Entretien : Lou Roy Lecollinet et Quentin Dolmaire

Interview des deux rôles principaux du dernier film d'Arnaud Desplechin, "Trois souvenirs de ma jeunesse". La parole est à Lou Roy Lecollinet et Quentin Dolmaire...

0
196
Quentin Dolmaire et Lou Roy Lecollinet - Image droits réservés - allocine.fr

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Lou Roy Lecollinet et Quentin Dolmaire, les deux rôles principaux du dernier film d’Arnaud Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesse.

Propos recueillis par Sven Papaux.

QD : Quentin Dolmaire
LRL : Lou Roy Lecollinet

C’est votre premier film, comment Arnaud Desplechin est tombé sur vous et quel est votre parcours jusqu’à maintenant ?

QD : Alors j’ai pris des cours de théâtre au cours Simon à Paris. Voilà, c’était déjà un métier que je voulais faire donc doucement je m’y mettais. Après, pour le casting, c’est mon prof qui m’en a parlé, je n’étais pas au courant. Je me suis lancé, tout en ne connaissant pas Arnaud Desplechin, avec plein d’innocence. Pour la petite histoire, le casting s’est fait en 3-4 fois pour moi. C’est au bout de la quatrième fois que Arnaud m’a dit que c’était bon.

LRL : Moi du coup, à la base je faisais du théâtre depuis un certain temps et je ne voulais pas être actrice, je préférais la mise en scène. Mon prof a parlé à ma classe, du casting, et il m’a conseillé d’aller faire le casting. Je me suis donc rendue, comme Quentin, pleine d’innocence et j’ai tout de suite rencontré Arnaud le jour du casting. On a discuté, on s’est bien entendu et au bout de trois castings, c’était fait. Après j’ai passé mon bac l’année dernière et comme je passais une année difficile, j’ai décidé de prendre une année sabbatique. Comme il y avait le film, ça me donnait une excuse. Du coup, j’ai voyagé, je suis allé au cinéma et je prépare mes études pour l’année prochaine.

Vous ne connaissiez pas Arnaud Desplechin, mais son cinéma vous le connaissiez ?

QD : Moi, non. Je ne suis pas cinéphile, donc je ne connaissais pas du tout. Par contre, j’ai tout regardé depuis. Avant de commencer le tournage, j’ai préféré tout regarder pour savoir ce qu’on allait faire. J’ai regardé « Comment je me suis disputé », mais j’ai voulu me préserver, me dire faut pas que je me prenne trop la tête avec ce film là, faut que je reste pur. Enfin, je ne voulais pas trop copier le style de jeu à Mathieu (Amalric), rester moi-même.

Rappelons que c’est votre première expérience au cinéma et que vous aviez la lourde tâche de tourner des scènes intimes. Comment s’est déroulé le tournage ?

QD : Déjà, nous avons le temps de nous habituer au scénario. Entre le moment de la réception du scénario et le début du tournage, on sait ce qu’on va faire, enfin à peu près. Après, tous les deux, nous étions pris au dépourvu. De là, une complicité s’est installée entre nous deux. Arnaud (Desplechin) on l’aime bien, on voulait faire du bon boulot. Donc, quand il y avait des scènes d’intimités un peu difficiles, c’était compliqué, mais on avait une telle envie de bien faire que ça marchait.

LRL : C’est ça ! Comme nous n’avions pas de repères, on vivait les choses dans le même état d’âme. On peut dire qu’on était dans la même galère…

QD : Et ça nous a rendu complice, du coup !

C’est pour ça que je souhaitais en parler, car la complicité que vous avez à l’écran est assez extraordinaire, on dirait que vous formiez un couple de longue date.



QD : Ah…merci !

LRL : En fait, on découvrait tout. Tout était une appréhension. Il n’y avait de choses plus stressantes que d’autres…

QD : …On a tout pris à coeur.

LRL : On a tout fait à fond. Comme on ne savait pas, on n’avait pas d’autre choix que de foncer dans chaque scène.

