Chuangru Zhe (Red Amnesia) est un film captivant. C’est un des rares films que j’ai vu en concours durant lequel je fus véritablement magnétisé par ce qui se passe à l’écran.

Nous suivons Deng, une dame âgée (Lü Zhong) vivant seule dans la ville de Pékin suite au décès de son époux. Elle a deux fils, Jun (Feng Yuanzheng) et Bing (Qin Hao), le premier ayant fondé une famille tandis que le second vit seul. Pourtant, c’est l’apparition dans la vie de Deng d’un jeune garçon (Shi Liu) qui va non seulement remettre en cause sa santé mentale, mais aussi fera ressortir un douloureux fardeau du passé.

Je décrirais ce film comme un kaléidoscope de situations. Que ce soit des moments comiques, dramatiques ou tragiques, Red Amnesia mélange une touche d’absurdité et de surréalisme avec tous les ingrédients classiques d’un bon thriller pour le meilleur effet.

Cette variété est reflétée dans la diversité des plans différents et des décors choisis. Que ce soit en forêt, dans un appartement, sur un chantier, dans la rue ou bien même dans une maison de retraite ainsi qu’un complexe ouvrier désaffecté des années 70, les interactions entre les protagonistes ne nous ennuient jamais. Les plans sont épurés et simples. Le scénario est bien ficelé et escalade subtilement, mais parfois aussi brutalement pour nous ramener sur terre.

Très rapidement les questions se posent dès le début du film, laissant planer l’ambiance de folie ou d’amnésie que le titre suggère. Deng semble totalement désinhibée de toute pression sociale, du surement au décès de son mari, en s’invitant de façon hilarante dans les maisons de ses fils et leur faisant à manger, mais c’est en creusant dans le passé que les démons vont ressortir et que le film prendra de l’ampleur. Stylistiquement, à chaque fois qu’un « moment » d’amnésie apparaît, on peut s’attendre à un développement. C’est une sorte d’indicateur.

La beauté de Red Amnesia est qu’il montre comment les enfants, qu’ils connaissant l’histoire comme Jun ou qu’ils l’ignorent comme Bing, héritent des actions de leurs parents. Il argumente que l’identité propre d’une personne et sa qualité de vie reposent sur des actions, parfois peu louables, effectuées par d’autres au fil du temps. Ce sont les fondements de plusieurs vies qui sont en jeu. Et dans un pays au passé récent aussi sanglent et politiquement chargé que celui de la République Populaire de Chine, cela offre un puits inépuisable de matériel.

Entre les petits moments de propagande avec les chants d’une chorale ou les vestiges de la Révolution Culturelle, le film montre que le pays vit toujours avec les conséquences, mais il ne maintient pas sur la durée le rythme intéressant du début.

Accrochez-vous jusqu’a la fin, qui est un goût aigre-doux, car tout sera expliqué si vous ne l’avez pas découvert par vous-mêmes. Grande mention pour Lü Zhong, éblouissante dans son rôle et surement une favorite pour la Coupe Volpi, le prix d’interprétation.

Noté : 4 / 5

Bande-Annonce

Casting

Lü Zhong
Feng Yuanzheng
Amanda Qin
Qin Hao
Shi Liu
Huang Suying
Han Yibo
Xu Shouqin

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnue
Réalisateur: Wang Xiaoshuai
Pays de production: Chine
Durée du film: 110 minutes
Genre: Thriller / Drame

(Images droits réservés)

REVIEW OVERVIEW
Noté
SHARE
Previous articleVenise 2014 : The Boxtrolls
Next articleVenise 2014 : Good Kill
J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!