Festival : troisième jour légendaire au For Noise

0
774
© David Gostoli - Pully For Noise Festival 2014 - Debbie Harry, Blondie

C’est avec un grand plaisir que je me rendais hier soir au Pully For Noise afin de couvrir cette troisième et dernière soirée. Reprenant le flambeau là où l’avais laissé mon collègue Valentin, je me présentais avec soulagement devant les portes du festival sous un ciel clair et un air frais de fin d’été.

A taille humaine, ambiance chaleureuse et détendue. Pas d’attente au bar ni aux commodités. Petits détails qui paraissent insignifiants mais qui font toute la différence après des visites aux grands festivals voisins de Paléo ou des Eurockéenes et à leurs files interminables pour se restaurer ou se soulager. Je me dirige immédiatement vers la grande scène pour y voir When Saints Go Machine, quartet danois entre « synth et dream pop » d’après leur bio. Un genre qui à l’heure actuelle regorge de talents mais aussi d’innombrables suiveurs bien moins intéressants. Ca va commencer et je ne demande qu’à me faire mon propre avis afin de les classer dans la première ou la deuxième catégorie. Bonne surprise, le groupe n’entre en fait dans aucune des deux. On est là plus dans de l’electro pop nerveuse et pour le coup, d’excellente facture. Le groupe puise allègrement dans le meilleur de la musique éléctronique de la fin du 20ème siècle en y ajoutant ce qu’il faut de modernité et d’énergie. On y entend des airs de Prodigy, des Chemical Brothers aussi. Les basses sont puissantes, les accords de synthés planants et pleins de réminescences 90’s. Un public majoritairement trentenaire ne s’y est certainement pas trompé. Malgré un public encore parsemé, les danois ont ouvert la soirée de bien belle manière.

Je quitte la grande scène pour me diriger vers la scène de l’Abraxas qui elle est déjà bondée. Je me faufile et parviens à m’approcher suffisament près pour voir à qui j’ai à faire. Blonde peroxydée coiffée d’une crête à l’iroquoise, à mi-chemin entre Desireless et John Lydon des Sex Pistols, la jeune femme chante d’une voix rugueuse et en impose question look. Jeanne Added est selon la courte description fournie par les festival un trio exclusivement féminin. De là où je me trouve, je ne distingue pourtant que Jeanne et une batteuse derrière elle. La musique convient parfaitement au cadre, l’Abraxas a des allures de club. Un plafond bas, une scène à peine surélevée, le public est tout près de l’artiste et le contact se fait ainsi tout naturellement. Les filles semblent à l’aise, ravies d’êtres là et distillent un savant mélange punk-grunge porté par une rythmique basse batterie aussi mécanique que percutante. Pas vraiment mon style mais parfaitement exécuté, avec juste ce qu’il faut de spontanéité, et ce concert n’en manque pas. J’entends autour de moi des bribes de discussions dans le public et ne suis pas étonné d’apprendre que selon certaines sources, cette formation n’a commencé à travailler ensemble que depuis quelques jours. Chapeau.

Après deux concerts et deux agréables découvertes, je m’attaque à présent à la première légende de la soirée, le grand Thurston Moore. Pour ceux qui ne connaîtraient pas son nom, l’homme a été pendant près de trente ans le co-leader de la formation mythique qu’était Sonic Youth. Elevé au rang de groupe culte dès le milieu des années 90, le rock alternatif des newyorkais a influencé toute une génération de musiciens dont un certain Kurt Cobain, qui les vénérait.

Le concert démarre sans aucun cérémonial, pas de salut au public, pas même un regard échangé entre les musiciens. Thurston Moore et son guitariste se branchent et entament une intro instrumentale qui semble durer des heures. Un riff répétitif et menaçant joué à l’unisson par les deux guitaristes et vite rejoint par une ligne de basse linéaire et un beat de batterie qui l’est tout autant. Dans le public, les gens se jettent des regards dubitatifs. Il n’y a guère que quelques vieux fans de Sonic youth qui semblent apprécier cette entrée en matière plus qu’hermétique aux non-initiés. Et encore, eux-mêmes semblent déconcertés. Après trois longues minutes du même motif, le chanteur enclenche une pédale d’effet qui étouffe définitivement d’une déflagration sonore grasse le peu de mélodie qu’on pouvait encore déceler, en écoutant bien. Je n’aimais pas Sonic Youth et Thurston est pour le moment loin de me convaincre qu’il me plaira en solo.

