Venu présenter son film sur la Piazza Grande à Locarno, Philippe Le Guay nous a accordé un peu de son temps pour évoquer son film Floride. Réalisateur reconnu pour ses films tels que Les Femmes du 6ème étage ou encore Alceste à bicyclette, le parisien nous évoque ses humeurs et ses futurs projets.

Critique du film : Floride

PLG : Philippe Le Guay
SP : Sven Papaux

SPLa première chose qui nous frappe dans votre film, c’est cet aspect délicat. Comment définissez-vous votre film ?

PLG – Comment je définirais mon film… vous me posez une bonne question. Je suis mal placé comme metteur en scène pour qualifier le film…à vrai dire, la définition du film est difficile à dire, je ne peux pas vous répondre.

SPL’approche est plus humoristique que dramatique ou bien le contraire ?



PLG – Disons que le film commence dans une tonalité de comédie définie puis verse dans une tonalité plus émouvante. Ce qui m’a plu, c’est les changements de tons et les changements d’humeur à l’intérieur des mêmes séquences. Le personnage de Jean Rochefort est cyclique, il a des moments de présence, des moments d’absence et d’un coup, il peut passer d’une humeur à l’autre de manière abrupte. C’est cette différence de tonalité qui fait que le film est constamment entre deux. C’est ça qui me plait.

SPC’est une expérience vécue ou c’est purement fictif ? Sachant que le film est tiré d’une pièce de Florian Zeller.

PLG – Ce qui a de vécu, c’est l’expérience de la relation père et fille. Moi, j’ai deux soeurs, j’ai vu le rapport que mon père avait avec mes soeurs, j’ai vu l’attente qu’elles avaient de son regard, de son approbation et dans ce sens, c’est l’une des dimensions qui me touchent le plus dans cette histoire. Le personnage de Kiberlain est tout le temps dans un désir d’approbation, elle veut que son père lui dise que c’est une fille bien. C’est cette dimension qui est très émouvante dans le film. La fille n’est pas payée en retour – par son père – si vous voyez ce que je veux dire.

SPLe duo Kiberlain / Rochefort fonctionne parfaitement. C’était votre choix initial ?

PLG – Oui! Dès que Jean Rochefort a donné son accord pour le film, je savais que ça serait Sandrine Kiberlain qui lui donnerait la réplique. Ils ont cette ressemblance qui coïncide dans le visage. Ensuite de manière plus profonde, il y a entre eux, une vraie complicité. Ils se connaissent depuis presque 20 ans, ils s’apprécient vraiment. Et Floride tombait bien, car la pièce qu’ils devaient interpréter ensemble, n’a pas eu lieu.

SPcette pièce, c’était celle dont le film s’inspire ?

PLG – Non, pas du tout. C’était le père de Sandrine Kiberlain qui l’avait écrite. Malheureusement, le titre de la pièce m’échappe.

SPVous êtes considéré comme un cinéaste éclectique. Est-ce que vous approuvez ce qualificatif ?

PLG – Oui, enfin, je suis bien obligé de l’approuver. Il se trouve que je réalise des films assez différents. Par contre, c’est parfois encombrant à assumer, car la presse a de la peine à m’appréhender, mais je l’ai cherché, du fait que j’aime m’étonner moi-même avec des sujets différents. Si possible, d’explorer d’autres choses, de film en film.

« J’aime m’étonner moi-même avec des sujets différents. »

SPEn parlant de sujets différents, quels sont vos futurs projets ?

PLG – C’est un peu confus. J’hésite entre deux directions, j’aimerais bien refaire un film d’époque (son premier film se passait au XVIIIe siècle, Les Deux Fragonard) et je pense que je suis un peu passé à côté. J’arriverai à être moins dans la lourdeur, avec une légèreté plus significative dans mon traitement.

SPJe me permets de revenir à ma première question, et vous demander comment vous définiriez-vous votre oeuvre ?



PLG – J’essaie de ne pas me définir moi, en fait. Ce n’est pas de la mauvaise volonté de ma part. Ce que je recherche avant tout avec mes films, ce sont des humeurs, les humeurs des personnages avant tout.

SPMais vous jouez sur vos humeurs ou celles de vos personnages ?

PLG – Avec le personnage de Jean Rochefort, les humeurs sont très brusques. Une scène est particulièrement représentative de ce que je veux dire. Cette scène où Carole (Kiberlain) emmène son père (Rochefort), très enjoué et content, chez le médecin et d’un coup, le père se méfie. Ce basculement d’humeur est significatif de ce que je veux montrer.

« Avec le personnage de Jean Rochefort, les humeurs sont très brusques. »

SPOn peut parler d’une balance ?

PLG – La balance me convient parfaitement bien. C’est un équilibre. J’espère que je réponds à votre question…

SPOui, parfaitement. On sent ce côté joyeux et mélancolique qui symbolise le film. On pense le film gentil et drôle, mais c’est loin d’être le cas.

PLG – On flotte entre plusieurs pensées. J’aime cette ambiguité qu’on peut avoir avec le cinéma, ces émotions et ces humeurs comme précédemment évoqué.

Notre entretien prend fin. Nous remercions Phlippe Le Guay pour sa gentillesse. Une fois de plus une excellente rencontre pour Le Billet.