Marco Bellocchio fait partie des réalisateurs italiens qu’on ne présente plus. Né en 1939 à Bobbio dans la région de Piacenza en Italie, Bellocchio, ami et collègue de Pasolini, est une figure emblématique du « Cinema Nuovo »; cinéma militant italien des années soixante. Politiquement actif, il rejoint l’Union communiste en 1968 et se présente aux élections du parlement italien en 2006 avec le cartel politique « Rosa nel pugno » formé par les « socialistes » et les « radicaux italiens ». Trois ans après « la Bella Addormentata », il a présenté cette année à la Mostra di Venezia un film surprenant, à la fois fictionnel et très intime. « Sangue de mio Sangue » raconte deux histoires, se déroulant à deux périodes historiques différentes, reliées par un lieu : Bobbio. Ainsi, Marco Bellocchio revient dans son village natal, là il avait tourné son premier film « I pugni in tasca » il y a 50 ans. Autour du tournage, sur ces terres qui l’ont vu grandir, le réalisateur a réuni son frère, sa fille et son fils. Une réalisation familiale et intime mettant à l’écran une histoire personnelle s’inspire de son vécu ; plus particulièrement de l’événement tragique du suicide de son frère.

« Sangue del mio sangue » est à la fois un retour aux origines, une collaboration avec le « sang de son sang » mais aussi, et surtout, la dénonciation d’une Italie que le réalisateur a vu changer ou parfois, au contraire, s’immobiliser. Ainsi nous a raconté Marco Bellocchio.

Propos recueillis et traduits par Milena Pellegrini

Comment avez-vous vécu le fait de travailler avec votre propre famille sur le tournage et de plus dans le village où vous avez grandi ?

C’est particulier. Travailler avec son frère, son fils, sa fille et des très chers amis avec lesquels j’ai vécu beaucoup d’années est quelque chose qui dépasse la dimension professionnelle. Cette familiarité constitue un élément fondamental du film ; tout comme son titre l’indique. « Sangue del mio sangue » est un film spécial qui raconte deux histoires imaginaires que je n’ai pas vécues mais qui sont directement liées à mon histoire personnelle.

La capacité que vous avez à réinventer à chaque fois la forme de vos films est impressionnante. Comment trouvez-vous ces idées ?

Trouver une idée pour représenter quelque chose : c’est ce qui me fascine le plus. Je suis anticonformiste, je n’aime pas ces registres trop esthétiques. Nous sommes envahis par des milliards d’images dans lesquelles on trouve une conformité terrible. De plus, la figure du réalisateur a disparu à la télévision. Il existe encore celle de l’écrivain mais les réalisateurs viennent remplacés rapidement. Défendre un style, une forme, un montage, une lumière dans un film ; voilà ce qui donne du sens à mon travail. C’est ce qui me plaît.

Ce n’est pas la première fois que vous exprimez une opinion négative concernant l’Eglise catholique dans vos films. Selon vous, de quelle façon l’Eglise a-t-elle influencé l’histoire de l’Italie ?

L’Eglise d’aujourd’hui est très différente de celle que j’ai connue, que j’ai vécue et que j’ai subie en étant enfant. À ce moment-là, nous étions dans un contexte d’opposition entre le communisme et le capitalisme. Quand j’étais petit, le communisme était vécu comme une terreur pour nous – famille bourgeoise catholique. Je me souviens encore quand à l’école on nous racontait que les communistes pouvaient gagner les élections. Certaines familles étaient même parties aux Etats-Unis. Ce climat de peur renversa le résultat des élections et la Démocratie Chrétienne en sortit largement vainqueur. Je suis né dans ce climat mais depuis l’Eglise a beaucoup changé. Je ne suis pas croyant, mais le Pape Francesco dit parfois des choses, liées à des problèmes comme les migrations, qui sont plus cohérentes avec les idées de solidarité que le sont certains partis de gauche. Ces derniers semblent dire : « Il faut aider mais avec prudence ». Toutefois, je reste quelqu’un hors de cela ; l’Eglise part du présupposé qu’il existe une transcendance à laquelle je ne crois pas.

Que symbolisent les vampires dans le film ? Que représentent-ils de la situation socio-politique en Italie ?

Dans le film, les vampires sont vieux et proches de la fin. Dans d’autres situations, il existe des vampires beaucoup plus menaçants, plus cruels et plus sanguinaires. Ces deux vampires n’ont plus rien à faire ; ils peuvent seulement observer, mais ne peuvent plus rien sucer. C’est la situation de Bobbio à ce moment-là : le vampirisme isolationniste est terminé. Ils sont des perdants, ils ont été vaincus par la modernité, par le progrès. Ils ont essayé de s’isoler, comme le font les vampires, mais ils ne sont désormais plus capables de le faire.

