Le réalisateur suisse Antoine Cattin suit dans son documentaire « Playback » le tournage du film d’Alexei Guerman, « Il est difficile d’être un dieu« , sorti en 2013 à titre posthume. Il représente le plus grand chef d’œuvre du cinéaste russe. Censuré sous l’Union Soviétique, Guerman dépeint dans ce film une métaphore de la société russe traversée par les dérives autoritaires et l’injustice, dans la Russie ancienne comme moderne, une Russie « éternelle ». Ainsi, le réalisateur nous transporte sur une autre planète restée embourbée dans une époque moyenâgeuse où l’immobilisme, la torpeur et la privation de liberté dictent les rapports sociaux.
Alexei Guerman a ouvert les portes du tournage de son film à Antoine Cattin, réalisateur suisse établi en Russie depuis une dizaine au moment du tournage. Le documentaire Playback nous emmène dans les coulisses incroyables d’un film dont la réalisation a durée 13 ans, avec l’objectif rivé sur la personne d’Alexei Guerman.
Le documentaire relate le tournage du film de Guerman, se déroulant dans les plus anciens studios soviétiques de cinéma, les studios Lenfilm. On y découvre un capharnaüm géant organisé, un « chaos orchestré », comme le décrit si bien Cattin. En effet, dans les studios, techniciens, animaux et figurants en haillons moyenâgeux se côtoient et sont logés à la même enseigne pour le chef d’orchestre de cette cacophonie. Alexei Guerman, figure centrale du documentaire, dirige cet ensemble singulier à sa façon, avec une main de fer. Il crie, commande, explose de colère sous la caméra d’Antoine Cattin. Celui-ci nous expose son regard, qui est extérieur au tournage mais aussi à la société russe. On finit par saisir que le film de Guerman et celui de Cattin ont pour même finalité d’analyser les rapports de pouvoirs au sein de la société russe, l’un par un film de science-fiction et l’autre par un documentaire sur ce même film.
Quelque peu complexe pour le spectateur non averti, le film intéressera néanmoins les cinéphiles car il regorge d’anecdotes sur les coulisses du cinéma russe. De plus, ce documentaire offre une vision métaphorique tout à fait originale des rapports de pouvoirs qui intéressera surtout les passionnés de culture russe.