Venise 2015 – Krigen

Troisième long-métrage du réalisateur danois Tobias Lindholm, adoubé en 2013 par "Variety" en tant qu’un des dix jeunes scénaristes les plus prometteurs, "Krigen" frappe avec une précision chirurgicale.

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Krigen, par Tobias Lindholm
Image © Asac - la Biennale di Venezia

Habitué aux versions américaines plus ou moins nuancées sur le conflit en Afghanistan, il est bienvenu de voir une approche plus modérée, littéralement plus à terre que les superproductions hollywoodiennes.

Stationné en Afghanistan, Claus Michael Pedersen (Pilou Asbæk) est le comandant d’un régiment de troupes danoises envoyé pour garder la paix. Pendant ce temps au Danemark, Maria (Tuva Novotny), l’épouse de Claus, tente tant bien que mal de tenir une vie équilibrée avec leurs trois enfants, l’absence de Claus se faisant sentir. Durant l’une de leurs missions quotidiennes, le bataillon se fait assaillir de plusieurs côtés par des talibans, et Claus devra prendre une décision aux conséquences lourdes tant pour les ses hommes que pour sa famille et soi-même.

Krigen est une pièce dramatique dans le sens le plus classique du terme (selon la Pyramide de Freytag, pour utiliser un terme littéraire), avec une introduction des personnages, des lieux et des histoires, suivie d’une intensification de l’intrigue, ensuite d’un point culminant amené par les complications du récit, pour plus tard diminuer en intensité avant le suspense du dénouement final.

Je mentionne cet aspect de la structure formelle uniquement parce que tant de films projetés ici au festival ne suivent absolument aucune ossature discernable, et qu’il est rafraichissant d’avoir un rappel auquel on peut se raccrocher.

Lindholm signe avec Krigen une pièce solide, tout autant habilement écrite que ses épisodes de la série à succès Borgen, une femme au pouvoir, qui entraîne facilement le public dans son univers. Un univers rêche et rocailleux, ou le danger est invisible mais omniprésent, tant en Afghanistan qu’au Danemark. Alors que les soldats cherchent toujours à donner du sens à leur présence dans ce lointain pays, où le syndrome de la culpabilité du survivant est répandu, les familles restées au pays mènent leurs propres guerres à la maison.

M’ayant fait penser au célèbre The Hurt Locker (Les Démineurs), lui aussi projeté pour la première fois à Venise, mais en 2008, Krigen (Une Guerre) montre qu’une guerre est une histoire de soldats, de combattants, de réfugiés, certes, mais aussi de familles. C’est un aspect qu’American Sniper n’a jamais réussi à correctement saisir. Bien qu’étant une ancienne puissance coloniale, il est difficile aujourd’hui d’accuser le Danemark d’impérialisme moderne, et cet aspect quasiment humble est subtilement reflété dans les scènes, les environnement et les approches.

Malgré les certaines fois ou, comme les soldats, les spectateurs se demandaient ce qu’ils faisaient dans la salle, Krigen est une authentique tragédie humaine. Une question de morale, d’éthique et de mensonges qui testent la loyauté envers l’armée ou sa famille en demandent quel est le prix à payer pour sauver la vie de ses camarades.

Peut-être une demi-heure trop long, Krigen déçoit monumentalement par son dénouement; une blague immonde qu’est toute la mise en examen du protagoniste. Dans ce bastion de réalité désagréable et cru construit tout au long du film, la fin fait perdre une grande partie de ce qui avait été minutieusement créé. Dommage, car l’ensemble du film et surtout des acteurs méritait un meilleur sort.

Noté : 3.5 / 5

Bande-Annonce

Casting

Pilou Asbæk
Tuva Novotny
Søren Malling
Charlotte Munck
Dar Salim
Dulfi Al-Jabouri

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnue (10.09.2015 au Danemark)
Réalisateur: Tobias Lindholm
Pays de production: Danemark
Durée du film: 115 minutes
Genre: Action / Drame / Thriller

(Images droits réservés)

REVIEW OVERVIEW
Noté
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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!