Venise 2015 – Lama Azavtani

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Lama Azavtani, par Hadar Morag
Image © Asac - la Biennale di Venezia

Why hast thou forsaken me (son titre en anglais, « pourquoi m’as-tu abandonné » en français, une des sept paroles que Jésus prononça lorsqu’il fut crucifié) est un film de conflit et de contradictions, tant physiques que spirituels.

Muhammad (Muhamad Da’as) est un jeune palestinien exclu de la société et la communauté locale, principalement parce que son père collaborait avec Israël. Abandonné et esseulé, il erre les rues avant et après son travail dans une boulangerie dans un quartier majoritairement juif. Un jour, il fait la connaissance de Gurevich (Yuval Gurevich), un rémouleur ambulant qui traverse la ville en moto visiblement sans attachement aucun. Têtu et obstiné, le garçon se force dans la vie de Gurevich pour donner du sens à la sienne en formant une sorte d’apprentissage dysfonctionnel.

Projeté dans le cadre des Orizzonti, on remarque immédiatement avec Lama Azavtani son silence (les dialogues sont très rares et éparpillés) ainsi que les couleurs délavées qui contribuent à la force du film. Dieu merci que les visuels sont superbes, car pour le reste, entre symbolismes, silences et la violence tant physique que morale, la photographie sort clairement du lot.

Le film montre clairement que si chacun porte sa croix, alors la manière à laquelle on vit avec peut fortement varier. Ainsi, Muhammad se retrouve toujours entre deux mondes. Accepté ni par les Israéliens ni par les Palestiniens, cherchant à connecter d’un point de vue spirituel avec Dieu, le jeune homme se retrouve de plus à un âge où la curiosité sexuelle s’éveille.

Ayant brièvement discuté avec la réalisatrice, elle m’a confirmé qu’elle souhaitait réaliser un film traitant de ce tiraillement entre tous les aspects de la vie. D’ailleurs, la scène finale (qui est une des scènes les plus violentes de ce festival) représente d’ailleurs le jeune Muhammad prendre son destin entre les mains est faire un choix, et ne pas accepter d’être catégorisé dans un des deux camps. Bien qu’il soit difficile de cerner cette volonté de la réalisatrice à la première vision de Lama Azavtani, le conflit interne de Muhammad est très rapidement visible.

Basé sur des personnages existants, les interprètes des deux rôles principaux ne sont pas des acteurs. Pour leur première apparition au grand écran, Muhamad Da’as et Yuval Gurevich jouent des versions fictives d’eux-mêmes. Dans ce monde ambivalent créé par la main de la réalisatrice, Lama Azavtani laisse place à la réalité monotone de ses protagonistes. À travers les aiguisements symboliques de couteaux, le film rappelle que l’agression est constante et se présente sous diverses formes.

Noté : 2.5 / 5

Bande-Annonce

Indisponible

Casting

Muhamad Da’as
Yuval Gurevich

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnue
Réalisateur: Hadar Morag
Pays de production: Israël / France
Durée du film: 94 minutes
Genre: Drame

(Images droits réservés)

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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!