Le second morceau commence et je me dis que de toute façon, il ne cherche pas à plaire à qui que ce soit ce soir. Je me dis aussi que c’est peut-être le privilège d’un musicien culte. Bref, j’attends la prochaine et me dis que je vais essayer d’apprécier ce concert ou tout du moins le prendre comme si je ne connaissais rien de l’artiste. Mais je n’y parviens pas. Même les entre-morceaux sont des moments pénibles. Ce grand bonhomme (1m98) me fait l’effet de quelqu’un de terriblement mal à l’aise sur scène. Le regard caché derrière une mèche épaisse de cheveux brun-roux, tourné de profil, il accorde longuement sa guitare et balbutie quelque mots qui résonnent à travers un silence de mort parmi l’audience. A l’extrémité gauche de la scène, son guitariste fixe le public avec un sourire gêné, impatient que ça reprenne. La bassiste qui joue dos au public fixe le batteur, ils échangent quelques mots. J’assiste pour ma part à un spectacle désolant. Et fort à parier que je ne suis pas seul. Les morceaux s’enchaînent et le public continue de ne réagir que très peu.

La nuit tombe peu à peu sur le For Noise et c’est sans doute ce qu’il fallait pour que ce concert ne sombre pas dans l’indifférence générale. Tout à coup, les riffs acérées et la rythmique froide et puissante semblent se fondre à merveille dans l’obscurité. Ca a mis un temps fou à démarrer, mais la performance du pape du noise rock semble enfin décoller. Les têtes remuent, les portables s’allument alors que les guitares hurlent et que le batteur Steve Shelley, déjà derrière les futs chez Sonic Youth, se déchainent littéralement. La voix de Thurston est intéressante par moment, elle m’évoque Lou Reed dans son timbre grave et son phrasé nonchalant. Malheureusement elle ne parvient pas à me toucher comme le faisait celle de son illustre modèle. Le concert finit sur un déluge de décibels et finalement, sur une bonne note. Ceux qui venaient pour lui ont semble-t-il eu ce qu’ils attendaient et c’est le principal!

Je retourne à nouveau sur mes pas, me désaltère et me rends à l’Abraxas dans lequel je n’arrive cette fois qu’à péniblement m’avançer d’un petit mètre à l’intérieur! Il fait très chaud mais pas autant, je l’imagine, que sur scène, où six musiciens y donnent une performance éclatante! En costume blanc et cravate noire, au centre et en plein tour de chant c’est Gaspard Royant. Le dandy Haut-savoyard avoue au public qu’il regrette de ne pas être venu plus tôt chez nous tant l’endroit lui plaît, le public lui rend bien et c’est tout à son honneur. La musique de ce Monsieur Royant possède, comme son patronyme très français, un charme suranné et une élégance certaine. Rappelant le meilleur de la musique pop des années cinquante et soixante, le jeune homme navigue entre l’Elvis des débuts pour l’énergie, Sinatra pour le costume et le côté crooner sur les morceaux les plus lents, sans oublier les références françaises de la même époque, on pense à Johnny, à Dutronc aussi! Le groupe quant à lui est excellent. Tirés à quatre épingles, ils paraissent sortis d’un autre temps et offrent au festival lausannois une performance énergique et généreuse!

Arrive bientôt le moment tant attendu. Le concert que j’attends depuis plus d’un mois. Je me rends bien en avance devant la grande scène pour être au plus près de la deuxième légende que je rencontre ce soir, la vieillissante mais non-moins éblouissante Debbie Harry, alias Blondie. Fan du groupe depuis cette scène en boîte dans Trainspotting où, de nulle part, déboule ce morceau incroyable, ce pur bijoux pop : Atomic.

