[Open Air Frauenfeld 2016] Une édition record

Le plus grand festival hip-hop européen se trouve bel et bien en Suisse.

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Images droits réservés - 2016 OpenAir Frauenfeld - Skyline Stage 2

Chaque deuxième semaine de juillet, l’Open Air Frauenfeld bat son plein et rassemble plus de 150’000 amateurs de rap ou R’n’B. Désormais devenu le plus grand festival Hip-Hop d’Europe, il attire les plus grosses pointures du genre à venir se défouler sur les fameuses scènes Nord et Sud. Situé à quelques kilomètres de Zürich, ce festival est devenu quasiment le lieu de pèlerinage européen pour tous les MC’s. Légende (Snoop Dogg), star montante (Travis $cott), indépendant (Freddie Gibbs), rappeur du moment (Kendrick Lamar) ou encore à la recherche de la gloire perdue (50 Cent), une grande variété de ces rappeurs ont circulé dans les allées du festival thurgovien ces dernières années. Cet été, le festival a tenté le risque de se tourner un peu plus sur la scène du Dirty South, une scène qui fait les beaux jours du rap d’aujourd’hui avec sa trap ambulante entre autres. Des rappeurs représentant donc des villes comme Atlanta ou Baton Rouge sont venus représenter leurs couleurs au public suisse. 

Le pari de privilégier donc la new school et minimiser la old school (Mobb DeepGhostface Killah et c’est tout…) était risqué mais s’est avéré payant, car l’Open Air a battu son record d’affluence en faisant sold-out avec 170’000 billets vendus! Il faut avouer que le beau temps qui a accompagné ces trois jours n’y est pas pour rien, mais les concerts étaient eux aussi de bonne, voire de très bonne qualité pour la plupart et l’affiche faisait saliver. En effet, avec des poids lourds du rap actuel comme Future, Macklemore, Wiz Khalifa et J. Cole le spectacle promettait d’être lourd et bruyant. Voici donc un petit détour sur mes coups de cœur… et mes déceptions (oui, il y en a eu quand même). Cependant, cela restera sûrement l’une des meilleures éditions depuis ces six dernières années.

Les coups de cœur

Wiz Khalifa, scène Nord : Passion, connexion, stupéfaction et enthousiasme. Voici les nombreuses émotions par lesquelles Wiz Khalifa a dû passer durant sa performance samedi soir. Après plusieurs passages dans le canton de la Thurgovie, il a enfin été désigné comme étant la tête d’affiche qui allait clôturer cette dernière édition. Une soirée/nuit riche en émotions qui était en plus accompagnée par un climat idéal. Avec un festival qui venait d’annoncer son sold-out quelques heures plus tôt, le prince de Pittsburgh s’est donc retrouvé en face d’une immense foule prête à partager toute son énergie dans une soirée qui restera, j’en suis sûr, marquée dans sa mémoire. Au fil des morceaux, l’adepte du Black & Yellow laissait gentiment dévoiler ses expressions faciales. Touché par un public chaleureux et harmonieux, Khalifa a alterné entre hits interplanétaires (Bake Sale, We Dem Boyz, Work Hard, Play Hard), hymne à la Marie-Jeanne (Roll Up, Young Wild & Free) ou morceaux plus trap et d’autres plus paisibles (Pull Up et See You Again respectivement). D’ailleurs, lors du retentissement de ce dernier titre, l’atmosphère est devenue si spéciale… à en avoir la chair de poule. Il faut le dire, je préfère le Wiz des premières années et ne raffole pas de son dernier hit qui est une ode au défunt Paul Walker. Mais tenir une soirée, seul, sans back-up, sans playback et tisser un si grand lien avec une foule XXL, il faut le faire. Bravo Wiz, ce soir-là tu as gagné tout mon respect.

Future, scène sud : les organisateurs ont dû sous-estimer la fanbase et la notoriété de la star actuelle du rap. Celui qui se fait appeler Future Hendrix, s’est donc retrouvé sur la scène sud (plus petite que la principale) pour interpréter ses (nombreux) meilleurs hits. Le spectacle était au rendez-vous, la trap d’Atlanta était présente, mais auparavant je n’ai jamais vu autant de mouvements de foule et de personnes évanouies que dans ce concert (celui d’Eminem en 2010 était une rigolade par rapport à Future). D’un côté, le fait de ne pas l’avoir programmé dans la plus grande scène joue certainement un rôle mais le public était… en feu. Dès son arrivée sur la scène, Future avait déjà conquis sa trap zone et s’ensuivait donc une ribambelle de morceaux énergiques. Quasiment tous ses projets sont passés dans les enceintes de Frauenfeld que cela soit Move That Dope (de Honest), March Madness (de 56 Nights), Fuck Up Some Commas (de Monster), Stick Talk (de DS2) ou encore Wicked et Low Life (de Purple Reign et EVOL) le monstre du rap n’a pas fait de la dentelle. Une soirée sportive mémorable où l’on retiendra également les calories brûlées, les litres de sueurs dépensés mais aussi les innombrables pas de danse ou mètres parcourus pour la survie d’autrui. À noter également les escapades de deux groupies qui ont réussi à passer par-dessus la barricade pour s’approcher de Future, ces derniers sont ensuite tombés sur plus fort qu’eux : les sécu.

