Jeezy | Church In These Streets

C'est en tant que prêcheur des rues que Jeezy s’illustre avec la sortie de son huitième opus.

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Jeezy - Image Droits Réservés

Jeezy c’est huit albums au compteur, une « street-credibility » intacte, un des premiers rappeurs avec T.I. à avoir amené la trap music à un tout autre niveau, et bien sûr, une discographie solide qui compte plus de tops que de flops. Cependant, la période du jeune Snowman qui crachait ses tripes à chaque couplet et qui respirait la loi des rues est bel et bien finie. D’ailleurs, il l’a bien compris lui-même en ayant retiré le « Young » de son blase pour ne s’appeler plus que Jeezy. Et c’est avec Church In These Streets, son tout dernier album sorti vendredi passé, que le rappeur joue dorénavant le rôle d’un prêcheur des rues en allant même jusqu’à s’autoproclamer « God in the Hood », littéralement « le Dieu du quartier ».

Constant, régulier et connu pour être un des pionniers de la trap music, Jeezy ne change pas trop sa direction artistique dans ce nouveau projet. Mais c’est plutôt son contenu et sa forme qui se diversifient. Fini l’époque où l’artiste traitait sur des thèmes comme la motivation, l’inspiration ou encore l’ambition sur ces précédents albums. Dorénavant, c’est lui qui désire prêcher les bons mots et faire passer des messages positifs. On ressent d’ailleurs une constante maturité dans ses nouveaux morceaux même si les productions restent tout à fait liées à son style.

Where my street disciples? Church off in these streets
Call my congregation, church off in these streets
Call me Pastor Young, I came to spread the word
Spread the word like my partner spray them birds

D’ailleurs, au niveau des instrumentales, Jeezy a bien su s’entourer. Dans un style toujours très trap, on retrouve une poignée des meilleurs producteurs du moment. Que cela soit TM88 ou Southside, Nard & B ou encore D. Rich, les instrumentales sont fidèles à la trap music. C’est-à-dire, des grosses basses, des synthétiseurs sortis tout droit de Fruity Loops et pour bien couronner le tout, des refrains accrocheurs qui ne sont pas très compliqués à retenir. En gros, c’est ce qui se fait de mieux actuellement sur la scène d’Atlanta.

Même si Jeezy ne s’innove pas complètement artistiquement, il a le mérite de toujours avoir des singles efficaces pour promouvoir au mieux la sortie de son album. Par exemple, le modeste God, le festif Gold Bottles ou encore le magistral Church In These Streets accompagné par ses jolies notes aigües, sont le point d’orgue de l’opus. On retrouve ensuite d’autre morceaux plus sérieux qui touchent les problèmes sociaux actuels comme I Feel Ya ou le somptueux Just Win qui est introduit par un discours altruiste de Les Brown.

Régulier et fidèle à son style, le rappeur d’Atlanta continue de tracer tranquillement sa route sans casser des briques. Comme à son habitude, les faux-pas sont évités de justesse car même si nous pressentions le risque de voir Jay Jenkins, de son vrai nom, tomber dans la facilité et, du coup, de sortir un projet lambda et décevant, Jeezy a évité le piège avec brio et efficacité. L’idée de créer un alter-ego et de prêcher au sein des églises est à la fois intéressante et humoristique. Cependant, il s’agit tout de même d’un album qui s’écoute sans prise de tête mais qui réserve son bon lots de hits.