Piero Messina a livré un poème brillantissime sur le deuil, le déni et la résilience. Le premier long métrage de Messina frôle la perfection à tous les niveaux. « Réalisme émotionnel », ainsi le définit, légitimement, Messina. Anna, incarnée par une Juliette Binoche époustouflante, accueil Jeanne, interprétée par l’espoir Lou de Laâge, la copine de son fils chez elle en Sicile. Mais Giacomo n’est pas là et le mystère, ou le tabou autour de son absence semble flotter dans cette majestueuse maison de maître sicilienne.

L'Attesa
Image droits réservés © Asac – la Biennale di Venezia

Car c’est bien l’absence et son acceptation qui prennent corps dans la relation entre Anna et Jeanne. Très peu de dialogue qui laisse place à l’expression par le corps et le regard des actrices. Juliette Binoche pose un regard chargé de tristesse et de tendresse sur Lou de Laâge cette jeune femme qui respire l’envie de plaire, dans sa robe rouge, à la mère de celui qu’elle porte dans son coeur. La maison se remplit de vie, d’espoir avec Jeanne et Anne se nourrit de celle qui chérit son fils. Une histoire sur la perte, mais aussi sur l’amour d’une mère, d’une belle-mère et de ses projections pour l’amour de sa vie ; son fils. Mais également des échanges sur la perception de l’amour, de l’attachement entre femmes qui vivent une étape de vie différente.

L'Attesa
Image droits réservés © Asac – la Biennale di Venezia

Piero Messina maîtrise à la perfection la sobriété de la beauté qu’il met en valeur, à l’écran. La photographie du métrage est un coup de maître en particulier dans sa gestion de l’espace. On retrouve la patte de Sorrentino, pour qui Messina a été l’assistant pendant longtemps, avec beaucoup de sincérité. L’Attesa est beau mais humble. Le réalisateur avoue son perfectionnisme, chaque scène a été tournée un grand nombre de fois.

L’œuvre s’ouvre avec le morceau The Missing de The XX, sobre et puissant. Une scène de danse en slow motion est accompagnée de Waiting for the Miracle de Leonard Cohen. Une harmonie entre les images et le son qui ne peut être que le résultat d’un travail réfléchit.

Si « deuil » en français dérive de Dol – l’affliction, la détresse – « lutto » en italien provient de Luctus qui signifie pleurer. L’Attesa est un poème visuel qui ne pleure et ne désespère, mais qui récite sobrement la perte dans toute sa complexité émotionnelle.

Bande-annonce :

Fiche technique :
Réalisé par : Piero Messina
Date de sortie en Suisse : Inconnue
Durée : 1h40
Genre : Drame
Nationalité : Italie et France
Langue : Italien et Français
Scénario : Giacomo Bendotti, Ilaria Macchia, Andrea Paolo Massara et Piero Messina. Tiré d’une pièce de théâtre de Luigi Pirandello
Production : Indigo Film, Barbary Films, Mesuda Film

Casting :
Juliette Binoche
Lou de Laâge
Antonio Folletto
Domenico Diele
Giovanni Anzaldo
Corinna Locastro

REVIEW OVERVIEW
Note
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Diplômée en Etudes du développement international, je rejoins l'équipe du Billet en janvier 2015. Films engagés, indépendants, je suis à la recherche d'un cinéma qui perturbe le sens commun et heurte la banalité. Parallèlement, je travaille sur différentes recherches académiques sur le cinéma et la mémoire ainsi qu'au sein du bureau du festival Cully Jazz.