Reportage photo | The Colorist and Emilíana Torrini aux Docks

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The Colorist & Emiliana Torrini aux Docks de Lausanne. Février 2017. © Aude Haenni

Quand le scepticisme fait place à un petit bijou de concert.

Emilíana Torrini, c’est trois albums – les premiers – que j’écoutais en boucle, couchée dans mon lit, mon esprit se laissant emporter par cette atmosphère particulière, entre douceur et électricité. Samedi, j’avoue avoir franchi les portes des Docks à reculons, par crainte de ne pas retrouver l’identité, l’esprit de ces chansons remaniées par The Colorist, orchestre atypique belge.

Atypique : un adjectif qui s’invite sur scène avant même que les musiciens ne la foule. Cylindres, tubes, cercles, cordes, de bois et de métal, appartenant à des instruments indéfinissables se mélangent au piano, clavecin, xylophone et autres violons et violoncelles reconnaissables. L’impression de se retrouver dans un cabinet de curiosités musicales.

Dans ce bric-à-brac, la parenthèse d’Alice Torrent – au piano, guitare et accompagnée d’une violoncelliste – est discrète, néanmoins envoûtante.

Alice Torrent, première partie de The Colorist & Emiliana Torrini aux Docks de Lausanne. Février 2017.
Alice Torrent, première partie de The Colorist & Emiliana Torrini aux Docks de Lausanne. Février 2017.
Alice Torrent, première partie de The Colorist & Emiliana Torrini aux Docks de Lausanne. Février 2017.

Arrivent sur scène huit musiciens. (Deux visages connus, appartenant à la formation Zita Swoon. De plutôt bon augure…) Amorcent le hit Jungle Drum. La chanteuse islandaise, elle, se terre encore derrière les longs rideaux noirs. The Colorist Orchestra nous propose sa version instrumentale, quasi cinématographique. La version est évidemment différente, mais l’âme n’en demeure pas moins présente. Je suis bluffée.

Emilíana Torrini apparaît aux premières notes de Caterpillar. Souriante – constamment -, légère (si l’on peut dire, de par ce petit être qui grandit en elle), généreuse. Elle se raconte, nous nomme témoins de cet amour, de cette collaboration censée être éphémère.

Les titres « recolorés » s’enchaînent. Dans la salle, on se raccroche à cette voix si familière, tout en acceptant de se laisser entraîner dans ce nouveau voyage. On s’imagine gambader dans les vastes étendues islandaises sur Serenade, déambuler dans des ruelles nord-africaines bondées sur Animal Games, se perdre dans une forêt verdoyante avec Bleeder. Thinking out Loud nous transporte dans un désert aride, Speed of Dark dans un univers plus électronique.

The Colorist & Emiliana Torrini aux Docks de Lausanne. Février 2017.
The Colorist & Emiliana Torrini aux Docks de Lausanne. Février 2017.
The Colorist & Emiliana Torrini aux Docks de Lausanne. Février 2017.

Emilíana Torrini nous racontait en début de soirée avoir stoppé sa carrière avec son groupe, pensant plutôt à nettoyer sa voiture qu’à profiter de l’instant présent sur scène. Un coup de fil, une remise en question et la voilà prête à accepter toute proposition. « Choisissez les morceaux, faites une setlist et je viendrai chanter ! ». One-shot avec des gypsies à Cordoue, un jazz band expérimental en Belgique, un orchestre symphonique en Islande… Et finalement cette rencontre avec The Colorist, un coup de foudre artistique.

Emilíana ne savait pas dans quoi elle allait être embarquée. Moi non plus. Apparemment l’ignorance a du bon.

Aude Haenni