Entretien téléphonique : Andrea Štaka

N'ayant pas eu l'opportunité de nous entretenir en personne avec elle, la cinéaste a répondu à notre appel.

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de g. à dr. : Sylvie Marinković (actrice), Andrea Štaka (réalisatrice) et Lucia Radulović (actrice) - Image Festival del film Locarno

Réalisatrice helvète de renommée internationale, Andrea Štaka est très active au 67ème festival de Locarno. Productrice sur l’œuvre de Jasmila Žbanić Love Island, elle a aussi réalisé Cure – The Life of Another, un film en compétition internationale.

Née en 1973 à Lucerne, elle remporta à l’âge de 33 ans le Léopard d’Or 2006 pour son film Das Fräulein et nous a parlé de son double rôle entre réalisatrice et productrice, de Cure – The Life of Another ainsi que de ses projets actuels et futurs.

Propos recueillis et traduits par Mark Kuzmanić et Sven Papaux.

AS : Andrea Štaka
LB : Le Billet

LB – Etant donné que nous n’avons que dix minutes avec vous au téléphone, nous avons trois questions à vous poser. La première concerne votre implication pour un autre film, celui de Jasmila Žbanić, Love Island. Elle m’avait mentionné durant notre entretien des soucis de production pour mettre en place le film. Qu’est-ce qui vous a attiré vers le rôle de productrice dans ce film, après votre expérience avec Mary, Queen of Scots?

AS – Jasmila et moi avons commencé à travailler ensemble après mon film Das Fräulein et son film Grbavica (ndlr : en 2006). Nous étions « unies » par la même actrice qui jouait dans nos films, à savoir Mirjana Karanović. Ensuite, en première instance c’était mon projet que l’entreprise de Jasmila a coproduit. Mon film, Cure – La vie d’une autre, fut produit par Deblokada, qui est l’entreprise de Jasmila et de son mari Damir Ibrahimović. Au début, c’était eux qui aimaient mon projet et l’idée. Ils voulaient le soutenir. Deblokada se voit comme une association qui accueille les autres artistes, alors c’est important qu’il y ait un échange d’idées et de contenu, et pas seulement d’argent, et c’est comme cela que l’on s’est liés. Eux ont produit mon film, et ensuite, après le tournage de Cure – La vie d’une autre, c’était clair qu’elle faisait Love Island. Moi j’étais en fait déjà impliquée dans Love Island parce que nous avions échangé les scénarios, on a fait un workshop avec plusieurs films ensemble, et quand c’était clair qu’elle voulait le réaliser, un an après mon tournage, il était clair que j’allais les soutenir. C’était aussi naturel, une sorte de réciprocité aussi au niveau financier. Je trouvais intéressant dans son projet qu’elle parlait d’une famille moderne, ce qui est important pour un pays comme la Bosnie de parler d’une famille plus ouverte et plus moderne, mais aussi pour la Suisse, car les notions de famille dans le cinéma Suisse sont encore conservatives.

LB – Pour revenir à votre film, Cure – La vie d’une autre, nous avons eu l’occasion de discuter avec vous lors de la session questions et réponses, après la projection du film. Nous avons une question à propos d’une scène spécifique du film, parce que le film est très symbolique de son thème principal, à savoir la recherche d’identité. Il s’agit de la scène où Linda retourne dans la boulangerie avec toutes les femmes qui se mettent à rigoler, à essayer de la toucher, de la prendre par les cheveux. Quel message figure derrière ce moment?

AS – Il y a une très belle chose qu’Agnès Varda a dite lorsqu’on lui a demandé le message de son film, elle a dit : « Je ne suis pas une messagère. » Alors quand on fait un film, forcément le film c’est le message. Je trouve la citation de Varda très bien… Alors, cette scène est à un moment où Linda se trouve dans une situation angoissante où elle ne veut plus être Eta. Puisque le film parle des différentes facettes de l’identité, en tant que jeune fille ou jeune femme, on ne veut pas être gentille. On veut repousser les limites, être « cool », donc c’est une horreur lorsque quelqu’un dit que tu es « gentille ». C’est aussi une Suissesse qui vient d’un pays qui est quand même plus calme et plus en sécurité que la Croatie. Dans sa globalité, la Suisse est aussi plus neutre que la Croatie, donc quand Linda vient dans ce pays qui paraît archaïque et que quelqu’un lui dit qu’elle est très gentille, cela veut dire qu’elle n’y appartient pas. Cela renforce pour elle ce sentiment d’y être étrangère.

« Le film parle des différentes facettes de l’identité, en tant que jeune fille ou jeune femme. »

LB – Pour finir, nous aurions un question sur vos projets à court-terme et à long-terme, sur quoi travaillez-vous actuellement?

AS – Je réfléchis actuellement à propos de mon nouveau film, comme scénariste et réalisatrice! (rires)

LB – Comment s’appelle le film?

AS – Je ne sais pas! J’ai une scène. J’ai écris la première scène et elle me plaît beaucoup, mais ce n’est que la première scène. J’ai encore un voyage à faire avec Cure – La vie d’une autre maintenant, nous allons au Festival de Sarajevo en Bosnie, nous irons aussi à d’autres festivals. Le film sort au cinéma en Suisse en octobre, donc il y a une préparation à faire, une présence à faire ressentir, et puis dans mon entreprise Okofilm, mon partenaire Thomas Imbach a son propre projet de fiction et un documentaire qu’il est en train de développer, donc maintenant c’est la phase d’écriture. Nous prenons le temps pour êtres inspirés.

LB – Merci beaucoup pour vos réponses!

Notre appel avec Andrea Štaka
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