Le Montreux Jazz Festival, ou Jaaaaaaz pour les locaux (une saucisse et 2 bières? ça vous fera 13 Jaaaaaaz), c’est ce festival sur les quais de Montreux qui ouvre chaque année des multiples débats de spécialistes du pricing de billets et de sociologues des masses, se déchirant sur l’aspect élitiste du truc (des billets à 300 balles) ou au contraire beauf (ces masses de prolétaires déambulant sur les quais). Bref, perso je m’en fous un peu, Montreux pour moi c’est des bons concerts, payants ou gratuits, du soleil et cie.

Dès le premier soir, on rentre dans le vif avec le Lab, l’occasion de revoir Alt-J au même endroit que 2 ans auparavant. Mais avant ça, on commence par Jacques, nouvelle coqueluche de la scène hype parisienne. Encensé, avec Fischbach, par les Inrocks, on y va avec curiosité. Celle-ci sera piquée pendant plusieurs minutes par la performance, dont le principe est, grossièrement, les fans m’excuseront de mon imprécision, de faire des loops avec des sons tout à fait anodins, enregistrés au micro, d’une raquette de badminton à une scie à métaux. Le truc c’est qu’on peut voir dans ce concert le verre à moitié plein ou à moitié vide. Pour les optimistes, Jacques donne ici du sens au live électro, sort du cliché du mec qui met une clé USB et lève les bras, et te donne une raison de regarder le DJ. D’un autre côté (verre à moitié vide), si tu sors du côté performance et qu’on se penche sur l’aspect musical, ça devient un set banal d’une électro assez convenue. Bref, ça m’a passionné 10 mn, puis je me suis un peu ennuyé, même si ça reste globalement très bon.

Quelques minutes plus tard, le temps de boire une excellente Heinek’ avec vue sur le lac (on peut pas tout avoir), Alt-J entre en scène et on est bien excité. On a vu le groupe au triangle avec les doigts 3-4 fois depuis 2013 et il faut reconnaître qu’ils vieillissent plus comme du bon vin que comme Pokemon Go. Le petit groupe un peu frêle et imprécis des débuts a pris de l’ampleur, même s’il a peut être, ce qui est inévitable, perdu un peu en spontanéité. Le concert est excellent au demeurant, tout en basse et en élégance. L’excellente qualité de Relaxer, leur dernier album, aide évidemment et amène une touche plus rock et puissante à l’ensemble, même si le public ne boude pas ses classiques, de Matilda à Breezeblocks. Deux petits bémols toutefois. D’une part la mise en scène, laquelle place les trois musiciens dans trois « cages » séparées, affaiblissant l’unité visuelle du groupe. Ensuite, l’usuelle meute de connards qui partent 5-10-15 mn avant la fin pour être en avance sur le parking et qui te flinguent les moments les plus intenses du live en passant devant toi et en parlant de leurs conneries. Un détail, c’est vrai, pas spécifique à ce concert, c’est vrai aussi, mais c’est bien de verbaliser ses petites contrariétés. La soirée se termine par quelques verres au Strobe, toujours cool comme endroit.

Samedi, retour sur les quais pour une soirée au Strav, avec au menu les Belges de Soulwax et les Versaillais de Phoenix. Les premiers se retrouvent confrontés à l’habituel problème des producteurs électro qui passent du studio au live, ils ne savent pas trop quoi faire. On a tout vu dans le genre, de Disclosure qui joue basse/batterie en bidouillant en live à Stromae qui te propose un véritable son et lumière, en passant par Fakear qui place le pad face public à Jamie xx qui refuse carrément l’exercice pour en rester au DJ-set. Ici la réponse est de proposer non pas une grosse batterie, mais trois, avec en prime Igor Cavalera, ex-batteur de Sepultura (oui, oui), et des batteries mises en scène et hyper puissantes. Bref, un déluge autant sonore que visuel, lequel fait quand même bien le boulot. Après le soucis, c’est que passé les premières minutes de curiosité, le principe du live reste globalement assez plat et monotone. Intéressant donc, très visuel et puissant, mais peut être plus approprié pour une fin de soirée au Strobe que pour le Strav à 21h.

