Venise 2015 – Beasts of No Nation

Malgré sa dénonciation d’une problématique tragique dans de nombreux pays africains, celle des enfants soldats, le film « Beasts of No Nation » tombe dans le piège du pathos et de l’ultra-violence.

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Beasts of No Nation, par Cary Fukunaga
Asac - la Biennale di Venezia

Les attentes ne pouvaient que être grandes pour Beasts of No Nation de Cary Fukunaga, réalisateur de la série True Detective. Grande déception pour le premier film de la compétition internationale présentée lors de la 72ème édition de la Mostra di Venezia. Basée sur une nouvelle de Uzodinma Iweala, le film raconte le parcours de Agu, un enfant vivant dans un pays ouest-africain touchée par une guerre civile. La famille d’Agu se fait massacrer devant ses yeux par les forces armées du gouvernement, exceptée sa mère qui réussit à partir vers la capitale. Agu s’enfuit et se fait engager par une milice rebelle dans laquelle il perd rapidement son statut d’enfant.

Après dix premières minutes très réussies, annonçant un tout autre ton, le film s’enfonce dans une suite de scènes violentes et « tire-larmes ». Une photographie soignée, une bande-originale attisant l’émotion et des scènes de combats armés transforment une histoire de vie, celle d’un enfant et celle de tant d’autres en film de guerre, voire en spectacle. Du moment où le spectateur connaît au préalable la problématique des enfants soldats, le film ne provoque pas de profondes interrogations, de remises en question, mais fait plutôt appel à un sentiment, celui de la compassion.

Comment dénoncer de telles violations de droits humains, de droits fondamentaux ? Car telle est véritablement la discussion. L’appel aux larmes et à la compassion ne me semble pas le chemin adéquat. Encore moins lorsque celui-ci est spectacularis. Pour reprendre Didier Fassin, l’entrée de la compassion en politique donne naissance à un nouveau pouvoir, celui qui remplace la lutte pour des droits fondamentaux par l’appel aux émotions via la mise en scène de la souffrance.

Malgré tout, il serait injuste d’ignorer la qualité de la photographie de Cary Fukunaga, qui peut nous consoler, nous les amoureux de True Detective qui nous nous étions émerveillés devant ses prises de vue et son esthétique. Une performance remarquable également du jeune Abraham Attah dont on ne peut décrocher les yeux.

Peut-être trop radicale et personnelle, cette critique s’inscrit dans un questionnement plus général et dans une certaine remise en question du rôle du film comme unique œuvre scénographique, technique et esthétique. Le film possède une force de dénonciation qu’il incombe au réalisateur d’exploiter. Beasts of No Nation dénonce, mais en utilisant des outils qui lui ôtent ce pouvoir même.

Bande-annonce :

Fiche technique :

Réalisé par : Cary Fukunaga
Date de sortie en Suisse : Inconnue
Durée : 2h16
Genre : Drame
Nationalité : USA
Scénario : Basé sur la nouvelle de Uzodinma Iweala

Casting :

Idris Elba
Ama K. Abebrese
Abraham Attah
Richard Pepple
Opeyemi Fagbohungbe

REVIEW OVERVIEW
Note
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Diplômée en Etudes du développement international, je rejoins l'équipe du Billet en janvier 2015. Films engagés, indépendants, je suis à la recherche d'un cinéma qui perturbe le sens commun et heurte la banalité. Parallèlement, je travaille sur différentes recherches académiques sur le cinéma et la mémoire ainsi qu'au sein du bureau du festival Cully Jazz.