QD : Pour revenir aux scènes d’intimités, je voulais vous remercier pour le compliment. Vous êtes le premier à le souligner. Ensuite, au moment du casting, il cherchait un « vrai » couple. Il fallait que ça fonctionne entre nous deux. Après, il y a toute une partie du boulot au cinéma, qui est la direction d’acteur. Arnaud sait y faire!

…Il met en confiance ?

QD : Oui, beaucoup !

LRL : Il sait trouver les choses qui vont faire mouche, Il trouve les détails. Il nous parle un par un, c’est comme s’il nous connaissait depuis très longtemps.



…Mais dans la réalité, vous êtes en couple ?

QD : Non, non! (rire)

Arnaud Desplechin vous a demandé de regarder certains films. Paraît-il qu’il vous a demandé de regarder « Baisé volé » de François Truffaut ?



LRL : Arnaud aime bien montrer à son équipe avant le film un endroit où aller. Pour ce film, c’était « Les Amours d’une blonde » de Milos Forman. Après il s’est un peu rétracté sur sa demande, mais je l’ai quand même regardé. Il y a eu aussi « Un été avec Monika » de Ingmar Bergman et aussi « Tess » de Roman Polanski. C’était surtout pour la figure féminine, c’était pas tant pour le jeu mais plutôt pour que je comprenne ce qu’Arnaud voulait faire d’Esther.

QD : Moi, j’ai eu « Baisé volé », seulement celui-ci. Mais Arnaud a tellement une vision globale du cinéma, lui au final, il ne différencie pas forcément les comédiens des les chefs opérateurs par exemple. Quand il nous montrait des films, ce n’était pas pour se calquer sur un comédien mais plutôt pour montrer la voie qu’il veut emprunter. Pour « Baisé volé », c’était pour le romanesque de Truffaut mais aussi pour le jeu. Il voulait que je sois plus désincarné, parce que j’étais, au théâtre, très en composition. J’avais des préjugés sur le jeu d’acteur, je pense qu’il me l’a montré pour ça. Mais lui, simplement, il aime Truffaut et il savait que je ne l’avais pas vu. Il voulait simplement me montrer quelque chose qu’il aime, partager quelque chose en commun.

Et comment s’est passé l’entente avec Mathieu Amalric ? Avez-vous cherché à l’imiter, à demander conseil ?

QD : Non, enfin, j’ai essayé de l’imiter pendant les casting…enfin, pas vraiment. Il a été un de mes points de repère au début. Mais Arnaud n’a jamais évoqué le fait de faire comme lui. Comme j’ai vu qu’il en parlait jamais, je me suis dit : « bon, il a dû me prendre pour ce que j’étais et de copier Mathieu Amalric ».

Dans Trois Souvenirs de ma jeunesse, avez-vous trouvé quelque chose de semblable par rapport à votre vie sentimentale ?



QD : Je trouve que ça marche avec les amours que j’ai vécu. Il y a un côté hypnotisant et fascinant, qui est plus de l’ordre de la passion et j’ai déjà été très amoureux.

C’est quand même une relation extrêmement toxique. Un chapitre qui marque les jeunes gens comme le montre l’épilogue du film.

LRL : Ce qu’il veut dire, c’est que la fureur reste intacte, le chagrin aussi. Mais l’amour reste intact, c’est avant tout de l’amour même si c’est déchirant. L’origine de tout ça, c’est quand même un amour fou qui va au-delà de la vie, il y a des moments de bonheur. Pour preuve, le film s’arrête sur un moment tellement léger. Paul sait enfin qui il est, il est heureux avec Esther. Tout ça pour dire, que Trois Souvenirs de ma jeunesse parle avant tout d’amour plutôt que de déchirure.

QD : C’est un truc tellement fort qu’ils ont entre eux. À la base, les deux personnages ne se ressemblent pas, c’et bizarre qu’ils soient ensemble. Mais il y a un truc au-dessus d’eux, ça les transcende, ils sont impuissants face à ça.

Le personnage d’Esther est très confiant, elle donne cette impression d’être libertine, de faire tomber les garçons comme des mouches, malgré la relation qu’elle entretient avec Paul. Comment expliquer l’ambiguïté de cette relation ?

