Suivant l’histoire d’un autre état en conflit avec le voisin russe, la situation dans la république de Tchétchénie au sein de la Fédération de Russie semble relativement paisible ces dernières années.

En effet, nous ne lisons plus de prises d’otage comme celle du théâtre de Moscou ou de l’école de Beslan. Nous ne voyons plus d’images dans les journaux du pilonnage de la capitale Grozny, qui en fit selon les Nations Unies en 2003 « la ville la plus détruite au monde » dans des proportions jamais vues depuis la Seconde Guerre Mondiale.

Et pourtant, tous ces évènements et bien davantage seraient effacés de l’histoire si cela en tenait aux hommes politiques en charge du territoire. Au fil du temps, ils réussiront surement si des œuvres telles que Grozny Blues ne se font pas connaître.

J’ai eu l’impression que le réalisateur Nicola Bellucci voulait rappeler la situation ainsi que l’évolution du pays depuis le milieu des années 1990. Pour ce faire, il a rencontré trois femmes de Grozny qui justement se donnèrent la mission de chroniquer les atrocités des deux guerres entre Russie et Tchétchénie et l’environnement qui s’installa après.

Au final, c’est un pays figé dans le temps.

Un pays dont la religion majoritaire est l’Islam Sunnite, la Tchétchénie se dota à la conclusion de la seconde guerre d’un gouvernement pro-russe personnifié par le président Ramzan Kadyrov.

Souhaitant faire oublier les évènements funestes, Grozny et les alentours furent reconstruits rapidement avec en symbole les tours de la ville de Grozny qui font 492 mètres de haut. Tandis que Gérard Depardieu prit résidence dans l’opulence, la majorité de la population vit dans la pauvreté, dans la peur et dans le désespoir.

Comme des centaines de milliers de personnes, les trois femmes ont perdu de la famille soit dans les guerre, soit dans les répressions politiques qui suivirent et qui firent plusieurs milliers de disparus. À chaque fois que des efforts sont faits pour en retrouver la trace, le message caché est de ne pas remuer le passé et de se fier aux versions officielles.

Dans une précarité économique sans précédent, un exil des jeunes et un rôle des femmes très soumis à la religion ainsi qu’aux traditions (le président Kadyrov affirma en 2009 que les femmes sont la propriété de leurs maris), la mentalité de faire disparaître un problème en faisant disparaître une personne plane toujours lorsque l’on cherche à changer les choses.

Tout le long, à chaque fois que Grozny Blues donne une image relativement normale de la vie et de la ville, à chaque fois que l’on commence à respirer, se sentir plus à l’aise et à se dire que cela n’a pas l’air si mauvais, M. Bellucci montre les images filmées durant les conflits par les femmes, montre la destruction, la misère et la mort.

Nécessitant à mon avis davantage de recherche et d’immersion dans l’actualité pour être un film vraiment chahuteur, Grozny Blues perd de sa puissance et s’égare au fil des minutes.

Au début ainsi qu’à la fin du film, nous voyons l’horloge géante des tours prendre feu et propager l’incendie à la tour principale, alors que le commentaire des habitants, pessimistes, est que Grozny brûle constamment depuis de nombreuses années.

Si un avenir meilleur ne semble pas sur l’horizon pour Grozny, il est du devoir de chacun de respecter et de connaître les évènements qui l’ont amené là.

Noté : 4 / 5

Bande-Annonce

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Détails

Date de sortie en Suisse: –
Réalisateur: Nicola Bellucci
Pays de production: Suisse
Durée du film: 100 minutes
Genre: Documentaire

(Images droits réservés)

REVIEW OVERVIEW
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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!