Locarno 2016 | Jason Bourne

Comme souvent, le festival de Locarno offre à ses fidèles spectateurs de la Piazza Grande un bon blockbuster pour varier les plaisirs. Après « Lucy » en 2014 et « Southpaw » l’année passée, place à Matt Damon dans le rôle de Jason Bourne pour le retour de Paul Greengrass dans la saga.

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Jason Bourne, par Paul Greengrass
Matt Damon dans le rôle de Jason Bourne. Image © Universal Pictures. Droits réservés.

Nous étions convaincus de passer un bon moment. Nous étions au premier rang de la Piazza Grande à Locarno pour en prendre plein les yeux. Nous étions certains que ce serait un guy movie épique. Mais quelle incommensurable déception.

Dix ans après avoir exposé l’opération Blackbriar, Jason Bourne (Matt Damon) vit en isolation, combat aux poings dans les cercles illégaux et poursuit sa quête toujours inachevée de vérité. En Islande, Nicky Parsons (Julia Stiles) découvre en piratant les fichiers secrets de la CIA des informations sur le recrutement de Bourne, et tente de le contacter pour lui transmettre ses trouvailles. À la CIA, le directeur Robert Dewey (Tommy Lee Jones) et la cheffe de la cybersécurité Heather Lee (Alicia Vikander) voient d’un mauvais œil l’éveil de Bourne, craignant qu’il ne mette en péril leurs projets actuels. Pour ce faire, ils vont envoyer un agent (Vincent Cassel) pour traquer et en terminer avec Bourne.

Si cet article s’est fait légèrement attendre, c’est que tout était déjà éloquemment dit par nos confrères. Jason Bourne est une aberration.

Il n’y a dans tout le film aucune scène, aucune séquence qui ne soit pas victime d’une incohérence flagrante ou d’une logique défaillante. Jason Bourne insulte l’intellect de son public à chaque utilisation, nombreuse de surcroît, de la technologie moderne. En forçant des opérations informatiques totalement absurdes et impossibles, le film passe très rapidement le cap du risible et de la science-fiction. La façon dont la CIA retrouve Nicky en est l’exemple parfait. Pour le reste, Jason Bourne est un spectateur de son propre film, une adéquate allégorie pour peut-être signaler que la saga est dépassée.

Difficilement accessible aux novices de la série, le projet pioche dans tellement de clichés et d’issues faciles avec des références à Edward Snowden, à la sécurité nationale, à la protection des données, au PDG d’une start-up de la Silicon Valley qui intéresse la CIA ou encore à la surveillance de masse, que l’on oublie presque l’absence d’un scénario. Le personnage d’Alicia Vikander, amorphe comme l’intégralité des acteurs, est d’ailleurs la personnification de cette nouvelle ère du film d’action/espionnage. Si l’époque de La Mémoire dans la Peau avait un certain enjeu social et géopolitique, alors Jason Bourne montre l’évolution des intérêts et « méthodes » des agences de sécurité américaines. Et c’est bien son seul point rédempteur.

Autant pour le fond, soit, mais la forme est tout autant inacceptable.

Outre les acteurs qui ne peuvent pas s’exprimer (littéralement, car Matt Damon est cantonné à 45 lignes de dialogue, correspondant à 288 mots, à savoir la moitié de cet article, pour un cachet de $86’805.55 par mot), le travail visuel est de piètre qualité. Les scènes de course poursuite auraient leur place dans le bonus du Blu-ray de Need for Speed tant elles sont exagérées et piteusement assemblées, tandis que les scènes d’action sont un assemblage de dixièmes de secondes virevoltant dans tous les sens.

Il n’y a rien qui nous mette dans l’ambiance du film, rien qui ne soit digne d’un Jason Bourne (outre le premier coup de poing vu dans le trailer ci-dessous), rien qui puisse nous enlever la nausée de cette caméra qui semblait fixée sur le dos d’un taureau en plein rodéo. La scène de combat avec Vincent Cassel est particulièrement indigeste, le paroxysme de l’utilisation désagréable des angles de caméra ou des images granulées à l’écran étant atteint.

Pour Paul Greengrass, il est incompréhensible d’arriver à ça juste après Captain Phillips. On espère que son prochain projet, l’adaptation cinématographique du roman dystopique 1984 de George Orwell, sera du niveau de ce dernier et on espère surtout que cette production n’existe que pour réaliser un blockbuster commercial, ce que Jason Bourne deviendra inéluctablement.

Noté : 1 / 5

Bande-Annonce

Casting

Matt Damon
Tommy Lee Jones
Alicia Vikander
Vincent Cassel
Julia Stiles
Riz Ahmed

Détails

Date de sortie en Suisse: 10.08.2016
Réalisateur: Paul Greengrass
Pays de production: Etats-Unis
Durée du film: 123 minutes
Genre: Action

(Images droits réservés)

REVIEW OVERVIEW
Noté
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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!