Venise 2015 – Tempête

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Tempête, par Samuel Collarday
Image © Asac - la Biennale di Venezia

Déjà lauréat de la Semaine de la Critique à Venise en 2008 avec L’Apprenti, le réalisateur français originaire de Franche-Comté Samuel Collarday revient en force. Avec Tempête, il signe un film dans son style si familier, à savoir une œuvre dans laquelle les acteurs sont des amateurs incarnant leur propre rôle, celui de leur vie quotidienne, dans un scénario proche de leur réalité.

Ainsi, Dominique Leborne est matelot à bord d’un bateau de pêche dans une ville portuaire en Vendée. Souvent absent pendant plusieurs semaines lors des marées en haute mer, Dominique est aussi divorcé de sa désormais ex-compagne qui est la mère de son fils Matteo. Ayant adopté Maïllys, la fille que son ex-femme eut avant de le rencontrer, Dominique a obtenu la garde des deux enfants malgré ses absences. Mais lorsque les problèmes familiaux et personnels empirent, Dominique comprendra brutalement que ses rêves, sa réalité et sa famille sont incompatibles.

Tempête est un film sombre, dramatique et terrifiant qui nous rappelle que la vie est difficile, rude et parfois déprimante. Une œuvre écrasante et brutale qui ne laisse pas le spectateur sortir indemne de la séance, c’est un récit raconté d’une façon dont les écoles naturalistes de Zola ou réalistes de Flaubert seraient fières.

Démarrant paradoxalement trop lentement (on remarque que le film se rapproche du documentaire), Tempête concocte une synergie spectaculaire tant le produit fini est de loin plus grand que la somme des pièces individuelles. Parmi des scènes au goût de cliché, Samuel Collarday fait le maximum avec le talent à disposition, et on remarque que tous les acteurs, particulièrement Dominique Laborne, dépassent leur propre potentiel. En effet, il est plus difficile que l’on ne s’imagine de jouer le rôle de sa vie.

Alors que les marins vivent leur solitude constante en mer, c’est une tempête personnelle qui s’abat sur terre. Le film renforce la notion que l’éduction et l’environnement ont une influence prépondérante sur la vie que l’on mènera. Entre les dysfonctionnements comportementaux, physiques et mentaux des humains, Tempête se renforce avec la musique lunatique de Vincent Girault. N’en étant pas à sa première collaboration avec Samuel Collardey, sa composition est véritablement transcendante.

Tout n’est pourtant pas empli de désespoir dans Tempête. Malgré la cinématographie impeccable aux tons décolorés filmée au plus proche des personnages, et la certitude que pour chaque point positif montré au moins un négatif nous attend à la scène suivante, le film accorde au public des moments authentiques de rire et de sympathie. Les scènes du mouton ou encore celle avec la peinture me viennent tout de suite à l’esprit.

Nous mettant régulièrement mal à l’aise, Tempête est une perle cachée, et son applaudissement après la projection fut amplement mérité. En point d’orgue, tout le travail fut récompensé à juste titre pour la performance émouvante de Dominique Leborne, qui a remporté le prix de l’interprétation dans la catégorie Orizzonti.

Noté : 4 / 5

Bande-Annonce

Indisponible

Casting

Dominique Leborne
Mateo Leborne
Maïllys Leborne

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnue
Réalisateur: Samuel Collarday
Pays de production: France
Durée du film: 89 minutes
Genre: Drame

(Images droits réservés)

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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!