LRL : Esther quand elle couche avec des garçons, c’est juste la vie. Ce qui se passe dans la vie, c’est pas très grave, car le couple qu’elle forme avec Paul est au-dessus de ça.

QD : Je crois que c’est une des forces du film. Arnaud met en valeur cet amour qui n’a pas besoin de s’expliquer. On tombe très vite face à un truc très bête, malgré tout, où il n’y a rien besoin d’expliquer et il en fait un film de deux heures. Avec sa façon de filmer, qui est fascinante, ça correspond.

LRL : Pour revenir sur Esther, je crois que c’est un personnage qui est faussement confiant. Parce qu’elle sait qu’elle est exceptionnelle mais qu’il n’y pas de raison, elle l’est pour rien du tout. Du coup, elle se déteste tout en sachant qu’elle est différente. La seule chose qu’elle a pu trouver, c’est séduire même si c’est pas la plus belle du lycée. Arnaud m’a dit : « c’est à la fois celle qui s’offre et celle qui se refuse. » On peut coucher autant de fois avec elle, on ne saura jamais qui est Esther. Avec Paul, c’est différent.

Et vous, quel type de cinéma vous aimez ?

LRL : Je n’ai pas vraiment de registre particulier. J’aime pas mal de trucs, j’ai une culture plutôt populaire. Je peux citer les Disney, Tim Burton, Amélie Poulain, Miyazaki. Sinon, je regarde de tout. J’aime beaucoup Scarlett Johansson, sa filmographie est quelque chose qui se rapproche de mes envies. J’aime ce qu’elle représente.

QD : De mon côté, je ne suis pas cinéphile. Donc j’aime des films comme « Les Visiteurs ». Ce qui change radicalement du cinéma de Desplechin. Il y a Alexandre Astier qui m’a beaucoup influencé, j’aime beaucoup Kaamelott. Ensuite, il y a Quentin Dupieux que j’aime beaucoup ou encore Paul Thomas Anderson. Je peux encore ajouter « Control » d’Anton Corbijn.

Comment qualifieriez-vous le tournage avec Arnaud Desplechin, en un seul mot ?

QD : J’ai envie de dire : bienveillant et, si je peux, amical. Je tiens à le dire, Arnaud a vraiment eu un rapport avec nous très humble. Malgré que je ne sois pas du cinéma.

LRL : Je vais dire : bouleversant. Enfin c’est entre les deux. C’est une expérience qui a changé ma vie, humainement parlant. Comme j’ai droit à un deuxième, je vais dire…heureux. Il y avait quelque chose de simple, de doux.

Il y a un côté très « effleuré », très littéraire, très beau.

LRL : Dans les films d’Arnaud, il y a énormément de symbole. On pourrait débattre sur l’ensemble de son oeuvre, la place que prend le film dans sa filmographie. C’est un film qui a tellement d’émotion, qu’il faut juste ressentir en gardant le premier degré. C’est son film le plus pur au niveau des relations, des sentiments, du physique.

Il y a un côté très intellectuel dans le film. Ce phrasé en est la preuve, non?


QD : C’est vrai que les textes sont élaborés. Arnaud aime trop l’intellect pour pouvoir s’en passer.

LRL : Le film s’adresse aux gens qui ont envie de partager quelque chose culturellement avec Arnaud. Maintenant, je ne pense pas que le film soit intellectuel, dans le sens qu’il faut juste le regarder avec son coeur et ça suffit. Oui, Trois Souvenirs de ma jeunesse parle d’abord au coeur et pas à la tête, alors que ceux d’Arnaud, c’était plutôt le contraire.

Vous avez d’autres projets pour le cinéma ?

QD : Pour le moment, pas grand chose. Une chose après l’autre.

LRL : Un court-métrage avec un tout petit rôle. Pour l’instant, je profite.

Une interview en toute décontraction.
Une interview en toute décontraction.

Voilà, notre entretien prend fin et nous remercions Lou Roy Lecollinet et Quentin Dolmaire pour cette interview très sympathique. Bon courage et bonne continuation à eux.

(La critique du film ici)