Iraqy Odyssey

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Odyssey
Image droits réservés ©  http://www.iraqiodyssey.ch

Le documentaire Iraqi Odyssey, sélectionné pour représenter la Suisse aux Oscar, raconte un autre Irak à travers le prisme de l’histoire familiale du réalisateur irako-suisse Samir. Né à Bagdad d’un père iraquien et d’une mère suisse, Samir grandit à Zurich et devient une figure majeure du cinéma suisse à partir des années 1980.  Alors que dans les années 1980 Samir milite contre la coupe des subventions pour la culture alternative lors des événements appelés « Züri brännt », le reste de sa famille est dispersée partout dans le monde.

Le cinéaste les a retrouvés, réunis et il recrée le puzzle de son histoire familiale. Il reconstitue la « petite » histoire, celle de ses origines, qui finit par explorer l’Odyssée d’une nation. Le documentaire est construit en trois actes – la lutte contre les britanniques, la succession de coups d’Etat qui s’est terminée par l’ascension au pouvoir de Saddam Hussein et la chute du régime qui a succédé à l’invasion américaine en 2003. Comme l’explique Samir au public lors de la présentation de son film à la Cinémathèque suisse, un récit familial, basé sur des histoires individuelles, des anecdotes qui ne se focalisent pas forcément sur les tensions religieuses et internes est un moyen de lutter contre l’obscurantisme menaçant le futur du pays actuellement partiellement occupé par l’Etat Islamique. Iraqi Odyssey propose une autre représentation, des images alternatives d’un pays qui nous a pendant longtemps été reporté uniquement par le biais de scènes de guerre et de violence.

C’est à sa fille que Samir dédie son documentaire. Car en effet, pendant 2h45 le film articule la mémoire individuelle à celle collective des 4 millions d’Iraquiens qui vivent actuellement en diaspora. Samir parle à sa génération mais aussi aux suivantes, qui toutes deux ne connaissent  que très peu leurs origines et l’histoire d’un pays qui était, avant les déferlements de violence, le berceau d’une culture rayonnante. Le site web du film se présente sous la forme d’un projet, une expérience sur la mémoire, qui invite les visiteurs à raconter leur histoire, la conserver et la transmettre. Un projet voué à reconstruire l’histoire iraquienne à travers des narrations subjectives et individuelles.

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 Le cinéma comme rempart au repli identitaire

En 1992, Samir réalisait Babylon 2, le premier film qui explorait l’identité des « secondos » en Suisse. Iraqi Odyssey, en plus d’explorer les facettes complexes de la relation entre subjectivité et diaspora, « casse les préjugés sur les migrants » comme le cinéaste l’explique. Une identité multiple qu’il revendique en proposant également une version racontée en français, avec un accent suisse-allemand assumé. « J’ai également doublé le film en français, car nous devrions tous être bilingues, trilingues, quadrilingues en Suisse et aussi parce que j’ai des amis en Suisse romande… » Il ajoute avec humour : « Et ça montre que je suis quand même bien intégré! ». Alors que les Suisses s’apprêtent à voter pour le renvoi des criminels étrangers, Iraqi Odyssey met brièvement à l’écran des images d’archives montrant la période des initiatives xénophobes « Schwartzenbach ». En cette période de repli identitaire, Babylon 2 est à redécouvrir et Iraqi Odyssey à voir absolument. Samir est un cinéaste dont la Suisse a besoin, un réalisateur qui ouvre les coeurs et rompt les aprioris meurtriers.

Bande-annonce: 

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Diplômée en Etudes du développement international, je rejoins l'équipe du Billet en janvier 2015. Films engagés, indépendants, je suis à la recherche d'un cinéma qui perturbe le sens commun et heurte la banalité. Parallèlement, je travaille sur différentes recherches académiques sur le cinéma et la mémoire ainsi qu'au sein du bureau du festival Cully Jazz.