Venise 2014 : Pasolini

Abel Ferrara est en concours avec sa tentative de biopic d’un personnage majeur de la culture italienne.

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Venise 2014 - Pasolini

L’attente fut grande. La déception le fut encore davantage. Tout comme les trois collaborations précédentes entre Willem Dafoe et Abel Ferrara, Pasolini ne fera pas date.

Nous suivons les derniers jours du génie et visionnaire controversé du cinéma que fut Pier Paolo Pasolini (joué par Willem Dafoe) depuis son retour d’un voyage à Stockholm en passant par la finition de son ultime œuvre, Salò, jusqu’à son meurtre sur la plage d’Ostia non loin de Rome. Mais davantage que son approche au cinéma, l’essentiel du film est concentré sur le processus de rédaction d’un roman que Pasolini rédige et qu’il souhaite porter à l’écran. Un roman qui touche à ses visions des scandales, de la politique mais surtout de la sexualité.

En effet, Pier Paolo Pasolini est homosexuel. Et en regardant le film, c’est la seule chose que l’on peut inférer avec certitude. Cela et aussi qu’il est désillusionné avec la vie et la société dans laquelle il se trouve, en grande partie à cause de l’intolérance générale.

C’est là que le bât blesse, car Pasolini n’est pas un film biographique. Il ne se concentre en rien sur le personnage énigmatique du protagoniste, il ne touche pas aux origines très précoces de son attrait envers la poésie, il ne parle ni de sa famille ni de son environnement qui lui ont ensemble forgé une affinité communiste, il n’explore pas la misère de sa première arrivée à Rome depuis la campagne et ne mentionne pas son expérience durant la Seconde Guerre Mondiale ou ses premières troubles avec la loi. Bien entendu, aucun mot sur ce qui l’a rendu célèbre.

Par contre, il parle des fellations qu’il prodiguait à des jeunes hommes dans sa voiture et de l’imagination lunatique que la vie lui a instaurée. Il raconte le dédain qu’il ressent envers les plus hauts échelons au pouvoir mais aussi de la perte futile de la vie. Tout ce que l’on voit, c’est Pasolini en train d’écrire un roman avec un personnage principal nommé Epifanio, et nous voyons la moitié du temps à l’écran la personnification de cette imagination. Il s’agit d’un mélange visuel peu accrocheur entre le contenu du roman de Pasolini, son imagination et la réalité dans laquelle il vit.

Dafoe n’a même pas le temps de s’exprimer tant il est quasiment périphérique au développement du film, et c’est assez ahurissant à constater. Le seul moment où l’on entend les idées de Pasolini est lors d’un entretien avec un journaliste, où il fustige le consumérisme et la globalisation, la surconsommation et la notion de possession. Il lutte pour une liberté d’expression, pour le droit de choquer et d’être choqué, dans ce qui est une vision presciente de l’état actuel du monde. Que dirait-il aujourd’hui en nous voyant?

Pour un non-initié du personnage, le film sera confus et mal ficelé. Pasolini est un film moyen d’un bon réalisateur à propos d’un grand réalisateur qui veut faire un film moyen.

Des plans majestueusement filmés offrant des dances d’ombre et de lumière en sont un point fort, tout autant que la musique accompagnante appropriée, même bienvenue à la fin avec l’aria enveloppante nous soulageant du fardeau qu’est ce film.

Noté : 2.5 / 5

Bande-Annonce

Casting

Willem Dafoe
Maria de Medeiros
Riccardo Scamarcio
Giada Colagrande
Roberto Zibetti
Adriana Asti
Valerio Mastandrea
Tatiana Luter

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnue
Réalisateur: Abel Ferrara
Pays de production: France / Italie / Belgique
Durée du film: 86 minutes
Genre: Drame / Biographie

(Images droits réservés)

REVIEW OVERVIEW
Noté
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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!