Venise 2015 – Janis: Little Girl Blue

Filmé en coopération avec Sony Music, "Janis: Little Girl Blue" restera sans doute le meilleur documentaire réalisé à propos de la vie fulgurante de l’icône qu’est Janis Joplin.

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Janis: Little Girl Blue, par Amy Berg.
Image @ AP Photo/David Fenton - http://www.cbsnews.com/pictures/janis-joplin/

Live fast die young.

En 2007, après la sortie de son brillant documentaire Deliver Us from Evil (nominé pour l’Oscar du meilleur documentaire), la réalisatrice américaine Amy Berg fut approchée par les représentants du patrimoine de Janis Joplin avec l’idée de réaliser un film à propos de la chanteuse. Etant une grande admiratrice de l’œuvre de Joplin, cette chanteuse si talentueuse et tourmentée, Amy Berg accepta immédiatement et se lança dans les visites et les interviews.

Janis: Little Girl Blue est le produit de huit années de travail, une introspection émouvante de la vie complexe, rocambolesque et tragique de l’artiste. Mêlant interviews d’amis, de membres de la famille (sa sœur et son frère, les deux plus jeunes), d’anciens collaborateurs musicaux, journalistes ou encore anciens amants à des images d’archives de ses concerts mais surtout aux notes récoltées du journal intime de Joplin ainsi que de lettres écrites, Amy Berg compose un tableau si nuancé qu’il est, paradoxalement, encore plus difficile de cerner le personnage de Janis Joplin en sortant du film, à une certitude près: Janis Joplin était profondément malheureuse et voulait être aimée.

Depuis son enfance, Janis Joplin ne s’est jamais pleinement guérie de la persécution qu’elle éprouva durant son adolescence passée dans sa ville natale de Port Arthur au Texas. En découvrant la musique du Blues, elle trouva une échappatoire pour exprimer sa douleur et sa solitude. Lorsqu’elle partit du Texas en direction de la Californie et de San Francisco en 1963, Joplin arriva durant les premières années du mouvement hippie et deviendra pour la postérité un des noms les plus connus de la musique.

Dans son ensemble, Janis: Little Girl Blue est un pèlerinage musical. Disposant de potentiellement une des plus incroyables bandes-son de l’histoire du film, avec des morceaux entendus signés des Grateful Dead, Big Brother & the Holding Company, Rising Sons, Otis Redding et Simon & Garfunkel parmi tant d’autres, le film dresse un portrait magnifique d’une personne problématique, différente et magnétique durant ce qui fut à mon avis l’âge d’or de la musique moderne. Vous ne pouvez pas regarder ce documentaire sans penser que c’était la période à laquelle il fallut vivre.

Sublimement monté et lié, l’importance de faire ce genre de films ne peut jamais être exagérée, surtout puisque le temps ne s’arrête pour personne et que la majorité des personnes ayant répondu aux questions dans le film sont nées dans les années 1930 ou 1940. Paul Rothchild, légendaire producteur des Doors et du dernier album de Janis que fut Pearl, est décédé à la suite d’un cancer du poumon à 59 ans en 1995. Sam Andrew, guitariste dans deux des groupes de Janis Joplin, est décédé plus tôt dans l’année à 73 ans des suites d’une attaque cardiaque. La connaissance se perd, et il est indispensable de préserver et transmettre cette histoire.

Le film en soi montre au travers des diverses périodes de sa vie à quel point son exclusion sociale durant l’adolescence a créé une quête constante d’affection et de recherche d’amour. Lues pendant le film par la chanteuse Cat Power, les lettres de Joplin montrent qu’elle était une personne constamment en conflit avec soi-même, alors que sur scène elle se nourrissait de l’énergie du public et se sentait vivante. Lorsque le public se dispersa par contre, les démons surgissaient et elle se sentait totalement esseulée, ce qui la poussa souvent dans les bras de l’alcool et de la drogue. C’est ce qui finalement aura raison d’elle, et lui ouvrit les portes du Club des 27 en 1970.

Janis: Little Girl Blue est le documentaire parfait. Projeté hors concours à Venise, c’est une œuvre captivante, honnête, complète et brillamment montée. Le talent d’Amy Berg est visible en pensant à la quantité hallucinante d’informations contenues en « seulement » 107 minutes. Hormis d’hypothétiques préférences personnelles, je ne vois pas de défaut à cette œuvre d’art importantissime tant pour la culture cinématographique que musicale.

Et si la question se pose d’où vient le titre de ce documentaire, il suffit de regarder cette vidéo. Mais Janis: Little Girl Blue nous fera attendre avec impatience le futur projet de Jean-Marc Vallée, avec Amy Adams dans le rôle de Janis.

Noté : 5 / 5

Bande-Annonce

Indisponible

Détails

Date de sortie en Suisse: Inconnue
Réalisateur: Amy Berg
Pays de production: Etats-Unis
Durée du film: 107 minutes
Genre: Documentaire

(Images droits réservés)

REVIEW OVERVIEW
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J’ai obtenu en septembre 2013 mon Master de HEC Lausanne et je m'occupe ainsi de la majorité de l'aspect commercial et partenariats du webzine. C’est avec enthousiasme que j’ai rejoint David, Hervé et Sven en mai 2014 pour créer Le Billet, et je me réjouis d'y contribuer dans la durée!