Kevin Gates et Jazz Cartier, La Fabrik : La Fabrik est la troisième scène qui règne sur le festival depuis maintenant une année. Plus petite que les deux principales., elle se trouve sous une grosse tente et réunit en majeure partie que les vrais connaisseurs de l’artiste. Ce qui fait son charme c’est son décor d’usine désinfectée avec ses gros containers en arrière-plan qui sont dignes d’une scène de la saison 2 de True Detective. De ce fait, on y vit une très bonne ambiance avec un public fredonnant quasiment chaque refrain ou couplet de l’artiste qui s’y produit. Cette année, le rap cru, intègre et honnête de Kevin Gates ainsi que l’ambiance froide et nocturne du jeune prodige canadien qu’est Jazz Cartier, ont marqué les esprits à La Fabrik. Le premier a directement capté l’attention de son public en crachant toutes ses tripes avec sa folle énergie et son agressivité à chaque morceau (Really Really, 2 Phones, Plug Daughter) alors que le deuxième, plutôt showman et participatif avec le public, s’amusait à escalader les balustrades, soulever des barres de fer (?!?) ou encore créer des gros mosh-pit (pogos) avec des morceaux tels que Red AlertOpera ou encore Dead Or Alive issus de ses deux excellents projets. A noter que ces performances se déroulaient au plein milieu d’une journée où le soleil tapait horriblement, chapeau.

Ghostface Killah, scène sud : Il était l’un des plus vieux sur l’affiche mais l’un des plus jeunes dans son cœur et son énergie. L’un des seuls rescapés en matière d’old-school pour cette édition c’était GFK, qui est aussi connu comme étant un des membres du fameux groupe qu’est Wu-Tang Clan. Accompagné par Killah Priest, le ninja shaolin a su mettre en feu une foule en aliénant classiques et morceaux issus de ses projets les plus récents. Le coup de théâtre s’est déroulé lorsque l’emcee a invité deux fans à monter sur scène pour réaliser les deux derniers couplets du fameux Protect Ya Neck, morceau légendaire qui a marqué l’époque dorée de la côte Est et du rap froid et cru originaire de New York. Après le premier couplet réalisé par Killah lui-même, les deux prétendants choisis devaient essayer de se mettre à la place de Raekwon et Method Man en l’espace de quelques secondes lors du deuxième et troisième couplet respectivement. Sous les yeux des Macklemore, Ty Dolla $ignAnderson .Paak ou encore A$AP Ferg intrigués et amusés au fond de la scène, le reste du moment est magique et indescriptible :

Mentions spéciales : Anderson .Paak, J. Cole & Yelawolf.

Les déceptions

50 Cent, scène Nord : La performance devait être spectaculaire et prometteuse, car en plus de la renommée de l’homme qui a explosé au début du 21ème siècle sous la houlette de Dr. Dre et Eminem, il était en plus accompagné ce soir-là par un G-Unit version 2.0 (Tony Yayo, Kidd Kidd et Lloyd Banks). Malheureusement, ce ne fut pas le cas et sa prestation s’est révélée plus qu’anodine et reflète le déclin que traverse le Curtis Jackson de nos jours. En plus d’avoir perdu toute sa hargne et agressivité qu’il possédait il y a maintenant une décennie, l’adepte de Candy Shop avait soit un problème de micro, soit un manque cruel d’intonation durant toute sa prestation. Au point de passer complètement au deuxième-plan par rapport à ses amis de toujours. Même si ses hits d’antan vieillissent bien, le rappeur du Queens n’a jamais réussi à montrer une once de son envie et de son énergie du passé, seul son sourire narquois y était. En plus il semblerait qu’il ait perdu sa masse de muscles légendaires, nostalgie quand tu nous tiens…

Young Thug, absent : C’était l’une des attractions de ce festival, mais malheureusement monsieur le voyou a, semble-t-il, privilégié son rendez-vous médical que celui avec la scène thurgovienne. Bon, au moins il a des principes, mais quel gâchis. Rendez-vous l’année prochaine ?

Bryson Tiller, scène nord : Devenu un phénomène en l’espace de quelques mois, la star montante du R’n’B avait rendez-vous avec le public suisse pour montrer ses qualités sur scène. T R A P S O U L est son unique et seul projet officiel mais ne contient aucun déchet, et c’est avec cette playlist que le roi de la trap/soul voulait conquérir Frauenfeld. Malheureusement, même si le concert était moyen et que monsieur présente beaucoup de morceaux paisibles et relaxants, il lui manque encore cette grinta sur scène. Sympa mais monotone, sa prestation ne restera pas dans les anales, mais on ne lui voudra pas trop car sa montée prématurée au sommet est déjà exceptionnelle. Chaque chose en son temps Bryson, tu reviendras plus fort et plus chevronné.

Source vidéos : SRF.ch