Un mois de novembre au Romandie…

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Ezra Furman / Gaspard Zoss / Tous droits réservés

Cette année, le Romandie de Lausanne avait décidé de nous aider à passer cette période ô combien difficile, lorsque l’été se termine et laisse la place à la déprime… Un programme chargé donc, avec SOAK, Sinkane, Gengahr et Ezra Furman.

Pour la première, SOAK, sans refaire la critique de Sven avec qui on a passé une excellente soirée, on peut toujours regretter que le public lausannois boude ce genre de découverte qui n’en est déjà quasi-plus, la jeune rouquine étant nominée pour le très prestigieux Mercury Prize. Dans tous les cas, un concert magnifique, un dimanche soir à Lausanne, c’est quand même mieux que la soirée chez tantie Monique ou devant Capital sur M6. Un conseil donc, Lausanne : sors et va au Romandie, surtout quand le Billet te dit que ça va être bien, car c’était très beau.

Quelques jours plus tard, pas tellement plus de monde pour venir voir le phénomène Sinkane. Entre-entendu dans la folie du bouillon brightonnien du Great Escape, l’américain surfe sur la vague rétro se réappropriant tous ces sons de funk, tout en y amenant une touche reggae. Mais attention, c’est fait avec élégance. Perso, je déteste le reggae (ouais, ouais, insultez-moi), principalement pour cette affreuse guitare à contre temps, tu sais celle qui te fait péter un plomb parce qu’elle est dans tous les morceaux du genre. L’intelligence de Sinkane est de remémorer les éléments sensoriels du style, non par la guitare, mais par la basse. Cette basse rebondie, chaleureuse et souple, quasi sensuelle. De la musique intemporelle et pourtant pleine de référence donc, jouée par un groupe multipliant les métissages et les brassages.

La semaine suivante, on retourne au Romy au milieu de la foule cette fois-ci, les Américains de Son Lux ayant fait le plein. Le groupe est une des attractions de cette fin d’année et son dernier album, Bones, est tout simplement excellent. Lumineux et beau, son écoute est en soi un appel au voyage. Perso, cela me fait penser aux paysages islandais que j’avais eu la chance de voir en 2014. Leur succès est assez surprenant, néanmoins il s’inscrit dans celui de cette musique subtile et mélodique, dans la ligne des XX ou de Ásgeir. Leur concert est également très beau, un peu trop calme par moment. Vous me direz que c’est inhérent au style, mais en même temps, la force des basses et des rythmes est justement ce qui permet à certains groupes à priori très « tranquilles » en album (Björk, Massive Attack, The XX…) de prendre une envergure différente en live. Un bon concert donc, mais ils leur faudra probablement encore un peu de temps pour prendre plus d’ampleur.

Deux jours plus tard, on revient dans un Romandie quasi-plein, enfin si on veut. Je m’explique : les concerts étaient censés commencer à 22h avec Gengahr, mais manifestement les Britanniques n’ont pas compris le truc et ont débuté 30mn plus tôt, à l’heure prévue pour le soundcheck. Résultat, un concert de 35 mn, dont 25 devant quasi-personne (et vraiment personne, zéro, null, pour la 1ère chanson), avec un staff local qui t’assure que oui oui, c’est le soundcheck. Alors merde le Romandie, je t’aime, je vous aime tous, mais là c’est pas possible. Personne pour aller leur dire « he les mecs, c’est pas maintenant, ça démarre dans 30mn… » Bref, un très bon concert d’un groupe hyper clean, quoiqu’encore un peu jeune. Un son parfait et une belle énergie. On a bien aimé, à part qu’on en a loupé 10mn et qu’on en a passé encore 10 de plus quasi-seuls dans la salle.

Arrive ensuite la star de la soirée, Ezra Furman. Artiste multi-genres dans tous les sens du terme, musical bien sûr avec des styles et des influences de partout, identitaire ensuite, avec son habitude de se travestir et de brouiller les pistes. Ezra, on l’avait vu à Reykjavik en 2014, dans une cave de pub pour Airwaves et le bonhomme vaut largement mieux en live qu’en album, tant toute son énergie et son talent déborde de partout. Souvent électrisant, son show est par moment touchant, comme lorsqu’il parle de son adolescence à Chicago, dans une sorte de dialogue parlé-joué, qui aurait pu être ridicule, mais dont la franchise et l’honnêteté, tout comme la maitrise technique rendent l’expression très belle. Un peu rockabilly par instant, souvent rock tout court, on a passé une belle soirée et Ezra, c’est vraiment un type cool.