Vendredi c’est exténué que je laisse mes amis aller aux bains sur l’île Margit, après avoir loupé l’entrée aux Gellert, bref je pionce tout l’après-midi, collé à mon ventilo, essayant de récupérer un peu d’énergie… Sziget 2015, c’est la mi-temps et on reprend des forces. Je bouge donc en fin d’après-midi, rendez-vous vers 19h avec les autres sur la grande scène pour la colours party (oui, oui, vous savez le truc où on se jette de la poudre de couleur à la gueule).

Sziget / Tous droits réservés
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L’arrivée vers 18h30 sur la grande scène me donne l’occasion de profiter d’une capsule temporelle, d’un bref instant, résumant tout ce que j’aime dans Sziget et dans cette douce folie… un seau de 1.4 l de mojito à la main, acheté au bar italien (eh oui, toute une bande de ritals bénévoles venus « from Italy to Sziget »), avec un concert de Marina and the Diamonds duquel je n’attendais absolument rien, mais qui se révèle formidable d’énergie pop et dansante, 40 degrés et un soleil de plomb, un Finlandais déguisé en Hello Kitty à côté de moi, un type avec une pancarte « kiss me, I’ve got cancer » quelques rangs devant et des drapeaux de toutes sortes partout… la douce folie de l’île.

Sziget / Tous droits réservés
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Puis arrive les fameuses couleurs… entre asphyxie et joyeux bordel, on est dégueulasse, mais heureux comme des gosses. Le temps de reprendre brièvement nos esprits et un autre concert duquel je n’attendais pas grand-chose (quand même plus que de Marina, mais bon) commence et va nous enflammer. Kasabian, les pros du rock FM calibré pour les stades, qu’on aime tant critiquer, jouent sur la grande scène et envoient un show extraordinaire, un vrai concert de rock comme on les aime, avec des tubes, des gens qui sautent, qui chantent. Sans aucun doute, le concert n’aurait pas eu le même impact dans une petite salle intimiste, mais là, avec cette ambiance, quel moment…

Kasabian / Sziget / Tous droits réservés
Kasabian / Sziget / Tous droits réservés

On fuit Avicii et on loupe Jamie Woon, pas grave. Une « petite » brochette serbe plus tard et nous nous rendons vers une des scènes qui font toute la spécialité de Sziget. En effet, le festival a installé un espace spécialement dédié pour le spectacle argentin  La Fuerza Bruta. On s’y rend, curieux de ce que l’on va voir. Entre percussions, acrobates, effets visuels et quasi-tactiles, un spectacle surprenant, difficile à décrire… On est surpris à chaque instant et on sort subjugué. La nuit commence magnifiquement, elle va continuer de plus belle. On passe de bar en bar, de scène en scène, y compris au toujours amusant « bar suspendu » pour boire une bière en observant le festival de haut, avant de se diriger à la A38 pour Gramatik. Le DJ sloveno-new-yorkais ne fait pas l’unanimité dans notre petit groupe : pas assez fort ou trop mou, certains continuent plus loin. Perso j’ai beaucoup aimé, un excellent son, rien de bien nouveau, mais très bien. Petit bémol sur les effets visuels, carrément kitch et cheap… même Skrillex ne se permet pas ce genre de merde plus que quelques minutes et dans son cas le son te fait saigner les oreilles. On glisse ensuite au Coloseum pour le set de Marcel Dettman. La légende berlinoise ne nous déçoit à aucun moment… il passera à Electrosanne, allez-y. En fin d’une soirée qui semble ne jamais se finir, on décide vers 6h d’aller visiter la scène se trouvant tout au Nord de l’île, sur la plage, histoire de danser avec le soleil sur la Danube. Pas de bol, celle-ci est fermée lorsque l’on arrive, on va néanmoins découvrir un truc encore plus fou au passage, tellement dans l’esprit Sziget. Une scène, un chapiteau, environ 2-300 personnes, couchées, en train de dormir et 2 DJs qui mixent. Des DJs qui mixent pour des gens qui dorment ! Une scène pour dormir ! C’est tellement la classe qu’on se couche pour dormir nous aussi, un moment magique, une fin de soirée géniale. On rentre au petit matin, heureux.

