Venise 2015 – Beixi moshuo (Behemoth)

0
3392
Behemoth, par Zhao Liang
Image © Asac - la Biennale di Venezia

De dire que le film ne mérite pas son nom est au final trompeur, car durant l’intégralité de la réalisation Behemoth nous rappelle à quel point le besoin en matières premières de la Chine est pantagruélique.

Avec sa caméra, le réalisateur chinois Zhao Liang traverse les plaines de la Mongolie Intérieure, cette région autonome de Chine à la frontière de la Mongolie. Dans le climat de l’industrialisation agressive du pays, des milliers de vies dont déracinées et touchées par la destruction progressive du paysage et de la nature au profit de la création de villes énormes qui deviennent souvent des villes fantôme. Suivant le processus de création du fer, Behemoth nous emmène dans un voyage infernal magnifiquement filmé.

Indéniablement le grand point fort du film, l’image transmise est sans faute. Une composition recherchée et soignée de couleurs et de transitions rend l’expérience aussi plaisante que possible. Avec quelques scènes utilisant un effet de cassure (comme sur l’image de cet article), le film est esthétiquement irréprochable. Aidé par sa narration quasi-poétique, Zhao Liang a déclaré s’être inspiré de la Comédie Divine de Dante pour réaliser Behemoth.

Si l’enfer est sous terre, dans une chaleur étouffante et la nature détruire représente le paradis, alors le purgatoire désigné est très mal développé. En effet, Behemoth montre pendant 1h15min à quel point le travail à la mine est rude, usant et dangereux. L’ampleur des moyens mis à disposition est ahurissante, surtout lorsque l’on voit cette horde de camions sans fin entrer et sortir des mines. La mise en place d’une infrastructure pareille requiert une main d’œuvre conséquente, et c’est là que je trouve que le film manque sa cible. Car le purgatoire est vécu par les ouvriers, devenus malades à force de travailler dans des conditions pareilles. Problèmes respiratoires ou accidents de travail, ces ouvriers sont la majorité du temps délaissés et oubliés. Il est dommage de ne pas leur accorder plus de temps.

Car le film ne prend pas le temps d’expliquer ce qui selon moi est le problème fondamental; qu’en 2015, l’industrialisation d’un pays comme la Chine ne soit pas directement faite avec des énergies propres et renouvelables. Tous les maux des humains seraient évités et la nature préservée si cette approche est prise à grande échelle, car toute la pollution générée nous tuera tous.

Le paradis naturel est donc détruit pour construire des villes où personne ne vit. De gigantesques villes fantômes sont construites (pas seulement en Chine) au péril du capital environnemental et humain de notre planète, et ça, Behemoth le transmet comme il faut.

Noté : 2.5 / 5

Bande-Annonce

BEHEMOTH (2015) by Zhao Liang [excerpt] from Richard Lormand on Vimeo.

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnue
Réalisateur: Zhao Liang
Pays de production: Chine / France
Durée du film: 90 minutes
Genre: Documentaire

(Images droits réservés)

SHARE
Previous articleodezenne – Bouche à lèvres
Next articleVenise 2015 – Per amor vostro
J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!