Interview : Max Cooper

Lors de son bref passage en Suisse, on a recontré le producteur Britannique Max Cooper avant son entrée sur scène pour Emergence, un live show audiovisuel sensoriel unique.

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Max Cooper. ©Shaun Bloodworth

Propos recueillis et traduits de l’Anglais par Raji Ben Gara.

Bien que tu n’aies pas eu trop le temps, comment se passe ton séjour ?

J’étais à Aarau hier. C’était marrant, j’ai joué pendant une heure vingt à peu près, puis mixé pendant deux bonnes heures, un set imprévu. Je pense faire la même chose ce soir.
Sinon, le trajet était agréable, j’aime bien le train. J’ai enchaîné, dîné, me suis reposé un peu. J’ai pas vu grand chose de la ville. On est un peu en dehors là, non ?

Tu as présenté Emergence le week-end dernier à Paris, au Yoyo…

C’était vraiment cool, j’avais d’immenses écrans LED à disposition, ça illuminait vachement, ça fait plaisir aux gens avec les visuels. Je me suis beaucoup amusé. Agoria jouait juste après, je suis resté jusqu’à sept heures, l’ambiance était bonne.

Pour moi, Emergence est une manière de communiquer, de raconter une histoire. C’est une forme d’expression à travers laquelle je peux transmettre mieux qu’avec les sonorités.

Tu as des attentes particulières quant à cette tournée ?

J’ai l’impression que la musique en club, la plupart du temps c’est pour faire la fête, et que certaines personnes veulent plus d’informations, plus de profondeur, d’échange d’idées. De toute manière, j’ai toujours voulu plus d’approfondissement, d’introspection. Pour moi, Emergence est une manière de communiquer, de raconter une histoire. C’est une forme d’expression à travers laquelle je peux transmettre mieux qu’avec les sonorités.
J’essaye de faire quelque chose de différent de la musique de club. C’est downtempo, avec des passages ambients… Il y a des sections sur lesquelles on peut danser, mais ce n’est pas l’essentiel du spectacle. Une raison aussi, pour laquelle je ferai un DJ set ensuite.

L’annonce de la tournée a été faite au même moment que celle d’Artefact, sur lequel tu as travaillé avec Tom Hodge. Était-ce une osmose qu’il y avait entre vous, ou plus une manière de découvrir, d’apprendre ?

J’apprends des choses en travaillant avec Tom, il vient d’un autre univers, celui de la musique classique. Dont il vit d’ailleurs, en composant pour le cinéma, la télé…
Il apporte réellement quelque chose de différent musicalement, c’est toujours intéressant d’expérimenter, et c’est agréable d’avoir pu travailler avec lui. On a fait un live récemment entre piano et électronique. Je me rapproche de plus en plus de l’instrumentalisation électronique live.
J’aime bien travailler avec Tom, et ce que ça donne.

J’ai lu que dans l’EP Artefact, tu avais intégré des enregistrements de milieux naturels, au Mexique, dans les productions. Tu pourrais en dire plus ?

J’aime bien intégrer dans mes compositions des enregistrements binauraux. Tu places le micro dans tes oreilles, les sons provenant de derrière sont filtrés directement par tes oreilles. Cet enregistrement peut être ensuite écouté au casque, ça reproduit la perception naturelle de l’oreille et donne une tridimensionnalité accrue au son. Tu peux aussi en créer par ordinateur, mais je préfère les espaces naturels pour enregistrer, y donner plus de spacialité et d’immersion, comme si tu étais entouré par la musique, le son. C’est pour ça que j’aime bien faire de l’enregistrement de terrain, et chercher des endroits intéressants où trouver des atmosphères avec lesquelles travailler.

Là, c’était captivant : un gros orage arrivait, on pouvait en entendre les grondements dans cet énorme espace ouvert, et puis une légère pluie. Il y avait une belle combinaison de facteurs, en plus de la beauté de l’environnement. Ça m’a inspiré en termes de création musicale : c’était le point de départ de la construction de l’ambiance de la track, de la progression de la musique correspondant aux sensations de l’endroit. Tom a rajouté le piano par-dessus, et ça a donné ce qu’on peut écouter dans ce qui est sorti.

En parlant d’expérimentation et de multidimensionnalité, tu as utilisé un système de sono 4D l’an dernier à Amsterdam, c’est juste ?

Oui. Il y avait 16 colonnes de 4 mètres chacune, 4 mètres les séparant, dans une grande salle. Dans chacune il y avait 3 haut-parleurs, le sol était surélevé et les caissons étaient disposés en-dessous. Il y avait du son partout.

Avec de savants calculs et interface, tu peux créer l’illusion que le son vient de partout dans la pièce, même d’un endroit où il n’y a rien. Tu génères un espace sonore, un plan. Le son s’y déplace, change de forme. Le champ est immersif, tu peux l’explorer en t’y déplaçant, trouver ce qui te plaît le mieux, la fréquence qui te convient le mieux. Le son devient une entité physique que tu peux explorer, et c’est super intéressant au niveau acoustique.

Des expériences très psycho-acoustiques alors, comme les enregistrements que tu a publiés.

Exactement ! Les micros dont je parlais tout à l’heure, font que les déclencheurs psycho-acoustiques sont eux aussi intégrés au fichier audio, te donnant une impression d’espace qui se déplace.

Tu es scientifique, en quoi est-ce que ça joue un rôle dans ce que tu fais ?

Emergence est une idée scientifique. Le spectacle est basé là-dessus : Comment agissent les lois de la science sur tout ce qui nous entoure ? C’est une histoire scientifique, chaque chapitre est scientifique. Donc c’est certain, mes intérêts pour le domaine se ressentent dans la performance. Ça a eu une influence sur mes productions, sur des concepts qui m’aident à m’orienter dans plusieurs directions. Après, c’est pas comme si j’utilisais des équations pour faire ma musique; c’est plus un lien créatif. Il y a beaucoup de similarités entre les deux.

Quels ont été tes favoris musicaux ?

J’ai toujours adoré ce genre de groupes un peu synthpop comme Depeche Mode et New Order. J’ai aussi beaucoup écouté Pink Floyd.

Enfin, quels conseils donnerais-tu à de jeunes producteurs ?

Il n’y a pas de secret : il faut bosser dur et s’exprimer en essayant de faire ce qui te semble bon. Ensuite, tu peux chercher des gens à qui ça plait et vendre, puis espérer en trouver de plus en plus et, pourquoi pas, en faire ton métier.
Découvre un peu ce qui te plaît et ce qui convient le mieux à ta personne, ce qui t’attache le plus, même si c’est différent de ce que tout le monde fait.

Merci pour ton temps, et bonnes vacances !

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Actuellement étudiant à Paris, mon appétit pour la musique n'a fait que s'amplifier au fil des années. Du classique à la techno, elle est le remède à tous les états, tous les moments, et s'adapte à tous les espaces. Polyglotte et producteur à mes heures perdues, j'ai rejoint l'équipe Le Billet en janvier 2015 et le représente en France.