Une heure plus tard, Phoenix débarque, sur une scène dépouillée. On a adoré leur dernier album, ode un peu naïve à l’Italie des 70’s – 80’s, bourrée de clichés et d’une pop soyeuse et joyeuse. Le truc avec Phoenix, c’est qu’ils ont tendance à se faire sous-estimer, notamment parce qu’ils ont le soucis d’une certaine forme de minimalisme, qu’ils travestissent sous une image bariolée: c’est « less is more » dans un paquet cadeau multicolore. Leur dernier album est dans cette veine, avec des titres très précis, élégants et bien construits, qu’ils s’amusent à habiller de « Fior di Latte », de « Pronto? Si. Come va a Hollywood? », de yaourt franco-anglo-italo-espagnol, etc. Cette propension à rendre très pop, très drôle et très peu dramatique une musique par ailleurs très intelligente et fine, se vérifie tant en album qu’en live. En effet, le concert du Strav, s’il a souffert d’un affluence trop faible malheureusement, se construit avec une mise en scène à la fois kitsch et minimaliste: on est transporté dans une Italie des années 1980, revue par des dandys des années 2010. Des basses, beaucoup bien sûr, une scène épurée mais surmontée d’un immense écran plein de couleurs, un Thomas Mars qui se promène encore une fois à travers la foule avec son micro et un immense câble rouge, un batteur qui tape fort, des tubes qui s’enchaînent et transportent un public tout heureux de balancer au grès des deux dernières décennies du groupe. Un petit regret? Uniquement 4 titres de ti amo, c’est un peu court. Les deux highlights du concert: Love Like a Sunset, aussi beau que puissant, tant au niveau des basses que des lumières, et Role Model, incontestablement un des excellents titres du dernier album.

Dimanche 2 juillet, on retourne au MJF, pour le off cette fois. La nouvelle salle du Lisztomania accueillait une soirée rock avec les Alémaniques de One Sentence. Supervisor. Le concert commence en petit comité et se remplit petit à petit. Perso, j’adore leur album et je pense qu’il s’agit d’un des meilleurs groupes suisses actuels. Le live est cependant encore un peu timide, trop tenu peut être. Le bassiste est assis, le batteur joue timidement, l’ensemble décolle sur la fin, mais reste un peu convenu. Peut-être encore un peu frais, ils restent un groupe à suivre dans le paysage actuel. Quelques minutes plus tard, Ulrika Spacek commence le deuxième concert. Originaire de Reading, les Anglais ont incontestablement plus de bouteille et emballent rapidement la salle. Un concert bien agréable, mais qui retombe un peu dans une routine par la suite. Bref, une bonne soirée, mais le dimanche souffre, pour ma part, de la gueule de bois généralisée d’un weekend très festif.

Le lendemain, c’est plein d’entrain qu’on revient sur les quais pour voir deux des sensations les plus fascinantes de la programmation de cette année, à savoir Egopusher et Cigarettes After Sex. Les premiers nous emmènent dans leur électro aux accents post-rock, une transe peut-être eu peu légère, mais malgré tout très belle et bien foutue. On peut regretter qu’il n’y ait pas un poil plus de puissance ou de visuel, mais dans l’ensemble c’est un beau concert, bien maîtrisé.

Viennent ensuite les stars de la soirées, les Texans de Cigarettes After Sex. C’est peu dire qu’ils sont attendus, la salle est pleine. Le concert débute et la voix grave de Greg Gonzalez emplit rapidement le Liszto, prenant le public dans une lente danse, sensuelle et romantique. Quelques abrutis parlent un peu fort et bousillent un peu l’ambiance (remarque de vieux con, pardon), mais l’ensemble est quand même très beau et très maîtrisé. On aurait pu espérer un peu plus de fougue, mais bon, quel groupe quand même…

Mercredi, c’est la fin de ma première semaine au MJF et cela passe par le Stravinski. On loupe une bonne partie de Trombone Shorty, mais on est aux bonnes places pour voir la réunion du plus grand groupe de hip-hop du monde, The Roots, et d’une des stars mainstream US les plus vendeuses de l’histoire, Usher. La star d’Atlanta minaude un peu, mais, porté par toute la classe du groupe de Philly, l’ensemble a fière allure. Le démarrage est tranquille, un peu trop peut être, un peu convenu, mais on tombe rapidement dans une ambiance 70’s, mâtinée des tubes des uns et des autres, du superbe You Got Me au très dansant Yeah! Une soirée cool et groove, dans une belle ambiance, pour un concert de 2 heures.

On revient la semaine prochaine, avec London Grammar et plein d’autres trucs…