Ils pourraient également représenter la Démocratie Chrétienne (Democrazia Cristiana). Qu’en pensez-vous ?

La Démocratie Chrétienne en tant que parti n’existe plus. Mais elle a fait partie pendant longtemps d’un système social qui a permis à l’Italie de survivre jusqu’à présent ; en assistant, protégeant, aidant et corrompant. Ce système est actuellement en pleine crise. Il faut maintenant essayer de comprendre si une nouvelle classe politique répétera cette situation – je ne l’espère pas- ou si nous voulons un changement plus radical. Je ne parle pas dans un sens révolutionnaire.

Je parle de la construction d’une société plus méritocratique dans laquelle les jeunes ne seraient pas assignés à leur place fixe mais où ils seraient aidés à exprimer leur créativité et leur inventivité.

Il existe encore une « gauche », il existe encore des partis qui ont une idéologie communiste. Mais le groupement politique dont les partis traditionnels ont peur est le Mouvement cinq étoiles (Movimento cinque stelle) : un parti qui veut aider mais qui veut aussi imposer un certain principe méritocratique. Il veut lutter contre la corruption et tout ce système d’assistance qui a permis à l’Italie de survivre jusqu’à aujourd’hui.

Quel futur pour le jeune cinéma italien ?

Vous devriez le demander à des jeunes ! Ce que je remarque c’est qu’il existe une forme de démocratisation dans le secteur : tout le monde peut faire un film. Cette année dans la sélection du David di Donatello il y avait 46 nouveaux films. Incroyable ! La plupart n’ont pas été présentés dans les salles. Je me suis rappelé de mes débuts dans le cinéma il y a 50 ans maintenant ; il y avait peut-être un premier film par année. Faire un film était beaucoup plus compliqué, même un film à bas coûts. Cela signifie que la réalisation s’est démocratisée. C’est positif mais évidemment cela n’est pas suffisant !

Vous êtes le directeur artistique du « Bobbio Film Festival ». Quelle est l’importance, à vos yeux, de promouvoir le cinéma dans des villages plus petits, plus isolés ?

Le « Bobbio Film Festival » est venu après le laboratoire « Fare cinema » qui est pour moi une expérience très directe, très personnelle. Comme beaucoup d’autres festivals, je pense que le « Bobbio Film Festival » est important car il montre des films « invisibles », que personne n’a vus, qui sont de grande qualité mais qui ont une distribution presque inexistante. Beaucoup de personnes qui n’ont pas vu ces œuvres, peut-être parce qu’elles ne vivent pas dans de grandes villes, s’émerveillent devant ces films. Les faire voir avec le réalisateur, en parler avec les jeunes, c’est quelque chose de beau et qui a beaucoup de sens pour moi.

Marco Bellocchio
Image © Asac – la Biennale di Venezia
Marco Bellocchio sur le « Ponte Gobbo » à Bobbio

Versione in italiano 

Come ha vissuto il fatto di lavorare con la propria famiglia e nel suo luogo di nascita?

È particolare. Lavorare con mio fratello, con mio figlio, con mia figlia e con dei carissimi amici con i quali ho vissuto tanto tempo è qualcosa che va oltre la dimensione professionale. Questa familiarità, costituisce un carattere di questo film; come lo suggerisce il titolo del film. “Sangue del mio sangue” è un film speciale che racconta due storie immaginarie che non ho vissuto ma che sono direttamente legate alla mia storia personale.

La capacità di reinventare sempre la forma dei suoi film è impressionante. Come trova sempre nuove idee?

Trovare un’idea per rappresentare una cosa; questo mi affascina di più. Io sono un anti-formalista, non mi piacciono questi registri troppo eleganti. Siamo invasi da miliardi di immagini in cui c’è un omologazione terribile. La figura del regista in televisione ormai è scomparsa, è rimasta quella dello scrittore, ma i registi vengono sostituititi tranquillamente. Difendere uno stile, una forma, un montaggio, una luce in un film è questo il senso del mio lavoro. Questo mi piace.

Non è la prima volta che esprime un’opinione negativa sulla chiesa cattolica nei suoi film. Secondo lei, in che modo la chiesa ha determinato la storia italiana?

