Le réalisateur Sina Ataeian Dena dévoile avec Paradise le premier volet de sa série de trois films à propos de la violence à Téhéran, une violence pourtant jamais visible. Tourné sur une durée de trois années sans soutien financier et souvent sans autorisation, le film est tout autant un témoignage de la vie d’une femme dans l’Iran contemporain qu’une œuvre singulièrement aboutie pour ce qui est le premier long-métrage de M. Ataeian Dena.

Hanieh (Dorna Dibaj, son tout premier rôle au cinéma) a 25 ans et vit chez sa sœur, mariée, à Téhéran. Chaque jour, Hanieh effectue un long et usant trajet jusqu’en banlieue pour aller enseigner dans une école primaire pour filles. Pour éviter ces trajets ainsi que pour se rapprocher de sa famille, elle cherche à être mutée dans une école en ville, mais la bureaucratie rend ce processus interminable. Tiraillée entre son rôle de femme, de sœur, d’employée, de modèle aux enfants ou encore de petite amie, Hanieh avance tant bien que mal dans ce monde agressif.

Paradise a beau montrer des femmes à l’écran la majorité du temps, c’est bel et bien le spectre d’une prison masculine dans laquelle elle sont enfermées qui prévaut. Dans ce pays qui a tellement changé durant la vie du réalisateur, le rôle des femmes s’est objectivement détérioré et Paradise, par l’intermédiaire du personnage de Hanieh, le montre brillamment. Que ce soient les enseignements comportementaux prodigués aux jeunes filles de l’école primaire, les panneaux indiquant que la burqa est « une protection » et non « une limitation » ou encore la relation entretenue avec d’autres femmes, Paradise nous plonge de façon indolente voire nonchalante dans cet univers. Si l’effet recherché fut de transmettre l’apathie que ressent Hanieh, ce n’est que trop réussi.

Sachant que Paradise n’est que le début d’une trilogie, la fin reste plus facile à appréhender. Malgré cela, une certaine monotonie s’installe progressivement durant film. Ce ressenti fait vaciller l’empathie des spectateurs pour le personnage et se transforme presque en désintérêt pour le film, ce qui est dommage car le scénario intègre rapidement un puissant élément d’intrigue. En effet, deux filles allant à l’école où enseigne Hanieh ont disparu sans nouvelles depuis un temps certain, et ce fait est rappelé à plusieurs fois durant le film. Au fur et à mesure que d’autres personnages sont présentés, la dynamique devient intéressante mais s’essouffle étrangement lorsque l’accent est remis sur la morosité de la situation. Paradise est fascinant, mais cruellement incomplet.

Parmi les points forts figurent indéniablement la prestation de Dorna Dibaj en tant que Hanieh, une femme éduquée et belle qui traverse sa vie tel un fantôme, mais surtout la réalisation parfaite d’une fresque complexe signée par l’équipe technique. Le réalisateur, certes, mais aussi son équipe qui inclut Amir Hamz et Yousef Panahi, le frère de Jafar Panahi, acclamé à Berlin pour Taxi. Au travers de leur représentation d’un Téhéran gargantuesque mais paradoxalement calme voire atonique, parsemé d’images anti américaines et anti israéliennes, ils montrent que la nouvelle vague du cinéma iranien est indéniablement prometteuse.

D’un réalisme digne d’un film documentaire, Paradise laisse présager de belles choses dans la carrière de Sina Ataeian Dena, et je me réjouis de découvrir la direction que prendra le second volet de sa trilogie sur la violence dans ses diverses formes.

Noté : 3.5 / 5

Bande-Annonce

Casting

Dorna Dibaj
Fariba Kamran
Fateme Naghavi
Nahid Moslemi
Roya Afshar
Hoshang Ghovanloo
Faranak Kalantar
Neda Jebraeeli
Yousef Panahi

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnu
Réalisateur: Sina Ataeian Dena
Pays de production: Iran / Allemagne
Durée du film: 100 minutes
Genre: Drame

(Images droits réservés)

REVIEW OVERVIEW
Noté
SHARE
Previous articleLocarno 2015 – El Movimiento
Next articleLocarno 2015 – The Waiting Room
J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!