Dérangeant et hypnotisant LUFF

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Like Me © Image droits réservés

Le LUFF – soit Lausanne Underground Film & Music Festival – c’est la certitude d’un cerveau perturbé. Parfois émerveillé, parfois tétanisé, souvent épris de sentiments mitigés. Résumé des films visionnés cette année? Pénis. Pisse. Vices. Nichons. Fions. Étrons. Allez, cassons les rimes, et ajoutons à cela une pointe d’onirisme. Et de jolis fous rires en perspective.

Retour sur une courte sélection de cette 16ème édition.

KUSO de Flying Lotus

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« Semblable à un zapping télévisuel en direct des Enfers, le film dépeint le quotidien des survivants mutants d’un tremblement de terre ayant dévasté Los Angeles » annonce l’un des paragraphes sur le site du festival. Dans ce premier long-métrage de Steven Ellison aka Flying Lotus, on suit effectivement un enchevêtrement de courtes histoires, entrecoupées de grésillements télévisuels, animations et autres clips psychédéliques hypnotiques crades en collages arty. Textures diverses et réalisation pour le moins pointue. Si ce n’est que dans les médias, Kuso est surtout vu comme le « film le plus écœurant jamais réalisé » (assure un journaliste de The Verge).

J’ai souvenir d’avoir vu pire, mais il rentre assurément dans mon top 5. A coup de pustules, flatulences, étalement de sperme et d’excréments et autres fellations et traitements médicaux à vomir (que je me refuse de dévoiler ici, les surprises valant leur pesant d’or), ce film ne peut que mériter un tel statut. Les vaillants curieux se vanteront peut-être d’avoir vu de très près l’anus du funky George Clinton. Et surtout d’avoir assisté au lauréat (eh oui!) de cette édition.

WHATEVER HAPPENED TO GELITIN d’Angela Christlieb

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On les découvre alors qu’ils nettoient la cuisine, la salle de bains, les vitres. Entièrement nus, en chaussures à talons. A peine le documentaire commencé, le ton est donné. Voici Gelitin, un collectif d’artistes autrichiens composé de quatre hommes n’ayant peur de rien. Ayant apparemment disparus, Salvatore Viviano et Angela Christlieb décident de partir à leur recherche, de Vienne à New York en passant par Paris. Entre interviews et images d’archives, on se plonge dans un univers absurde, surréaliste et totalement euphorique.

Quelle audace d’installer sur une place publique une sculpture d’homme faisant le pont, où l’eau sortant de son sexe atterrit pile dans sa bouche! Quelle folie de déplacer une vitre du World Trade Center pour y installer un balcon éphémère! Quel bonheur de pouvoir, en tant que visiteur, appuyer sur un bouton et faire tomber une œuvre d’art dans une galerie! Quelle facilité de montrer ses fesses à tout va! Pathétiques et néanmoins fantastiques, on ne peut qu’espérer que les Gelitin et leurs attributs refassent un jour surface dans une galerie zurichoise.

LES GARÇONS SAUVAGES de Bertrand Mandico

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Masqués, avinés, cinq garçons récitent leur pièce, dans la nature, face à leur enseignante. Commettent l’irréparable… La voix-off, constamment présente, nous conte leur histoire.  Pour espérer les ramener dans le droit chemin, les voilà embarqués lors d’un voyage en mer, surveillés par le Capitaine. Garçons sauvages un jour, garçons sauvages toujours? La croisière n’annonce rien qui vaille. Des baffes se perdent dans cette photographie en noir et blanc, poétique. Cette imagerie propre, bricolée parfois, est explosée par quelques éclats de couleurs transportant le spectateur dans de bizarres rêveries. Bizarre, vous avez dit bizarre? Vous n’avez encore rien vu. L’île paradisiaque, orgiaque même, où ils font escale, changera-t-elle la donne? Rien n’est moins sûr, si ce n’est qu’une métamorphose s’opère doucement, subtilement.

Questions d’identité, de genre, de sexualité sont au cœur de l’œuvre. Le final laisse songeur. Difficile d’en dire plus, sans en dévoiler trop. Relevons tout de même un jeu d’acteurs exceptionnel, qui inciterait bien à revoir le film une deuxième fois.

LIKE ME  de Robert Mockler

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Like me, c’est une plongée dans ce monde bien trop réel que nous connaissons aujourd’hui, empli de commentaires, de pouces en l’air et de followers. La vie de Kiya, vide de sens et d’ami, se résume donc à ça. L’ado a besoin d’attention. Elle tourne une vidéo d’un faux braquage, récolte une gloire éphémère. Est en parallèle bien critiquée. Goinfre un homme (Larry Fessenden, bien connu dans le monde du cinéma de genre) jusqu’à le faire vomir. Le kidnappe. Est poussée par les internautes à aller plus loin. Le tuera-t-elle pour être encore plus crédible? 80 minutes plus tard, Kiya se retrouve sur une plage. Seule, smartphone en main. Tout ça pour ça.

Robert Mockler signe ici son tout premier film. L’esthétique est indubitablement léchée, tourbillon d’horreur et de couleurs criardes; si le film se regarde, qu’Allison Timlin joue une milléniale flippante au possible, l’histoire ne casse pas trois pattes à un canard (tiens, un tel canard ferait, lui, un sacré buzz sur internet!). Sommes-nous déjà trop bourrés d’images?

BONUS

Vu que ces films ne réapparaîtront pas de sitôt sur nos écrans (on espère tout de même qu’un cinéma programmera Les Garçons Sauvages à sa sortie annoncée en février 2018), on vous laisse avec leur bande-annonce.

 

 

 

Aude Haenni