Dans une Amérique obnubilée par sa course à l’armement, gangrenée par son racisme décomplexé, son ultra machisme, et son culte du capitalisme, naît envers et contre tous, une romance inter-espèce entre la belle employée d’entretien muette et la bête amphibienne détenue dans un laboratoire du gouvernement. D’emblée, Guillermo Del Toro plante le decor dans un terreau peu fertile comme pour démontrer par A+B que l’amour triomphe toujours.
Jadis trahi par le département marketing de son précédent film « Crimson Peak » , une romance gothique vendue comme un film d’épouvante au grand dam des amateurs de sueurs froides, cette fois il n’en est rien.
Le message est limpide, ce dixième long métrage du réalisateur mexicain se veut une ode au grand amour. Celui qui naît malgré la barrière de la langue, celui qui transcende le genre humain de façon surnaturelle. Un amour universel, dont Guillermo Del Toro se veut le messager dans un monde de plus en plus divisé, en proie au cynisme.
Porté un casting 5 étoiles, le récit alterne entre romantisme et horreur à l’image d’un balancier, une dualité par laquelle Guillermo Del Toro exprime son éternelle admiration pour les créatures qui hantent nos cauchemars. La forme de l’eau est une expérience qui exacerbe les sens jusque dans les moindres détails, que ce soit au travers d’une direction artistique léchée ou une musique d’ambiance qui sait se faire discrète quand il le faut pour laisser la part belle aux interprètes.
L’on est constamment subjugués par le jeu de Sally Hawkins qui nous éclabousse de son talent en incarnant Elisa, muette mais dont les actes valent bien plus que des paroles. Doug Jones, l’égérie du maître Del Toro, lui donne la réplique, comme un poisson dans l’eau, dans un nouveau rôle d’amphibien. Un prince tout ce qu’il y a de charmant en dépit des apparences. Pour compléter le tableau, Michael Shannon interprète l’agent Strickland, une personnification de tout ce que l’époque avait de plus détestable.
La forme de l’eau est une ré-interprétation du « prince grenouille », une fable au dénouement quelque peu téléphoné, dans laquelle la notion d’âme sœur est omniprésente
Comme l’évoque merveilleusement ce poème dont l’identité de son auteur échappe encore au grand public : « unable to perceive the shape of you, I find you all around me. Your presence fills my eyes with your love, it humbles my heart, for you are everywhere ». L’amour et la recherche de l’être aimé sont une force divine qui guide irrésistiblement les actions des protagonistes, au mépris du danger, d’une façon quasi obsessionnelle. Car c’est bien connu, le cœur a ses raisons.
Standing ovation!
La Forme de l’eau
Réalisé par: Guillermo Del Toro
Scenario: Guillermo Del Toro/Vanessa Taylor
Durée: 123 min
Genre: Fantastique, horreur, drame, romance
Pays: USA
Sortie: 21 février 2018
Interprétation
Sally Hawkins
Richard Jenkins
Octavia Spencer
Michael Shannon
Doug Jones
Michael Stuhlbarg
Equipe technique
Photographie: Dan Laustsen
Musique: Alexandre Desplat
Direction artistique: Nigel Churcher