Venise 2014 : Première semaine

Compte-rendu de notre première semaine sur l'île du Lido de Venise avec des films de choix!

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Bonjour à tous!

Voici notre premier résumé de ce que l’on a vu à Venise pour notre première Mostra!

À l’inverse de Locarno où nous vous proposions des résumés quotidiens, ici nous vous ferons des comptes-rendus de la semaine de tout ce que l’on a vu. Outre les films en compétition internationale, qui auront leur article dédié, ainsi que les quelques films nous ayant particulièrement marqués, c’est ici que toutes nos opinions seront agrégées pour les films des autres catégories ou même hors catégorie.

Bonne lecture!

Orrizonti : The President
Moshen Makhmalbaf – 2014 – France
Vu et rédigé par Mark Kuzmanic

Membre estimé de la communauté cinématographique mondiale, l’Iranien Moshen Makhmalbaf revient à Venise avec The President, un film à propos d’un thème que l’Iran ne connaît que trop bien; la chute d’un régime despotique. Que ce soit un Shah, un Colonel ou autre titre apposé à la personne au pouvoir, invariablement une période de trouble suit la transition de l’ancien au nouveau régime. Et c’est précisément sur cette période immédiate que Moshen Makhmalbaf se focalisera, entre les trahisons et loyautés des militaires, la vision du peuple, surtout sa vie personnelle et familiale.

Brutalement intime et quasiment au front d’une révolution, The President est certainement une œuvre très puissante dans son esthétisme, dans son innocence (personnifiée par le petit-fils du président) et dans sa misère humaine, lorsque l’on voit les conditions de vie déplorable d’un peuple contrastant avec l’opulence du palais présidentiel (dans un ton rappelant résolument les Ceaușescu en Roumanie).

Par contre, il n’a pas réussi à particulièrement se démarquer, que ce soit par le message d’espoir et de réconciliation qu’il souhaite transmettre ou la fin hautement symbolique exploitée comme solution de facilité à mon goût.

Le film ouvre avec le texte « In an unknown country », à savoir « Dans un pays inconnu » car il pourrait y en avoir tant aujourd’hui qu’il y en avait durant le XXème siècle.

Orrizonti : Reality
Quentin Dupieux – 2014 – France
Vu et rédigé par Mark Kuzmanic

Je n’avais jamais vu de film de Dupieux avant Reality. Sven m’avait pourtant prévenu que c’était spécial. Mais je ne m’attendais pas à en ressortir complètement retourné, confus, avec presque un mal de tête à essayer de trouver un semblant de cohésion dans cette œuvre.

Entre Alain Chabat qui passe ses journées à enregistrer des gémissements de douleur ou Jonathan Lambert en train de tirer sur des surfeurs avec un fusil de précision, le film ne nous transporte pas de scène en scène. Non; il nous met plutôt au défi de monter dans des montagnes russes sans ceinture de sécurité. Le scénario est là et les acteurs sont au rendez-vous, et c’est incroyable de voir que chaque élément qui semblait chaotique se recoupe à un certain point dans le film.

Tout cela pour dire que le film est étrangement agréable à voir, simplement à cause de l’ingéniosité cinématographique et de l’ampleur de la folie concernant les idées mises en place.

Giornate degli autori : He Ovat Paenneet (They have escaped)
J.-P. Valkeapää – 2014 – Finlande
Vu et rédigé par Mark Kuzmanic

Voici un film qui pousse constamment les limites de l’acceptable. Vers la fin de la séance, pourtant, j’espérais que chaque scène serait la dernière tant les images furent dérangeantes.

Joni et Raisa sont deux adolescents finlandais. Joni est bègue et doit accomplir son service militaire en assistant dans un camp pour jeunes problématiques. Raisa en est justement une pensionnaire. Comme l’indique le titre, les deux fileront assez rapidement de cet endroit, et le film tracera leur vie vagabonde et parfois même l’intérieur de leurs pensées. Ce qui en l’occurrence n’est pas le plus beau des endroits.

Long et lent, le film n’est certainement pas une partie de plaisir, malgré toutes les forces telle l’immersion et la cinématographie qui lui ont valu une sélection en concours au festival de Toronto.

Est-ce de l’art? À chacun de se faire son opinion dessus. Mais il est clair que personne ne ressortira indemne de cette œuvre agressive.

Orrizonti : Takva su pravila (These are the Rules)
Ognjen Sviličić– 2014 – Croatie/France/Serbie/Macédoine
Vu et rédigé par Mark Kuzmanic

Le lieu de l’action, la ville de Zagreb, la capitale croate, nous place immédiatement dans le ton du film. Montrée sous un piteux aspect, avec un temps maussade et les bloc d’immeubles en périphérie, le décor augure tout ce qu’il y a de principal avec les thèmes du film; les gens ordinaires et leurs problèmes quotidiens.

Durant la projection s’est installé un sentiment de faux rythme, suggérant que le film serait presque inintéressant, mais ce qui nous garde intéressés et le changement de rythme inattendu qui subitement montre quelque chose de plus grave. Comment la vie de personnes normales peut dérailler sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Comment des honnêtes gens qui suivent les règles, souvent dans la monotonie quotidienne, subissent la folie de la vie.

Sauf que ici, un élément perturbateur changera les règles, même temporairement.

