Montreux Jazz Festival | La débauche d’énergie de Grimes et la délicatesse de Daughter

Le Lab passe par tous les états d'âme.

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Daughter - Image droits réservés - © Daniel Balmat - FFJM 2016

Cette fois la pluie n’a pas arrosé le Montreux Jazz Festival, mais douché le site entier du Montreux Jazz. Malgré les trombes d’eau, la soirée s’annonçait sous les meilleurs auspices grâce à une jolie programmation qui regroupait le trio Haelos, Daughter et l’énergique Grimes.

Haelos, c’est la beauté dans son obscurité la plus totale. Fluide et somptueux de justesse, le trio londonien nous emmène dans un univers planant, mélancolique et contemplatif. Comparés à Portishead ou Massive Attack, les Londoniens nous rappellent un groupe comme The xx de par ce côté très triste, sombre et entrainant. L’obscurité s’éclaircit au rythme de leur trip hop incertaine que les trois membres décrivent comme « une sorte d’euphorie sombre ».

Haelos - Image droits réservés - © Daniel Balmat - FFJM 2016
Haelos – Image droits réservés – © Daniel Balmat – FFJM 2016

Avec un synthé omniprésent, Arthur Delaney, Dom Goldsmith et Lotti Bernardout nous ont proposé une combinaison de talent et d’abstraction. Un moment intime où le temps se fige quand « Oracle » retentit. Une partition d’une incroyable beauté qui vous donne la chair de poule. Un instant tout simplement exquis.

La douceur de Daughter

Après Haelos, nous retournons dans la mélancolie. Les mélodies harmonieuses, ce sentiment de survoler la salle, Daughter le transmet avec une répertoire d’une splendide justesse.

Dès son entame, Daughter inspire et plonge la salle dans un parfum de solitude avec le titre « How ». Début plein de justesse, la suite sera à l’image de ce premier morceau : sensible et frais. On reste accroché à la voix de la belle Elena Tonra, si juste et poignante. Elle semble presque gênée d’être devant nous, préférant interpréter son répertoire avec une sincérité à fleur de peau. Du rock au dream-pop, cet équilibre ne laisse pas indifférent tant les mélodies créent une atmosphère triste et relaxante. Un concert qui sied à merveille à une soirée froide comme celle de hier soir.

L’énergie débordante de Grimes

Exit les mélodies dramatiques de Daughter, Grimes est arrivée tambour battant avec sa pop électro audacieuse. On y voit un spectacle de lumières complètement fou – épileptiques s’abstenir – avec une bande de quatre femmes complètement délurées qui se trémoussent sur des mélodies abrasives, où la voix aigüe de Claire Boucher, de son vrai nom, scintille au milieu de ce show lumineux. Qualifiée de « Princesse des ténèbres » par les Inrocks, Grimes déballe à un rythme effréné son univers déjanté, voire colérique.

Grimes - Image droits réservés - © Montreux Jazz Festival
Grimes – Image droits réservés – © Montreux Jazz Festival

Cris et show qui « part dans tous les sens », l’ambiance grimpe de plusieurs crans, la salle tremble tant l’artiste canadienne met une pêche d’enfer dans sa performance. Sa pop expérimentale fonctionne à plein régime, comme en témoigne son excellent morceau « Flesh without Blood ».

Un concert qui partage, qui intrigue, qui ne laisse pas de marbre. Un sentiment partagé qui penche plus vers le positif mais le côté très kitsch peut déranger par moment. On est déçu de ne pas avoir entendu « Vanessa », autre excellent morceau de Grimes, mais on apprécie cette débauche d’énergie qui a eu le don de relancer un public un peu mou durant cette soirée.