Antigel | Dels + Ghostpoet

un coup de foudre les pieds dans l'eau

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Antigel / Timothée Jeannotat / Tous droits réservés

Ghostpoet à Antigel, c’est l’histoire d’un double coup de foudre, mais aussi d’un peu de scepticisme. Coup de foudre tout d’abord pour ce festival qui s’améliore d’année en année, propose une programmation incroyable, à un moment de l’année où on voudrait se trancher les veines sous les nuages de l’arc lémanique. La partie musicale prend chaque année un peu plus d’importance sur le reste, mais qu’importe finalement, ça signifie qu’elle est excellente. Coup de foudre ensuite pour Ghostpoet, nouveau bijou de la scène anglaise, mélange de hip-hop, de trip-hop, d’électro, de songwriting et de beaucoup d’autres choses. Ghostpoet c’est un peu Massive Attack, Earls Sweatshirt, Benjamin Clementine et mieux que tout ça encore. Aujourd’hui, une des pistes les plus excitantes du rap mondial se trouve dans ces productions britanniques et irlandaises, parmi lesquelles on citera Rejjie Snow. Des productions bien plus sensibles, noires et en même temps plus classes que le barnum made in Grammy des messieurs Z ou West. Le clip de Meltdown est par ailleurs un chef d’œuvre de sensibilité, à la fois mélancolique et plein d’espoir, qu’on pourrait regarder en boucle pendant des heures (ce que j’ai un peu fait).

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On part donc plein d’entrain pour la piscine du Lignon et là, vous le sentez venir le scepticisme annoncé en préambule… la piscine ? Le Lignon ? Donc, pour les personnes peu familières avec Genève, le Lignon est une cité d’habitation, constituée principalement d’une immense barre de logement de plus d’un kilomètre de long. Si cette dernière n’est pas inintéressante architecturalement, ça saoule quand même, surtout quand on vient de Lausanne, de traverser toute la banlieue genevoise en bus pour aller voir un concert qui aurait pu être au centre. Après l’histoire de la piscine, ben c’est chou, c’est mignon, on s’est trempé les pieds, mais à part faire des jolies photos pour instagram, ça pose quand même pas mal de questions. D’abord, la piscine dans son ensemble est beaucoup plus grande que le « coin concert » à proprement parler, donc y a un peu un côté mal foutu et moitié vide au niveau de l’ambiance. Ensuite, tu rentres, tu enlèves tes chaussures, tu traverses tes vestiaires, mais ta bière elle reste dehors. Donc ambiance moyenne et pas de bière, avec odeur de chlore et acoustique discutable, ça commence à faire beaucoup. Surtout quand, comme à Genève, t’as des excellentes salles au centre-ville. Alors, je sais, on va me dire que c’est l’ADN d’Antigel de se faire sur de multiples sites et de permettre aux locaux et aux autres de découvrir des lieux insolites. Alors ok, mais sans bousiller l’ADN, sans faire du Gattaca festivalier, une piscine couverte, certes mignonne, ça casse pas des briques comme découverte architecturale et patrimoniale. Bref, je comprends l’idée, je la trouve très bien, mais dans le cas présent, la distance par rapport au centre ville et le lieu n’étant pas si approprié, ça enlève un peu d’intensité à la soirée.

Maintenant, si on parle des concerts eux-mêmes, Dels, en première partie, était, pour ce que j’en ai vu, très intéressant, tout à fait dans cette idée de nouveau rap britannique: élégant et simple, un peu sombre, mais classe. D’un point de vue général, l’ambiance était très calme, mais très sympa et relax. Ensuite, si on parle de Ghospoet, Mr Ejimiwe (pas facile à prononcer, on comprend le choix d’un pseudo) a envoyé un show magnifique et sensible, à la hauteur du personnage. Il joue avec un groupe complet, donnant ce son toujours étonnant des productions hip-hop jouées en live, remarque qu’on peut également faire aux groupes électro. Dans le cas présent, vu que le monsieur fait un peu des deux en album, ça donne un show étonnant, assez éloigné du studio, mais étant exécuté proprement, intéressant et finalement parfaitement reconnaissable. Chaque titre est donc une reprise analogique de son double digital, donnant au concert un grain général très touchant. J’ai beaucoup aimé, même si j’admets avoir passé la moitié du concert les pieds dans l’eau. Cela, contredisant en tous points ce que j’ai écrit plus haut sur le choix de la piscine, ou le soulignant au contraire, cela dépend du point de vue.