Salut à tous.

Comme vous le savez, je me cantonne habituellement dans le confortable domaine des chroniques de concerts, vous exposant mes aventures nocturnes et festivalières. Pour une fois, j’en sors, afin de vous exposer modestement mon avis sur la série TV du moment, celle qui va déclencher autant de fans que de haters, la nouvelle création des Wachowskis pour Netflix : Sense8. Alors rassurez-vous, aucun spoiler ici, tant j’espère que vous pourrez tous la regarder et vous en faire votre propre opinion, je vais rester à un stade de simple questionnement quant aux principes de la série. Autant le dire direct, j’ai passé les 10 premiers épisodes à me demander si cette dernière était excellente ou catastrophique. D’ailleurs, vous pouvez voir sur Netflix que les notes sont extrêmement contrastées.

L’histoire, en très résumé : 8 personnes, éparpillées à travers le monde, reliés entre elles, qui ressentent les mêmes choses, peuvent se voir, se parler, etc. Elles vivent leurs drames et leurs vies et sont, par ailleurs, recherchés par un méchant. Voilà, en très court et sans spoiler.

Sense8 est une série avec pas mal de défauts, beaucoup de critiques, plusieurs propres aux travers habituels des Wachowskis. Sa grande force est qu’elle est par ailleurs sublime et fascinante et qu’elle prend tous les codes des séries d’aujourd’hui complètement à revers. En ce sens, elle est dans le pire des cas un OVNI incroyable, dans le meilleur l’amorce d’une nouvelle tendance. En effet, la série prend le contre-pied total des Games of Throne et autres House of Cards, monuments de héros ambigus, morales relatives et cynismes assumés. Sense8 est au contraire un œuvre idéaliste, parfois un peu naïve (cf. la pancarte dans le générique « Kindness is sexy »), mise en scène des défis et des choix auxquels nous sommes soumis chaque jour. En ce sens, elle est très déstabilisante. Dans le même sens, on rapproche rapidement la série de la 1ère saison de Heroes (la seule qui valait le coup), voire des 4400, et on attend que ça parte un peu dans tous les sens niveau action. Ça peut être au départ un peu décevant, car la série ne part jamais vraiment de ce côté-là, mais ce n’est pas son sens : les protagonistes se parlent, de leurs vies et de leurs peurs le plus souvent. On aimerait peut être que ce soit une série thriller / sci-fi, mais ce n’est pas l’idée, c’est une série plus introspective.

On ne sait pas trop où cela va aller, mais le montage n’est pas celui d’une série classique. Il s’agit bien plutôt d’un long film, conçu pour durer X saisons et prendre le temps de se perdre, de passer par plusieurs chemins, de raconter plusieurs histoires. Au-delà des questions de narration, la série est une claque visuelle (le générique, déjà, est incroyable), tournée en extérieur à travers le monde (notamment en Islande), proposant des images sublimes, ainsi que des scènes trash et surprenantes. Des naissances en gros plans, des scènes de sexe qui vont probablement faire beaucoup parler et faire passer celles de GoT pour des gonzos tchèques bon marché. La question des identités sexuelles et de notre position dans la société est mise en avant et discutée : transgenre, homosexualité, mariage arrangé, misogynie, parentalité sont des sujets vécus partout dans le monde, mais évidemment de façons très différentes, Mexico n’est pas San Francisco. Toutes ces questions résonnent bien sûr avec le parcours de Larry/Lana Wachowski.

Vous l’aurez compris, j’ai vraiment beaucoup aimé Sense8, même si je vais comprendre et probablement acquiescer avec chacune des critiques des détracteurs : pilote très (trop) long, naïvetés, clichés, lenteurs, etc. Mais malgré ces défauts, la série me semble être une réelle nouveauté. Critiquée et critiquable, elle n’en demeure pas moins à voir absolument.