Demolition

La (re)construction de Davis Mitchell.

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Demolition - Image droits réservés - © Fox Searchlight

Le deuil, la crise existentielle, la prise de conscience. Ces instants complexes, Davis Mitchell les découvre après la mort de sa femme. Banquier d’affaires prolifique, Davis sombre après cet événement tragique, malgré l’appui de son beau-père, Phil. Rien ne va plus, si bien que Davis décide de rédiger un courrier de réclamation à une boîte de distributeurs automatiques. Grâce à cette plainte, le banquier déverse sa tristesse et lance un « appel au secours » qui sera entendu par Karen Moreno, la responsable du service clients. Petit à petit, une relation amicale s’installe entre Davis et Karen, ainsi que le fils de Karen. Une nouvelle famille qui aura pour, Davis, conséquence une redécouverte de sa propre personne.

Avec Jean-Marc Vallée, il faut toujours se préparer à une histoire aux bases classiques, dont la mise en scène multiplie l’ampleur du récit par 10. L’auteur du sublime Café de Flore, du poignant Wild et du sensationnel Dallas Buyers Club, cette fois-ci, traite d’un sujet banal en y rajoutant sa touche clairvoyante et sa sensibilité. Véritable maître du flashback, Vallée est à ce jour l’un des plus grands metteur en scène grâce son approche et sa capacité à accroître le choc émotionnel. À cela ajouter sa capacité à diriger et pousser ses acteurs à donner le meilleur d’eux-même, et vous avez les ingrédients qui font de Jean-Marc Vallée un grand réalisateur.

Le deuil dans toute sa splendeur

Demolition porte bien son nom. Derrière ce titre se cache un propos à plusieurs facettes. D’un côté, nous retrouvons un banquier dévasté et vidé de toutes émotions, et de l’autre, un homme prêt à tout démolir pour décortiquer ce qui se cache en profondeur, des objets aux situations quotidiennes. Tous les subterfuges sont bons pour nous définir toute l’étendue du deuil, toute la portée d’un accident qui fera office de détonateur.

Le cas Davis Mitchell (Jake Gyllenhaal) est parfaitement étudié par Vallée. Encore une fois, le cinéaste canadien, à l’image du récit, décortique Davis avec minutie pour tisser sa toile autour du sujet principal : le deuil. Ambigu et touchant, Demolition est un film qui traite avec sobriété un sujet sensible comme le deuil, si souvent occulté et bâclé dans beaucoup d’oeuvres. Il est important de souligner le travail intelligent de Vallée, car le deuil est interprété de plusieurs manières par chacun. C’est là que réside la force d’un métrage délicat, touchant et profond.

As de la mise en scène, Vallée reprend un traitement qu’il affectionne et qu’il emploie à la perfection. Grâce aux ajouts de flashbacks, Demolition nous est dévoilé morceau par morceau, au fin fond d’un subconscient qui semblait tourner en mode automatique avant le terrible accident dont la femme de Davis fut victime. Un homme qui subissait son existence, un homme gaspillé par la réussite de la société moderne. Au-delà de la réussite sociale, Davis ne s’accomplit pas personnellement et ne se rendait pas compte de l’homme méprisable qu’il était. Là est toute la subtilité de Demolition, un film plus cérébral qu’il n’y parait, qui nous transporte dans un élan de tristesse avant de basculer dans la rédemption personnelle. La déconstruction avant la reconstruction.

Somptueuse partition de Gyllenhaal

Pour camper un homme hagard, Jake Gyllenhaal réussit l’une de ses performances les plus abouties. Du veuf dévasté à l’individu guidé par l’envie de se (re)découvrir, Gyllenhaal est à l’image du film : authentique. Au travers de ses pulsions destructrices d’objet, Gyllenhaal assimile la palette entière des émotions sans verser dans la performance surjouée, crainte un premier temps. Authentique, c’est aussi l’adjectif que nous pouvons donner à Chris Cooper, qui réussit à camper avec poigne et charisme son personnage de père attristé par la perte de sa chère fille.

Si la solitude tient une part prépondérante dans le métrage, la douleur se doit d’être évacuée, non pas seul, mais avec une oreille attentive, aussi indispensable soit-elle pour repartir du bon pied. Pour aider Davis, Karen Moreno – Naomi Watts, très assidue – se posera comme la personne de confiance, accompagnée de son fils (Judah Lewis) en pleine révolte. Grâce à cet élément extérieur à sa vie d’antan, Davis trouvera en Karen, une femme qui l’écoutera et qui l’aidera à évacuer une frustration qui dure depuis des années. L’homme trouvera la force de se remettre en question et ce, grâce à une femme venue de nulle part.

Demolition n’est peut-être pas un film transcendant – comme l’était Dallas Buyers Club -, mais le traitement délicat et maîtrisé intensifie un récit aussi classique que bouleversant. Le crédit revient au travail pointilleux de Jean-Marc Vallée, dont la gestion est diablement efficace.

Demolition | Bande-annonce

Fiche technique :

Réalisé par : Jean-Marc Vallée
Date de sortie : 13 avril 2016
Durée : 1h41min
Genre : Drame
Pays : USA
Photographie : Yves Bélanger
Musique : Susan Jacobs
Scénario : Bryan Sipe

Casting :

Jake Gyllenhaal
Naomi Watts
Chris Cooper
Judah Lewis
C.J. Wilson
Polly Draper
Malachy Cleary
Heather Lind

REVIEW OVERVIEW
Note :
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Journaliste culturel. Ex Italic Magazine et ravagé de l'écran.