Les acteurs nous font ressentir chaque souffle, chaque grimace, chaque larme et chaque pulsion de leur corps, ce qui en fait une œuvre immersive, bien que parfois plate.

Toutefois, le film peut aussi être perçu comme une critique du (mauvais) fonctionnement du pays, avec des médecins inaptes et une imprimante des années 1990 qui met une minute entière pour imprimer une page d’un document.

Giornate degli autori : Les nuits d’été
Mario Fanfani – 2014 – France
Vu et rédigé par Mark Kuzmanic

Pour la première œuvre du réalisateur, nous partons pour un voyage dans le temps.

Un groupe d’hommes dans la France ultraconservatrice de 1959 se travestit pour échapper aux ardeurs de la vie. Pour eux, être une femme est symbole de liberté.

Sur thème de guerre en Algérie où chacun est à fleur de peau et possède des opinions très prononcées sur le thème, le milieu bourgeois, d’où nos protagonistes émanent, très protocolaire et attaché aux apparences, devient trop difficile à supporter pour Michel, du moins en privé.

Le tout est contrasté par un groupe de drag-queens de la classe ouvrière qui vivent de musique, emmenés par Jean-Marie Straub, alias Falvia (joué(e) de main de maître par Nicolas Bouchaud), qui fait le lien pour Michel.

Des travestis, la guerre et les femmes. Un cocktail exécrable, sans queue ni tête, dans lequel est dilué un message d’amour inconditionnel, de tolérance et d’acceptation.

Settimana della critica : 40-0 (Terre Battue)
Stéphane Demoustier – 2014 – France
Vu et rédigé par Mark Kuzmanic

« Forty Love » en anglais dans le texte, quarante – zéro dans un score au tennis, un titre plus approprié aurait été 0-40 tant il y a un déficit à rattraper au service.

Des évolutions tellement improbables dans le scénario, comme se faire passer en France pour un agent de l’inspection générale des affaires sociales sans jamais montrer une pièce d’identité et avoir accès aux feuilles de comptes d’un magasin, laissent un goût amer au film.

Surtout, le film n’a pas de fil rouge, pas de direction. Il est difficile de savoir si c’est le père ou le fils qui est le protagoniste de l’histoire.

Alors si l’on suit bien le développement du petit Ugo dans la structure du tennis français jusqu’à son rêve de jouer à Roland-Garros, c’est bien son père qui monopolise l’écran avec ses déboires professionnels. Le père, un personnage niais, absent, détaché de la réalité, ne m’évoque rien, si ce n’est un semblant de pitié.

En soi, le film démarre très lentement, mais se construit graduellement et va un peu mieux. Rien de bien bouleversant. Mais les développements entre les personnages absurdes et la fin est assez désastreuse après tout ce que l’on a vu.

Dans un monde ultra compétitif, que ce soit pour le père ou pour Ugo, la pression intense du système en place les pousse aux extrêmes et aux limites des règles.

Giornati degli autori : Messi
Alex de la Iglesia – 2014 – Espagne
Vu et rédigé par Sven Papaux

Un documentaire sur la vie d’un certain Lionel Messi, de sa naissance à son avénement de star internationale du ballon rond. Passant au peigne fin la vie de l’argentin, Alex de Iglesia s’immerge dans une existence semé d’embûches dont on connait le destin du personnage concerné.

De l’ami d’enfance au coéquipier de Barcelone, Alex de la Iglesia convoque les personnes qui ont vu grandir ou côtoyé Lionel Messi dans un établissement public pour en parler dans un cadre chaleureux. De là commence de longs débats pour évoquer la carrière de l’argentin.

Des rires, des souvenirs, un documentaire banal qui éclaire 2-3 zones d’ombres du lauréat du Ballon d’or. La relation avec son père sera évoquée, son départ précipité au Barça, ses problèmes de croissance, une ribambelle de détails sur un joueur hors du commun.

Ces discussions seront interrompues par des flashbacks sur l’enfance de Messi ou des images récentes. Mettant en scène un enfant pour jouer les scènes du petit Messi à son plus jeune âge, Alex de la Iglesia s’intéressera longuement sur la transformation physique du footballeur.

Sans vraiment apprendre de nouvelles choses, Messi se trouve être un documentaire banal qui démontre le talent de l’argentin avec des séquences de dribbles. Il sera aussi question de la ressemblance entre l’idole de Lionel Messi : Maradonna ! On passe un moment agréable mais sans plus.

Orizzonti : Near Death Experience
Benoît Delépine, Gustave Kervern – 2014 – France
Vu et rédigé par Sven Papaux

Paul, un employé sur une plateforme téléphonique, voit un journal télévisé un vendredi 13. Voyant un signe pour en terminer avec sa vie, Paul se décide et part à l’aventure.

Débutant avec de bonnes bases, Near Death Experience se profilait comme une oeuvre traitant d’un ras-le-bol d’un père de famille au bout du rouleau psychologiquement. Malheureusement, le sentiment positis s’estompe au fil du film. Une mise en scène simpliste, des scènes sans intérêt, tout cela devient un mélange plus que moyen voire même mauvais.

Voilà, nos autres articles complets sont disponibles sur le site, et nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour le résumé de la seconde semaine!

Bonne nuit!

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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!