La chiesa di oggi è molto diversa dalla chiesa che ho conosciuto, che ho subito e che ho vissuto da piccolo. Non dimentichiamo che quelli erano gli anni di una contrapposizione terribile tra capitalismo e comunismo. Quando ero bambino, il comunismo, per noi famiglia borghese cattolica, era il terrore. Io ricordo ancora quando ci davano le lezioni a scuola, nel 1948, ci dicevano che i communisti potessero vincere le elezioni. Alcune famiglie erano fuggite negli Stati Uniti. Questo clima di paura capovolse le elezioni e la Democrazia Cristiana vinse in modo schiacciante. Io sono nato in quel clima lì ma poi la chiesa è molto cambiata. Da oggi io sono non credente, però il Papa Franceso dice delle cose legate a problemi immensi, come la migrazione, che sono a volte più coerenti con idee di solidarietà di quanto per esempio non lo siano certi partiti della sinistra che sembrano dire: bisogna aiutare però sempre con prudenza. Io rimango qualcuno fuori di questo; la chiesa parte da questo presupposto di una trascendenza nella quale in non credo.

Che cosa simbolizzano i vampiri nel film? Che cosa rappresentano della situazione socio-politica in Italia?

Nel film, i vampiri sono vecchi e ormai vicino alla fine. In altre situazione esistono vampiri molto più minacciosi, molto più crudeli, molto più sanguinari. Questi due vampiri non hanno più niente da fare, possono solo osservare ma non possono più succhiare. Questa è la situazione di Bobbio in quel momento lì ; il vampirismo isolazionista è ormai alla fine. Loro sono dei perdenti, sono stati sconfitti da questa modernità, da questo progresso. Loro hanno cercato di isolare, come fanno i vampiri, una società, ma ormai non sono più in grado di farlo.

Potrebbero essere anche una rappresentazione della Democrazia Cristiana. Che ne pensa?

La Democrazia Cristiana adesso come partito non esiste più. Però ha fatto parte di un sistema sociale che ha in qualche modo permesso all’Italia di sopravvivere; assistendo, proteggendo, aiutando e corrompendo. Questo sistema adesso è in piena crisi. Bisogna capire se una nuova classe politica sarebbe capace di rinnovare questa situazione. Questo non lo spero. Oppure se ci saranno cambiae enti più radicali. Non nel senso rivoluzionario ma nel senso di una costruzione di una società più meritocratica in cui i giovani vengono sostenuti non nel loro posto fisso ma aiutati a esprimere la propria creatività e inventività. Esiste ancora una sinistra, esistono ancora piccoli partiti che hanno un’ideologia comunista. Ma il grande partito di cui i partiti tradizionali hanno paura è il movimento Cinque Stelle; un partito che vuole aiutare ma che vuole anche imporre un principio meritocratico. Vogliono combattere la corruzione e tutto questo sistema di spreco assistenziale che ha permesso all’Italia di sopravvivere fino ad oggi.

Che futuro per il cinema italiano?

Dovreste chiederlo a dei giovani! C’è una forma di democratizzazione nel senso che tutti possono fare dei film. Mi aveva colpito quest’anno, al David di Donatello nell’elenco dei film c’erano 46 esordienti. Incredibile! La maggior parte non sono stati presentati nelle sale. Io ho pensato a quando ho cominciato 50 anni fa; forse c’era un esordiente all’anno. Fare un film era molto più complicato, anche un film a basso costo. Questo significa che si possono fare film in un modo molto più democratico. Questo è positivo pero non è certo sufficiente!

Lei è il direttore artistico del « Bobbio Film Festival« , qual’è l’importanza per lei di promuovere il cinema in paesi più piccoli, più isolati?

Il « Bobbio Film Festival » è venuto dopo il laboratorio “Fare cinema” che è per me un’esperienza molto diretta, molto personale. Come tanti altri festival, penso che abbia importanza perché fa vedere soprattutto film “invisibili” che non ha visto nessuno, che sono di grande qualità ma che hanno avuto una distribuzione quasi inesistente. Tante persone che non avevano visto certi film perché non vengono di grandi città, si meravigliano. Farli vedere con l’autore, parlare con i giovani è qualche cosa di bello, che per me ha molto senso.

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Diplômée en Etudes du développement international, je rejoins l'équipe du Billet en janvier 2015. Films engagés, indépendants, je suis à la recherche d'un cinéma qui perturbe le sens commun et heurte la banalité. Parallèlement, je travaille sur différentes recherches académiques sur le cinéma et la mémoire ainsi qu'au sein du bureau du festival Cully Jazz.