NIFFF 2016 | Forældre (Parents)

1
200
Parents, de Christian Tafdrup
Elliott Crosset Hove, dans le rôle de Kjeld, et Miri Ann Beuschel, dans le rôle de Vibeke. Image droits réservés.

En m’asseyant dans l’inhabituelle salle de cinéma qu’est le Palais du Bas, je ne m’attendais absolument pas à passer par cette centrifugeuse d’émotions qu’est Parents, une claque monumentale que Christian Tafdrup, pour son premier long-métrage (!), a composé d’une main de maître.

Vibeke (Bodil Jørgensen) et Kjeld (Søren Malling) sont un couple âgé vivant paisiblement au Danemark avec leur fils, Esben (Anton Honik). Le jour du déménagement de leur enfant hors du nid familial, le couple se retrouve à habiter dans une maison trop grande pour eux et se mettent à chercher une demeure plus petite. Par le plus grand des hasards, Kjeld découvre que l’appartement dans lequel lui et Vibeke ont résidé durant leurs études, trente années auparavant, est en vente. Retrouvant leur jeunesse au fur et à mesure qu’ils replongent dans leur passé, Vibeke et Kjeld verront leur vie basculer lorsqu’un événement surnaturel chamboulera leur vie.

Faisant fi du concept « d’expérience » en tant que réalisateur, Christian Tafdrup réalise avec Parents une œuvre digne des maîtres du genre neo-noir, tant grâce à son travail avec la caméra qu’au scénario qu’il a rédigé et à l’ambiance qu’il a instauré. Passé au festival Tribeca, on ne peut que se réjouir d’assister à cette prodigieuse œuvre de cinéma.

Dès la première scène, où la première image s’avèrera très indicative, on est confronté à l’antagoniste de ce film: le temps. Plongés dans la monotonie de ces parents, qui semblent être définis par leur fils Esben, qui n’ont pas vraiment d’autres intérêts, intérêts ou amitiés, le public découvre progressivement une histoire surréelle. Sur cette première image, on y voit une alliance, excentrée par rapport au cadrage, sur l’annulaire d’un homme âgé. Le public comprend rapidement la triste beauté poétique de ce ballet d’un mariage, au final, vide, où le temps a marqué son passage.

Parents est une perle d’humanité, mais aussi un avertissement. On nous met en garde de vivre une vie bien remplie, de ne pas être constamment attaché au passé, d’avoir des passions dans son couple, au risque de terminer comme Vibeke et Kjeld; dépendants de la présence de leur fils, où lui faire sa lessive devient quasiment un rituel par lequel ils retrouvent du bonheur et du sens à leur vie.

Le film explore tant de questions autour de la famille; il transcende sa forme et communique tant de chose avec les spectateurs de tout âge. Absorbant, émouvant aux larmes par l’ahurissante réalité qui se développe mais aussi son humour tant chaleureux qu’acerbe, pendant la première moitié du film on se demande pourtant ce que fait Parents en concours au NIFFF. Mais le tournant remarquable et ingénieux donne une toute autre dimension au film et le fait changer de classe, voire de genre, en installant doucement une sorte d’horreur familiale dont Roman Polanski ne serait pas peu fier.

Dès lors, tout est permis.

Il est rafraichissant de voir que lorsque le tournant se produit, nos protagonistes ne cherchent pas à comprendre pourquoi c’est arrivé, ni pourquoi à eux, mais ils l’acceptent et vont ainsi de l’avant dans leurs décisions et leur vie. Ces décisions, et ces questions de moralité, une fois de plus, explorent habilement des dynamiques remarquables.

Dégageant une aura d’Alice au Pays des Merveilles, Parents est psychologiquement, moralement et socialement dérangé. Dans le film, Esben veut justement étudier la psychologie à l’université, ce qui est un choix audacieux tant le film met en avant divers complexes de Jocaste ou d’Œdipe. Sous un air d’inceste, Parents n’épargne rien pour nous faire croire à sa réalité, et il est intéressant de voir comment deux personnages s’imaginent refaire leur vie, leur jeunesse si ils en avaient l’opportunité. Chercherait-on à revivre les bonheurs passés, ou ferait-on des choix différents? Kjeld, dont le point de vue nous guide le long du film, et Vibeke incarnent ces deux possibilités.

Avec cet ovni de film qu’est Parents, Tafdrup, acteur reconnu au Danemark, est destiné à de grandes choses si il continue sur cette lancée. Le travail des lumières est maîtrisé, les couleurs exquises, la composition visuelle fabuleuse et les plans grandioses sont tous immaculés, contrôlés et soignés. La retenue scandinave est palpable, et le non-dit atteint son paroxysme une fois qu’il est finalement avoué, pour une catharsis ô combien puissante. La perfection est à mon avis atteinte, où chaque seconde de film est précieuse.

Vous l’aurez compris, si Parents ne remporte pas le grand prix, alors je me réjouis de voir le lauréat. Pour moi, il fait directement son entrée en tant que meilleur film vu en 2016 et mérite amplement sa place dans la lignée des films vraiment fantastiques.

Noté : 5 / 5

Bande-Annonce

Casting

Søren Malling
Bodil Jørgensen
Anton Honik
Elliott Crosset Hove
Miri Ann Beuschel
Emilia Imperatore Bjørnvad
Christian Tafdrup

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnue
Réalisateur: Christian Tafdrup
Pays de production: Danemark
Durée du film: 86 minutes
Genre: Drame

(Images droits réservés)

REVIEW OVERVIEW
Noté
SHARE
Previous articleCinéma | Tarzan
Next articleMontreux Jazz Festival | Dimanche, Nadja Zela est à découvrir de toute urgence
J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!