Les musiciens arrivent sous les cris et sifflements d’une foule qui pour la première fois de la soirée semble s’être rassemblée en masse devant la même scène. Debbie Harry danse déjà alors qu’aucune note n’a encore été jouée. Entièrement vêtue de noir et de blanc, lunettes de soleil et veste style collège américain, l’éternelle adolescente agite bras et mains, harangue le public qui clame sa joie quand retentissent les premières notes de One way or another. Tout le monde reprend les paroles du refrain, et ce n’est que le premier d’une longue série de karaoké géant. Le groupe est excellent, Chris Stein, membre fondateur tient toujours parfaitement la baraque à la guitare bien que laissant tous les solos et la vedette au jeune Tommy Kessler.

Debbie Harry, malgré, l’âge et des articulations de moins en moins élastiques fait toujours le job à merveille. Elle se déhanche sans complexe et enchaînent les tubes d’une voix que les années ont à peine changée. L’illusion est parfaite et la liste de tubes s’allonge.

Ambiance Reaggae avec The tide is High, Rapture (avec sa célèbre partie rappée), Sunday girl, grand moment sur Call me que tout le monde reprend en chœur. Des images d’archives tirées de clip et de live défilent derrière les musiciens. On y voit leurs grandes années et la preuve que bien plus qu’une machine à danser inepte, Blondie était un des groupes les plus cool et les plus photogéniques de sa génération. Des hommages sont glissés ici et là dans un set best of, avec notamment une reprise de Fight for your right des Beastie Boys et du God save the queen des Sex Pistols. Blondie est toujours cool, la preuve. Une sonnerie de téléphone retentit et c’est partit pour Hanging on the telephone, morceau d’ouverture du troisième et plus grand succès du groupe Parallel Lines, sortie en 1978. Je ne vois pas le temps passer, et comme la plupart des gens, dès la fin d’une chanson je me demande laquelle sera la suivante. Le groupe a joué quelque nouveaux titres dont Euphoria, inspiré selon Debbie Harry, par les choses merveilleuses que vous pouvez être amené à vivre. S’ensuit une nouvelle avalanche de tubes qui sera le bouquet final d’un concert parfait. Heart of Glass, War Child et Dreaming.

Dreaming is free. On quitte Blondie sur ces belles paroles.

La soirée est maintenant bien entamée et il est déjà près de minuit quand je me rends voir Baby Genius, un groupe luçernois très prometteur me dit-on. Dès les premières minutes je sais pourtant que je ne ferais pas de vieux os dans un Abraxas cette fois a demi-plein. La musique est plaisante mais la formule a pour moi largement fait son temps. Guitare acoustique, contrebasse et chœurs omniprésents pour une ambiance feu de camp et des mélodies à la 77 Bombay Street… Bref, je passe mon chemin cette fois et me décide enfin à crapahuter jusqu’au DeMovie Salon où se produit Verveine.

C’est une évidence, le bouche à oreille ainsi que l’omniprésence de la jeune veveysanne dans la programmation des clubs et festivals récents a porté ces fruits. En effet, le salon est plein, déborde même. Les nappes de piano et autres synthés vintage se succèdent et se multiplient pour former des nappes sonores sur lesquelles Verveine pose une voix fantomatique. Malgré quelques longueurs, je suis agréablement surpris par la maîtrise technique de l’artiste ainsi que de la constante variété des ambiances. Je quitte la foule dense du salon pour me rendre à la grande scène ou je rempile pour de l’electro, mais d’un tout autre genre cette fois.

Superdiscount 3! Etienne de Crécy, Alex Gopher et Julien Delphaud, trois illustres noms de la scène electro française pour une fin de soirée et un début de nuit… vintage! On dira ce qu’on voudra mais nos voisins de l’hexagone n’ont pas leur pareille pour vous faire sentir en boîte en plein air. Les festivaliers se lâchent complètement sur cette electro sauvage et se déchaînent sous les coups de boutoirs des trois DJs! On pense à Justice, à Cassius et aux autres fers de lance de la nouvelle scène du genre : Birdy Nam Nam, c2c etc… Superdiscount 3 sera mon dernier live de la soirée, je rentre heureux et tire un bilan hautement positif de cette soirée et tire ma révérence à cet excellent festival qu’est le Pully for Noise.