Locarno 2016 | Le Ciel Attendra

L'embrigadement comme addiction.

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Le Ciel Attendra - Image droits réservés - © Guy Ferrandis

Sujet brûlant, voire bouillant. Le Ciel Attendra traite de l’embrigadement de ces âmes innocentes, de ces âmes naïves qui par un concours de circonstances sont amenées à discuter avec des « princes ». Ces hommes sont des rabatteurs et embrigadent des jeunes filles pour les endoctriner. Mélanie (Naomi Amarger) y succombera, elle, cette jeune fille pleine de vie qui profite pleinement de sa vie d’adolescente. Elle provoquera le désarroi de sa mère, Sylvie (Clotilde Courau), une femme qui ne vit plus depuis cette perte.

Toujours en France, nous découvrons Sonia (Noémie Merlant), une autre jeune fille qui a bien failli commettre l’irréparable. Elle aussi embrigadée, on lui promettait le paradis pour sa famille. Devenue complètement folle après cet incident, Sonia débute une longue « rééducation » pour se libérer de cette étreinte qui la suit et qui l’handicape dans sa vie quotidienne.

L’embrigadement, cette étrange drogue

Le Ciel Attendra est avant tout un croisement entre plusieurs êtres qui se retrouvent confrontés au fléau qu’est l’embrigadement terroriste. Trois femmes, trois destins liés à l’endoctrinement de l’Islam radical. Marie-Castille Mention-Schaar érige plusieurs étages pour nous guider dans cette « addiction » qui gangrène Sonia, Naomi et Sylvie.

Mélanie (Naomi Amarger) souhaite fuir les mécréants - Image droits réservés - © Guy Ferrandis
Mélanie (Naomi Amarger) souhaite fuir les mécréants – Image droits réservés – © Guy Ferrandis

Car oui, ces jeunes filles tombent dans l’addiction totale, comme si rater la prière était synonyme de crime contre l’humanité. Sonia s’enferme dans sa chambre, se plaint d’entendre des voix, tremble de tous ses membres. Comme la drogue, le besoin d’une dose permanente est palpable. Le chemin pour s’en débarrasser est tortueux et Mention-Schaar le met en scène avec justesse, sans tomber dans la fresque moralisatrice. L’immersion psychologique, symbolisée par l’évolution des trois protagonistes, reflète le souhait de la cinéaste française d’analyser les différents parcours de l’endoctrinement. L’analyse fait mouche et démontre tout l’impact des réseaux sociaux, avec quelle facilité les recruteurs arrivent à entrer en contact avec leurs futures proies. Par des paroles mielleuses et des vidéos choquantes, la tactique des « princes » fonctionne grâce à des subterfuges d’une simplicité déconcertante.

Le Ciel Attendra est avant tout un film nécessaire, un film qui nous plonge dans une réalité souvent évoquée. Grâce à ce traitement, Marie-Castille Mention-Schaar amène une vision et une réflexion sociétale de la situation actuelle. Son approche du sujet sensible démontre une connaissance du sujet et un regard plein de compassion pour ces familles touchées par la bêtise de certains individus sur cette planète.

Intensifié par une mise en scène délicate, nous immergeant dans un sentiment de vide psychique et physique, Le Ciel Attendra est la rencontre deux portraits familiaux, où les réactions convergent et divergent. À force de combattre, le point d’intersection de ces deux familles se traduit par un seul mot : reconstruction.

Fiche technique :

Réalisé par : Marie-Castille Mention-Schaar
Date de sortie : 5 octobre 2016
Durée : 1h45min
Genre : Drame
Pays : France
Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar, Emilie Frèche
Photographie : Myriam Vinocour
Distributeur suisse : Agora Films

Casting :

Noémie Merlant
Clotilde Courau
Sandrine Bonnaire
Naomi Amarger
Zinedine Soualem
Sofia Lesaffre

REVIEW OVERVIEW
Note :
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Journaliste culturel. Ex Italic Magazine et ravagé de l'écran.