La Fuerza Bruta / Sziget / Tous droits réservés
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Samedi, on est crevé mais content. De balade en ville à verre en terrasse, on se retrouve vers 19h sur la grande scène pour Major Lazer. Entre drapeaux valaisans (oui, car on les a trouvé, au pluriel) et bretons, Diplo donne une leçon d’aérobic : levez les bras, sautez, allez à droite, à gauche, etc. Amusant, car en 2010 la prestation nous avait scotchés, mais là c’est limite chiant. Plusieurs explications : grande scène à 19h vs chapiteau à 4h, Major Lazer qui s’est mainstreamé au possible et, surtout, un style qui était assez nouveau et inattendu il y a 5 ans et qui aujourd’hui se joue dans tous les bons Macumbas du monde. Bref, Diplo a pris un sale coup de de vieux et même les trois poufs sur scène n’arrivent pas à mettre le feu. Un autre qui lui n’a pas pris une ride en 5 ans de Sziget, c’est l’ami Bregovic. Goran est toujours aussi incroyable sur scène et son orchestre pour enterrements et mariages envoie toujours carrément. On danse, on rit, on chante (comme on peut, c’est quand même du serbe), dans une superbe ambiance, à la très belle scène world. On bouge ensuite vers notre colisée tout de bois vêtu, pour aller participer au bordel géant que s’avère être le live (en fait un DJ set) de Vitalic. Les très nombreux Français venus voir leur DJ national mettent une ambiance incroyable, un bordel sans nom. La soirée se finit avec Ellen Allien, pour un set excellent, tout en énergie, prolongeant ainsi son prédécesseur.

Sziget / Tous droits réservés
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Dimanche, dernier jour, on est forcément un peu à plat… On se motive néanmoins, car ce soir il y a du lourd. On commence par l’excellent José Gonzalez qui prouve qu’on peut faire un peu de douceur et de finesse à Sziget, même si ce n’est pas évident. Place ensuite aux inégaux Rudimental, cibles de l’habituel débat concernant les producteurs-bidouilleurs de sons. Je m’explique: dans un groupe de rock, les mecs jouent depuis leurs 15 ans sur des petites scènes, alors quand ils doivent passer en festival, c’est pareil avec plus de place. Pour les « purs » DJs (ceux qui restent en club et en DJ set, pas ceux qui font des albums), c’est du même genre : ils mixaient dans des fêtes de quartier, passer à une boite classe, c’est surtout un upgrade niveau boisson, du Pesca Frizz au Champagne. Pour les bidouilleurs de chambre, type Jungle, Skrillex, Stromae, Disclosure, Jamie xx et cie, c’est plus compliqué… que faire à un gros festival ? La réponse est diverse: Skrillex envoie le pyrotechnique, Stromae le show millimétré, Jamie refuse le live et reste en DJ set, Jungle « crée » un groupe. Pour Rudimental, c’est un peu de ce côté qu’on lorgne : on passe de 2 à 11 sur scène, chanteurs, choristes, cuivres, etc., c’est le philarmonique et un peu le bordel par moment. Après on aime ou on n’aime pas, c’est une façon de faire.

On passe ensuite à la A38 pour voir la fin du très intéressant Kwabs, avant de se prendre notre claque du weekend avec Fauve (me demandez pas de chercher le symbole qui va devant sur mon clavier). Perso, j’ai toujours été sceptique avec eux: l’espèce de truc moitié hip-hop, rock, slam, porté par les Inrocks et tous les branchouilles, bref pas hyper convaincu, ça sent le truc prétentieux. Eh bien pas du tout ! Les Français nous ont gratifiés d’un live magnifique, un flow et une énergie incroyable, une attitude et une mise en scène excellente, bref une bonne surprise. Au moment où le concert se termine, on passe à Martin Garrix sur la grande scène, plus pour les feux d’artifice que pour la musique. Mais même là, on reste stupéfait par la nulité du truc ! Vite, fuyons, d’autant que la pluie arrive. Vu qu’on est des grosses flemmes, on passe la suite de la soirée au chapiteau à critiquer Passenger et Milky Chance en rigolant avec tout ce que le festival compte de personnes souhaitant également s’abriter. En passant, si quelqu’un peut m’expliquer l’intérêt des deux artistes précités, je suis preneur, parce qu’un mec seul à la guitare, ça va au coin du feu ou à la rigueur dans la rue, mais devant 12’000 personnes sous un chapiteau…

Comme pour Fauve, on est un peu sceptique en attendant C2C et encore une fois on a tort. Les Français propose un excellent set, tout en puissance et venant clôturer un festival encore une fois mémorable.

Sziget / Tous droits réservés
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Pour conclure cette semaine, on regrettera, comme tout le monde, les prix trop élevés pour les locaux (Exit Festival fait des prix différenciés selon d’où on commande, une piste à suivre ?), le trop plein d’EDM de merde (mais bon elle a envahi le monde entier, comment Sziget pourrait y échapper), ainsi que les 51 semaines ennuyeuses qui nous séparent de la prochaine édition…

see you Sziget !