette édition 2017. Venu de Bucarest, le duo m’a fait tellement dansé que j’ai eu l’impression d’être possédée par le diable. Plus sérieusement, leur musique techno-house aura faire revenir n’importe qui d’entre les morts. A 1h30 démarrait le set de DJ Fett qui est un habitué du Kilbi. Il est, en effet, invité chaque année à s’y produire. Entre les deux DJ set, je me suis dit que j’allais un peu prendre l’air et me promener. J’ai passé une bonne partie de la soirée à discuter avec un saint-gallois très sympa dont j’avais retrouvé le porte-monnaie (Oui, c’est une histoire un peu loufoque, je vous l’accorde). Aux alentours de 5h, les permiers rayons de soleil commencèrent à apparaître. Il était temps pour moi de gentiment quitter le Bad Bonn Kilbi. Déjà.

Stefan Tschumi / Tous droits réservés

Un festival très inclusif

La programmation très pointue du Bad Bonn Kilbi est également connue pour présenter des artistes venant des quatre coins du monde, notamment d’Afrique, d’Asie et même d’Amérique du Sud. C’est aussi ce que l’on aime chez ce festival. Ce ne sont pas seulement des groupes qui bénéficient d’une certaine visibilité ou d’autres musicien.ne.s émergent.e.s de la scène indépendante majoritairement occidentaux qui sont présents au festival. Ce sont également des artistes issus de pays africains ou asiatiques qui sont malheureusement très peu mis en avant notamment Flamingods, OOIOO, Mandolin Sisters, Xylouris White ou encore Afrirampo. En effet, les musiques actuelles sont majoritairement dominés par des artistes venant des pays d’Europe et d’Amérique du Nord. D’autre part, on retrouve principalement des artistes blancs. Je trouve, pour ma part, audacieux de la part du festival de programmer des artistes qui gravitent en dehors des scènes déjà connus. D’autres artistes, comme Princess Nokia et Idris Ackamoor and the Pyramids, sont issues de scène relativement connus (les Etats-Unis) et proposent des musiques qui sont visibilisés en Occident (le hip-hop pour la première, le free-jazz pour les seconds). Néanmoins, ces artistes sont issus de minorités racisées. Certains de ces groupes proposent un mélange de musiques actuelles selon les canons occidentaux avec des sonorités propres à leur pays d’origine. C’est le cas notamment de Flamingods ou Xylouris White. D’autres groupes privilégient une musique caractéristique des pays occidentaux, comme OOIOO, Idris Ackamoor and The Pyramids et Princess Nokia. Enfin, certains musicien.ne.s, comme Mandolin Sisters, proposent, à l’inverse, une musique traditionnelle du sud de l’Inde : la musique carnatique. Certains des membres de groupes cités ci-dessus sont originaires d’Angleterre, à l’image de Flamingods ou Xylouris White ou des Etats-Unis alors que d’autres groupes sont tous originaires d’Asie ou d’Afrique, comme Mandolin Sisters, Afrirampo ou OOIOO. Selon nos estimations, 15 de ces groupes sont représentés dans la programmation qui compte 57 artistes différents. Cela fait environ ¼ de la programmation qui est orientée vers des groupes issues d’autres pays ou de minorités racisées.

Jérémie Dubois / Tous droits réservés

Un autre aspect de la programmation de cette édition que j’aimerais mettre en avant est également le grand nombre d’artistes femmes représentées. On pense notamment à Angel Olsen, Princess Nokia, Weyes Blood, Jessy Lanza, Mandolin Sisters, Afrirampo, OOIOO, Puce Mary, Lena Willikens, Mitski etc.. En effet, l’industrie musicale est largement dominée par les hommes. Que ce soit les artistes, les producteurs, les programmateurs, les techniciens du son. Il est donc important de valoriser des artistes qui peuvent potentiellement avoir plus de difficultés à se produire parce que femme et/ou parce que subissant le sexisme. En tout, j’ai compté 14 artistes ou groupes composés majoritairement de femmes ou dont l’artiste principale est une femme. 5 groupes comprennent une femme en leur sein. On trouve différentes compositions : les groupes qui comprennent uniquement des femmes (Mandolin Sisters, OOIOO, Afrirampo), les artistes qui se produisent seules (Lena Willikens, DJ Marcelle), des artistes qui se produisent avec d’autres femmes (Princess Nokia), des musiciennes qui se produisent avec d’autres femmes et des hommes (Angel Olsen, Anna Meredith) et enfin des groupes dont un membre du groupe est une femme. Cela fait donc 1/3 de la programmation dont les artistes sont des femmes, ce qui est non négligeable. A ma connaissance, la seule artiste qui est ouvertement queer est Princess Nokia. Je n’ai pas repéré d’autres musicien.ne.s LGBTIQPA+. Ce questionnement pourra ne pas paraître pertinent à un.e lecteur.rice peu avisé.e qui accorderait plus d’importance à la musique qu’au genre d’un.e artiste. Je pense, néanmoins, que si la qualité de la musique est plus importante que le genre de l’artiste, ce dernier a un impact sur la musique qui est produite mais aussi sur les artistes que l’on voit. D’autre part, il arrive que certaines thématiques féministes soient mises en avant par les artistes femmes. Certaines artistes citées, notamment Princess Nokia, se revendiquent clairement du féminisme. Il y a également la chanteuse de Pill qui a chanté sur scène une chanson qui met en avant l’importance de croire les  survivantes d’agression sexuelles, ce qui est une revendication importante du féminisme. Angel Olsen se revendique du féminisme, comme elle l’affirme dans certaines interviews. Elle a également pensé son album « My Woman » comme une manière de présenter son idée de ce que c’est être une femme mais aussi une forme d’affirmation de soi.

Le Kibli et moi : une histoire d’amour 

Il nous faut attendre maintenant une bonne année pour revivre l’expérience Kilbi. Il y a toujours la possibilité de revenir au Bad Bonn durant l’année, la programmation étant tout aussi excellente que le festival. Pour ma part, je considère que le Bad Bonn Kilbi est tout simplement le meilleur festival de musique de Suisse et probablement le meilleur festival de musique au monde. En effet, à l’heure où de plus en plus de festivals ont du mal à trouver une ligne de programmation cohérente et où les plus gros festivals misent sur la renommé d’un artiste plus que sur la qualité, le Bad Bonn Kilbi fait figure de messie de la musique indépendante. Si on pense à deux ou trois festivals de musiques actuelles qui ont une aussi bonne programmation, pour moi, c’est un des rares festivals où le public est aussi chaleureux et bienveillant. J’y ai fait notamment de belles rencontres et j’ai recroisé certaines connaissances que je n’avais pas revu depuis longtemps. Je peux le dire, entre moi et le Kilbi, c’est clairement une belle histoire d’amour.

Janett

Patrick Principe / Tous droits réservés