Ibrahim Maalouf | Liberté, mixité et hommage aux Femmes

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Images droits réservés ©Denis Rouvre

Artiste engagé, Ibrahim Maalouf milite à travers son art, la musique. Au-delà de son talent, l’artiste libanais a des idées, sociales et politiques mais surtout une intelligence créative pour les communiquer. Cette année, il a livré deux albums, « Red and Black light » et « Kalthoum », deux oeuvres qu’il dédie aux Femmes. Cette année, il a également composé l’album « Myriad Road » pour la chanteuse Natacha Atlas. L’occasion de revenir sur cet artiste hors pair.

Son dernier clip « Run the World », extrait de son album « Red and Black light » met en scène un monde où les fractures sociales et raciales auraient gagné la lutte des idées en France. Deux dissidents entrent dans un local, dont la porte est tapissée d’affiches xénophobes (dont une de l’UDC) et assistent, à l’intérieur, à un concert – au public mixte. Avant cela, la radio annonce :

« Autre information ce soir la police annonce qu’elle a entamé des opérations d’infiltration de réseaux clandestins. Ces réseaux seraient tenus par des groupuscules féminins, dissidents et non-armés. On ne connait pas leur mode opératoire Seule certitude elles encouragent clairement le mélange entre les populations différentes et les français de souche. Ces mélanges je vous le rappel sont illégaux depuis mars 2020. »

Image droits réservés Image du clip "Run the world"
Image droits réservés
Image du clip « Run the world »

Le multiculturalisme, Ibrahim Maalouf le défend depuis toujours à travers son art. Son père lui apprend la trompette à l’âge de 7 ans à travers des répertoires classiques, modernes et contemporains occidentaux et orientaux. Pendant sa formation classique Ibrahim s’intéresse beaucoup au jazz. En 2004, sa rencontre avec l’artiste Lhasa de Sela va l’amener à introduire d’autres répertoires dans sa création musicale : electro, pop, rock et hip-hop. Ibrahim Maalouf promeut l’improvisation; forme d’expression qu’il chérit particulièrement carkpermettant de se libérer des codes prescrits. L’oeuvre du musicien est une douce apologie de la mixité et de la liberté.

Cette année, il compose l’album « Myriad Road » pour Natacha Atlas, elle aussi symbole du rapprochement entre l’Occident et l’Orient par son mélange d’influences. Elle affirme dans une interview donnée à Jeune Afrique : « Nous sommes tous les deux le produit d’une dualité, à mi-chemin entre l’Orient et l’Occident, nous avons des goûts communs pour la musique d’Oum Kalsoum, de Fairuz ou des Libanais de Soap Kills. Nous avions naturellement beaucoup de choses à nous dire. »

Au delà de son travail de compositeur, l’artiste libanais a livré, cette année, deux albums très différents dans leur approche musicale. Au-delà de la mixité, c’est le rôle des Femmes que l’artiste souligne dans sa dernière vidéo « Run The World ».

L’album « Kalthoum » est la traduction, dans un « jazz conventionnel », de la chanson « Alf Leila Wa Leila » (Les mille et une nuits) originellement chanté par Oum Kalthoum, la diva égyptienne. La pièce originale composée en 1969 par Baligh Hamidi, laisse une grande place à l’improvisation. Elément que Ibrahim a voulu gardé comme central dans sa version. « Kalthoum » est pour Ibrahim Maalouf une ode aux « femmes qui ont bouleversé le cours de l’histoire et dont l’influence artistique a eu un impact dans nos vies actuelles » selon Ibrahim. »

Cover Kalthoum Image droits réservés
Cover Kalthoum
Image droits réservés

À travers « Red & Black light » – un album aux influences plus contemporaines, mélangeant pop, électro et jazz – le musicien rend hommage aux femmes qui l’ont toujours inspirées : « Elles m’inspirent considérablement dans leur façon de gérer leur quotidien et celui de leur entourage. Malgré des vies en labyrinthes, complexes et souvent dramatiques, elles portent en elles une force et une stabilité similaires à une forme de transe inébranlable. » Un album mélangeant les influences composé afin d’éviter l’ « élitisme de l’écriture » souligne l’artiste. Le but de cette album : danser et chanter.


Voir aussi :

Ses albums sont en libre écoute ici.

Le documentaire « Souffle ! » réalisé par Christophe Trahand suit l’artiste dans sa quête d’inspiration et explore la relation de l’artiste avec son pays natal, le Liban.

En 2013, Ibrahim Maalouf compose la bande originale de YSL de Jalil Lespert. La Réalisatrice iranienne Sepideh Farsi lui demande de composer la BO pour son film « Red Rose ». Notre rencontre du avec Sepideh Farsi.

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Diplômée en Etudes du développement international, je rejoins l'équipe du Billet en janvier 2015. Films engagés, indépendants, je suis à la recherche d'un cinéma qui perturbe le sens commun et heurte la banalité. Parallèlement, je travaille sur différentes recherches académiques sur le cinéma et la mémoire ainsi qu'au sein du bureau du festival Cully Jazz.